Yves Leterme supporte Mons 2015

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE; SAINTGHISLAIN,VALERY

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Jeudi 15 mai 2008

Capitale culturelle Au tour d’une ville francophone

P. 48 Le Premier ministre s’engage. Mais ce n’est pas lui qui décide. Mons piaffe, Malines ne perd pas courage.

Ça, c’est décidé : une ville belge sera capitale culturelle européenne en 2015. Laquelle ? Là, on est loin du compte : le choix final ne sera fait qu’en 2011. D’ailleurs, le gouvernement belge n’a pas encore déclaré officiellement l’ouverture des candidatures à ce titre. Il doit le faire avant la fin 2008.

Jusqu’ici, deux villes n’ont pas fait mystère de leur volonté de briguer cette auréole de capitale culturelle : Mons et Malines. La ville d’Elio Di Rupo, le président du PS, et celle de Bart Somers, le président du VLD. De part et d’autre, on y travaille d’arrache-pied depuis plusieurs mois. Et chaque ville a nommé un responsable : Yves Vasseur à Mons, Frank Herman à Malines.

Une bagarre communautaire de plus ? On ne le veut apparemment pas, ni d’un côté ni de l’autre. Frank Herman affirme vouloir éviter la confrontation et prône le dialogue culturel entre les deux villes : « Si on parvenait à s’entendre, à faire candidature commune, ce serait un message superbe pour l’Europe », dit-il.

On n’en est pas là. D’autant qu’Yves Leterme vient de prendre position, comme s’il voulait désamorcer un éventuel conflit futur. En réponse à une question parlementaire de la députée Ecolo Juliette Boulet, il a dit : « Je suis favorable au principe de rotation intrabelge qui, cette fois donnerait la priorité à une ville francophone de se porter candidate au titre de capitale européenne de la culture en 2015. » Trois villes belges l’ont déjà été : Bruxelles, Bruges et Anvers. Il est peut-être temps, en effet, que le titre échoie à une ville wallonne.

« Ça ne me décourage pas, lance Frank Herman. Le règlement, c’est le règlement. Et il prévoit que le pays ne peut exclure aucun candidat. » Le coordinateur malinois reste confiant et continuera à discuter avec son homologue montois. D’ailleurs, il passera ces quatre prochains jours à Mons. Et il est d’autant plus confiant qu’en fin de compte, le gouvernement belge n’a aucun pouvoir dans ce domaine. C’est en effet un jury de treize experts qui sélectionnera la ville candidate officielle, et ce jury est composé de six Belges (trois Flamands et trois francophones) et de sept Européens, le président étant un expert indépendant. L’influence politique y sera sans doute fortement diminuée.

Une ville francophone, soutient donc Yves Leterme. Mons, sans doute, Mais tout est-il réellement dit ? Même si le gouvernement de la Communauté française, c’est-à-dire le PS, a désigné Mons comme seule prétendante au sacre européen, des voix s’élèvent aujourd’hui, à Namur et à Liège, pour revendiquer aussi leur part du gâteau.

« Personne ne pourra être capitale sans nous », dit Jean-Philippe Tirtiaux, de Namur en mai. L’Ecolo Anne De Gand ajoute que « le moment est venu de fédérer les villes wallonnes autour d’un projet commun. Que cette candidature ne soit pas que le projet de Mons mais plutôt que Mons soit le fer de lance de la Région wallonne. »

A Liège, comme d’habitude, on polémique davantage. Le mouvement est venu de l’artiste plasticien Alain De Clerck qui a développé l’idée dans Le Soir du 29 avril : « Nous devons nous battre pour que ce soit Liège qui soit capitale culturelle européenne en 2015, et non Mons. » Une pétition (liege2015.eu) a recueilli nombre de suffrages, surtout dans le milieu artistique. Mais pour le bourgmestre Willy De Meyer, PS, la partie est cependant jouée et « on ne peut plus rebattre les cartes d’un accord qui remonte à 1999 ».

Pourquoi cet appétit à briguer les étoiles européennes ? La pub européenne pour les villes, les subsides qui vont booster les infrastructures culturelles et autres, comme les gares, le tourisme, le renom. Un pactole qui vaut bien une bagarre, non ?

« Mons mérite le titre »

Capitale culturelle Un professeur de la KUL défend cette candidature

Jan Baetens estime que le label européen doit aller à une ville qui en a besoin. Et si possible, éloignée de Bruxelles.

ENTRETIEN

Yves Leterme n’est pas le seul Flamand favorable à ce que Mons soit désignée capitale européenne de la Culture en 2015. Avant lui, le professeur de littérature de la KUL, Jan Baetens, affichait déjà publiquement son soutien au chef-lieu du Hainaut. Le Louvaniste récidive. « C’est un avis personnel et apolitique, précise-t-il cependant. Mais j’assume pleinement. Cela me ferait très plaisir pour cette ville qui a de belles cartes à jouer ».

