Yves Leterme supporte Mons 2015
VANTROYEN,JEAN-CLAUDE; SAINTGHISLAIN,VALERY
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Jeudi 15 mai 2008
Capitale culturelle Au tour d’une ville francophone
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Jusqu’ici, deux villes n’ont pas fait mystère de leur volonté de briguer cette auréole de capitale culturelle : Mons et Malines. La ville d’Elio Di Rupo, le président du PS, et celle de Bart Somers, le président du VLD. De part et d’autre, on y travaille d’arrache-pied depuis plusieurs mois. Et chaque ville a nommé un responsable : Yves Vasseur à Mons, Frank Herman à Malines.
Une bagarre communautaire de plus ? On ne le veut apparemment pas, ni d’un côté ni de l’autre. Frank Herman affirme vouloir éviter la confrontation et prône le dialogue culturel entre les deux villes : « Si on parvenait à s’entendre, à faire candidature commune, ce serait un message superbe pour l’Europe », dit-il.
On n’en est pas là. D’autant qu’Yves Leterme vient de prendre position, comme s’il voulait désamorcer un éventuel conflit futur. En réponse à une question parlementaire de la députée Ecolo Juliette Boulet, il a dit : « Je suis favorable au principe de rotation intrabelge qui, cette fois donnerait la priorité à une ville francophone de se porter candidate au titre de capitale européenne de la culture en 2015. » Trois villes belges l’ont déjà été : Bruxelles, Bruges et Anvers. Il est peut-être temps, en effet, que le titre échoie à une ville wallonne.
« Ça ne me décourage pas, lance Frank Herman. Le règlement, c’est le règlement. Et il prévoit que le pays ne peut exclure aucun candidat. » Le coordinateur malinois reste confiant et continuera à discuter avec son homologue montois. D’ailleurs, il passera ces quatre prochains jours à Mons. Et il est d’autant plus confiant qu’en fin de compte, le gouvernement belge n’a aucun pouvoir dans ce domaine. C’est en effet un jury de treize experts qui sélectionnera la ville candidate officielle, et ce jury est composé de six Belges (trois Flamands et trois francophones) et de sept Européens, le président étant un expert indépendant. L’influence politique y sera sans doute fortement diminuée.
Une ville francophone, soutient donc Yves Leterme. Mons, sans doute, Mais tout est-il réellement dit ? Même si le gouvernement de la Communauté française, c’est-à-dire le PS, a désigné Mons comme seule prétendante au sacre européen, des voix s’élèvent aujourd’hui, à Namur et à Liège, pour revendiquer aussi leur part du gâteau.
« Personne ne pourra être capitale sans nous », dit Jean-Philippe Tirtiaux, de Namur en mai. L’Ecolo Anne De Gand ajoute que « le moment est venu de fédérer les villes wallonnes autour d’un projet commun. Que cette candidature ne soit pas que le projet de Mons mais plutôt que Mons soit le fer de lance de la Région wallonne. »
A Liège, comme d’habitude, on polémique davantage. Le mouvement est venu de l’artiste plasticien Alain De Clerck qui a développé l’idée dans Le Soir du 29 avril : « Nous devons nous battre pour que ce soit Liège qui soit capitale culturelle européenne en 2015, et non Mons. » Une pétition (liege2015.eu) a recueilli nombre de suffrages, surtout dans le milieu artistique. Mais pour le bourgmestre Willy De Meyer, PS, la partie est cependant jouée et « on ne peut plus rebattre les cartes d’un accord qui remonte à 1999 ».
Pourquoi cet appétit à briguer les étoiles européennes ? La pub européenne pour les villes, les subsides qui vont booster les infrastructures culturelles et autres, comme les gares, le tourisme, le renom. Un pactole qui vaut bien une bagarre, non ?
« Mons mérite le titre »
Capitale culturelle Un professeur de la KUL défend cette candidature
À mon sens, elle doit miser sur la combinaison de trois grands axes : ville-région, passé-avenir et culture-multimédia.