Lesquelles ?

J’ai d’abord l’impression que l’attribution du titre de capitale européenne de la culture s’ouvre à des villes moyennes et même petites. Mons est aussi située dans une région très intéressante au passé culturel à redécouvrir. Je songe là notamment au surréalisme belge, remis en valeur récemment par le BAM. D’un point de vue économique, il y a là un patrimoine très spécifique à valoriser vis-à-vis de l’étranger. Et cela peut se faire via la photo, le théâtre, le cinéma, la littérature. Sans rappeler le riche patrimoine architectural propre à cette ville.

Un autre atout que vous mettez en avant est la distance par rapport à Bruxelles.

Je m’explique : cela permet à Mons de déposer une candidature plus large, au bénéfice de toute une région et « affranchie » de l’influence de la capitale et de ses infrastructures culturelles.

Un avantage géographique dont Malines ne pourrait se prévaloir

Je ne tiens pas à dire du mal d’autres villes, candidates elles aussi. J’ai des amis aussi à Liège avec qui je ne désire pas me fâcher… Ma position est plutôt celle de quelqu’un qui est pro Mons et pas anti X ou Y. Mais c’est vrai que si Malines devait être choisie, les visiteurs auraient davantage tendance à se rendre à Bruxelles, toute proche.

Vous défendez aussi le point de vue que ce titre est une aubaine économique et devrait profiter dès lors à des villes et des régions qui en ont vraiment besoin.

La culture est indéniablement une opportunité importante. À Mons, il y a des possibilités de croissance intéressantes. Les investissements nécessaires y seraient rentables. Elle est déjà parvenue à attirer des sociétés importantes comme Google et Microsoft. Je suis persuadé qu’il y a un potentiel de développement pour des petites sociétés actives dans le domaine du multimédia.

Comment votre position « pro montoise » est-elle perçue chez vous, au nord du pays ?

J’ai toujours suivi ce dossier depuis le début. Mons est une ville agréable, immédiatement conviviale et où il se passe beaucoup de choses intéressantes d’un point de vue culturel. De nombreux Flamands commencent à le penser. C’est aussi une ville qui véhicule une image différente de la Wallonie. J’assume mon soutien. Tant pis si ça déplaît : ce n’est pas ça qui va m’empêcher de m’exprimer. C’est mon avis personnel, sans appartenance politique.

Que doit faire Mons et que doit-elle éviter de faire si elle veut être retenue ?

À mon sens, elle doit miser sur la combinaison de trois grands axes : ville-région, passé-avenir et culture-multimédia. Mais cela n’empêche pas des synergies avec d’autres régions comme le Limbourg qui partage avec elle un passé minier.

La force des petites villes comme Malines

Malines a des atouts dans cette course à l’investiture européenne comme capitale culturelle 2015, c’est indéniable. Celui qui a déjà visité cette ville a goûté le plaisir de flâner dans le vieux centre, de se promener dans les petites ruelles, de regarder la Dyle couler, de déambuler dans la sérénité du béguinage…

Il y a le patrimoine de valeur mondiale, inscrit à l’Unesco : le beffroi, le carillon, les géants et le béguinage. « Tiens, intervient Frank Herman, le coordinateur de la candidature, les trois premiers sont les mêmes qu’à Mons. » M. Herman égrène : le patrimoine de ce centre qui offre près de 400 monuments historiques sur 2,8 km2 ; l’histoire de cette ville, importante pour les Pays-Bas et le Nord de l’Europe ; sa localisation, centrale en Belgique ; son accessibilité par tous les moyens de transport ; l’importance de son hinterland (« On touche 2 millions de personnes dans un rayon de 30 km ») ; son savoir-faire, déjà éprouvé lors de l’année Charles-Quint en 2000 et lors de la célébration de Marguerite d’Autriche et Marguerite d’York en 2005.

« Et puis c’est une ville qui investit beaucoup dans la culture, qui est innovatrice, ajoute Frank Herman. Et qui montre la force des petites villes en Europe. »

Frank Herman ne veut pas travailler contre Mons : « Ce serait le comble d’en arriver pour cela à une confrontation communautaire. Notre point de vue, à Malines, c’est que la culture n’a pas de frontière. Je ne me réfère pas à la Belgique de papa, mais ce serait superbe si les deux régions, romane et germanique, pouvaient travailler ensemble et lancer un pont culturel entre les deux. »

Malines + Mons, une équation impossible ? Pas pour Frank Herman. Qui rappelle qu’avec Luxembourg l’année passée, c’est toute une région, s’étendant aussi à la France, la Belgique et l’Allemagne, qui est devenue « capitale » culturelle. Que la même chose se passe avec Essen, qui a fédéré les communes avoisinantes pour faire de la Ruhr une « capitale » culturelle. Bref, dit-il, tout est possible : il suffit de le vouloir…

La confiance règne pour le commissaire Vasseur

Il était déjà zen, le commissaire de « Mons 2015 ». Le voilà confiant, conforté par les propos du Premier ministre. Même sans cet appui, la petite équipe d’Yves Vasseur, l’actuel patron du manège.mons (le centre culturel transfrontalier) peut faire valoir une solide avance sur les concurrents : elle travaille, y compris en coulisse, depuis 2004. La fiche de motivation et ses 38 questions ultra-précises sont même déjà rédigées ; et les grandes lignes directrices du projet tracées.

« Le projet se tient et s’appuie sur un réseau fort. Nous avons de bonnes chances », assure l’homme qui rappelle aussi que la candidature montoise – on l’a sans doute oublié ailleurs en Wallonie – a déjà fait l’objet d’engagements politiques forts. Dès 2005, le gouvernement de la Communauté française a décidé de soutenir Mons, proclamée capitale culturelle de la Wallonie. La Région lui a emboîté le pas, fin 2007. Avec à la clé, une promesse de financement déterminante puisque ensemble Communauté et Région alimenteront le budget de l’événement, évalué au plus bas à 40 millions d’euros, à hauteur de 75 % ! Les premiers versements à la Fondation Mons 2015, le bras armé de la candidature, ont déjà été opérés. Il y a cinq millions d’euros en caisse, avancés par les partenaires publics (la Ville en tête) ou promis (la Province de Hainaut libérera sa mise dès la désignation officielle).

Des partenariats ont été conclus avec les grandes institutions culturelles de la province : le Macs, le Pass, le BPS22, le musée de la Photo, etc. Un bon tiers des 69 communes hainuyères a déjà passé un protocole de coopération avec « Mons 2015 ». Les pourparlers de collaboration sont loin avec Namur, Liège, Bruxelles mais aussi Bruges, Courtrai, Anvers et Gand. Même Malines (lire ci-contre) a été approchée ! Les voisines lilloise et maubeugeoise avec qui Mons est liée par son centre culturel, ont marqué leur soutien.

Si le bât blesse encore quelque part, c’est au niveau de la mobilisation locale. L’équipe doit encore convaincre les milieux associatifs. Et les récentes velléités namuroises et liégeoises ont montré l’utilité qu’il y avait à serrer les rangs et à communiquer pour rallier le grand public. Le tir sera corrigé dès ce week-end et son Doudou avec la sortie d’un badge gratuit « Mons 2015, j’y serai ! ». On n’a rien inventé de mieux que la méthode Coué.

REPÈRES

Historique. Au début, l’Europe désignait chaque année une seule Ville européenne de la Culture. Athènes fut la première en 1985. Pour la Belgique, Anvers (1993), Bruxelles (2000) et Bruges (2003) ont déjà eu cet honneur du temps où l’État belge proposait sa « capitale » lorsque venait son tour. La règle a changé depuis octobre 2006. La nouvelle méthode est d’application pour les candidats au titre dès l’année 2013 et ce, jusqu’en 2019. Elle rétablit une concurrence interne.

2015. Après la Lettonie et la Suède en 2014 et avant l’Espagne et la Pologne en 2016, l’Europe a décidé qu’en 2015, la Belgique et la Tchéquie auraient droit à leur capitale culturelle.

La procédure. La sélection s’effectue sur base d’un dossier. Son déroulement s’étale sur quatre phases. 1) Les États membres concernés publient un appel de candidatures au plus tard six ans avant le début de la manifestation : en l’occurrence pour la Belgique, le 31 décembre 2008, dernier délai. Les villes intéressées disposent alors de dix mois pour introduire leur dossier. 2) Au plus tard cinq ans avant le début de la manifestation (soit en 2010, vraisemblablement à l’automne), un jury est convoqué pour effectuer un premier tri. Ce jury est composé de 13 experts : 7 nommés pour trois ans par le Parlement européen, le Conseil, la Commission et le Comité des régions ; six autres désignés par l’État membre concerné. On sait déjà que ces six-là seront, parité linguistique oblige, trois Flamands et trois francophones. 3) La sélection finale s’effectue par le même jury neuf mois après sa première réunion de sélection. Ses membres recommandent la candidature d’une ville au titre de « Capitale européenne de la Culture ». 4) La désignation définitive tombe quatre ans avant le début de la manifestation (soit en 2011). « Chaque État membre concerné, à la lumière des recommandations du jury, présente la candidature d’une ville aux institutions ». Mais in fine, c’est le Conseil de l’Europe qui désigne

officiellement les deux villes retenues.

Situation actuelle. L’État belge (c’est sa prérogative) n’a pas encore lancé l’appel à candidatures. Comme l’a rappelé hier le Premier ministre, le comité de concertation du 21 mai, composé de représentants des deux Communautés, « fera part de l’accord intervenu entre elles concernant le tour de rôle et la priorité à donner à une ville francophone ». Ce comité rédigera le texte de l’appel à candidatures.

Source : htttp ://europa.eu (le portail de l’Union européenne)

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