La force des petites villes comme Malines
Il y a le patrimoine de valeur mondiale, inscrit à l’Unesco : le beffroi, le carillon, les géants et le béguinage. « Tiens, intervient Frank Herman, le coordinateur de la candidature, les trois premiers sont les mêmes qu’à Mons. » M. Herman égrène : le patrimoine de ce centre qui offre près de 400 monuments historiques sur 2,8 km2 ; l’histoire de cette ville, importante pour les Pays-Bas et le Nord de l’Europe ; sa localisation, centrale en Belgique ; son accessibilité par tous les moyens de transport ; l’importance de son hinterland (« On touche 2 millions de personnes dans un rayon de 30 km ») ; son savoir-faire, déjà éprouvé lors de l’année Charles-Quint en 2000 et lors de la célébration de Marguerite d’Autriche et Marguerite d’York en 2005.
« Et puis c’est une ville qui investit beaucoup dans la culture, qui est innovatrice, ajoute Frank Herman. Et qui montre la force des petites villes en Europe. »
Frank Herman ne veut pas travailler contre Mons : « Ce serait le comble d’en arriver pour cela à une confrontation communautaire. Notre point de vue, à Malines, c’est que la culture n’a pas de frontière. Je ne me réfère pas à la Belgique de papa, mais ce serait superbe si les deux régions, romane et germanique, pouvaient travailler ensemble et lancer un pont culturel entre les deux. »
Malines + Mons, une équation impossible ? Pas pour Frank Herman. Qui rappelle qu’avec Luxembourg l’année passée, c’est toute une région, s’étendant aussi à la France, la Belgique et l’Allemagne, qui est devenue « capitale » culturelle. Que la même chose se passe avec Essen, qui a fédéré les communes avoisinantes pour faire de la Ruhr une « capitale » culturelle. Bref, dit-il, tout est possible : il suffit de le vouloir…
La confiance règne pour le commissaire Vasseur
« Le projet se tient et s’appuie sur un réseau fort. Nous avons de bonnes chances », assure l’homme qui rappelle aussi que la candidature montoise – on l’a sans doute oublié ailleurs en Wallonie – a déjà fait l’objet d’engagements politiques forts. Dès 2005, le gouvernement de la Communauté française a décidé de soutenir Mons, proclamée capitale culturelle de la Wallonie. La Région lui a emboîté le pas, fin 2007. Avec à la clé, une promesse de financement déterminante puisque ensemble Communauté et Région alimenteront le budget de l’événement, évalué au plus bas à 40 millions d’euros, à hauteur de 75 % ! Les premiers versements à la Fondation Mons 2015, le bras armé de la candidature, ont déjà été opérés. Il y a cinq millions d’euros en caisse, avancés par les partenaires publics (la Ville en tête) ou promis (la Province de Hainaut libérera sa mise dès la désignation officielle).
Des partenariats ont été conclus avec les grandes institutions culturelles de la province : le Macs, le Pass, le BPS22, le musée de la Photo, etc. Un bon tiers des 69 communes hainuyères a déjà passé un protocole de coopération avec « Mons 2015 ». Les pourparlers de collaboration sont loin avec Namur, Liège, Bruxelles mais aussi Bruges, Courtrai, Anvers et Gand. Même Malines (lire ci-contre) a été approchée ! Les voisines lilloise et maubeugeoise avec qui Mons est liée par son centre culturel, ont marqué leur soutien.
Si le bât blesse encore quelque part, c’est au niveau de la mobilisation locale. L’équipe doit encore convaincre les milieux associatifs. Et les récentes velléités namuroises et liégeoises ont montré l’utilité qu’il y avait à serrer les rangs et à communiquer pour rallier le grand public. Le tir sera corrigé dès ce week-end et son Doudou avec la sortie d’un badge gratuit « Mons 2015, j’y serai ! ». On n’a rien inventé de mieux que la méthode Coué.
REPÈRES
officiellement les deux villes retenues.
