« De toute ma force politique ! »

MOREL,PIERRE

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Mercredi 21 mai 2008

Mobilité Michel Daerden veut lancer le chantier de CHB avant les élections

Le ministre n’en démordra pas et balaye les oppositions, y compris européennes : il veut la liaison autoroutière CHB.

entretien

Où en est le dossier de la liaison autoroutière A605 entre Cerexhe-Heuseux et Beaufays (CHB) ? Depuis l’« avis motivé » de la Commission européenne du 3 avril dernier, qui estimait illégale la simple inscription au plan de secteur comme tracé autoroutier de la zone de réservation, sans étude stratégique d’impact (Le Soir du 12 avril), certains espèrent à haute voix que le projet finira par être enterré. Mais il faudra visiblement pour cela passer sur le corps du ministre wallon de l’Equipement et des Transports, Michel Daerden (PS), qui veut à tout prix être celui qui aura enfin concrétisé ce projet vieux de trente ans.

Monsieur le ministre, où en est aujourd’hui le dossier CHB ?

Voilà déjà trente ans qu’il est sur la table. Et trente ans, ça fait beaucoup de ministres ! Defraigne, Mathot, Olivier, Grafé, Bodson, Lebrun, et enfin votre serviteur ! Qui met toute sa force politique pour le faire avancer. Nous avons réalisé toutes les étapes indispensables : d’innombrables études réalisées en toute indépendance sur la mobilité, la rentabilité économique, sur l’impact environnemental. On a, après avoir respecté toutes les procédures, enfin déposé une demande de permis le 11 mai 2007. Cette demande de permis continue pour le moment à faire des allers-retours entre les services du fonctionnaire délégué de la Région wallonne et le cabinet du ministre Antoine, qui est compétent pour délivrer le permis. J’espère l’avoir dans trois ou quatre semaines, avant les vacances. A ce moment-là, on pourra alors lancer les adjudications publiques et commencer les travaux, d’une durée de quatre ans, au premier semestre 2009.

Vous semblez oublier cet avis motivé de la Commission européenne, qui demande une étude stratégique d’impact de CHB et de ses alternatives potentielles ?

C’est un avis adressé en fait au ministre Lutgen et transmis par lui à André Antoine, qui doit incessamment adresser une réponse à l’Europe. Vous savez, ce décret dit “Resa” de simplification administrative ici attaqué a été estimé parfaitement valable par toutes les instances belges où il a été attaqué : Conseil d’Etat, Cour constitutionnelle. André Antoine va mettre en évidence toutes les études déjà réalisées et qui préconisaient le trajet actuel. Moi, je défends avec force le décret Resa et je rends hommage au ministre Antoine, qui a tout mis en œuvre pour simplifier les procédures. Combien de beaux projets ne voient jamais le jour à cause de la complexité de celles-ci ? C’est devenu terriblement compliqué de mener à bien un grand projet. Ça confine à la folie !

Et si l’Europe n’est pas convaincue ? On s’assied sur son avis quitte à être condamné devant le Cour de justice européenne ?

Certainement pas ! Je suis et je serai toujours un légaliste. Si l’Europe estime qu’il y a une faille dans la procédure, on la remplira. Si elle estime que nous devons refaire une étude stratégique d’impact, on la fera. S’il faut réétudier les trajets alternatifs, on le fera. Mais j’espère de toutes mes forces que ce ne sera pas le cas.

Ce n’est pas tout : l’Europe a également demandé des renseignements sur le fait de confier la maîtrise d’ouvrage à la Sofico.

La Commission européenne demande en effet des compléments d’information. Elle veut notamment savoir si la Sofico reçoit une compensation et obtenir copie de la convention entre la Sofico et la Région. Notre réponse est quasiment prête. Le gouvernement wallon a confié unilatéralement la réalisation de CHB à la Sofico, comme elle l’a fait pour Cointe, l’A8 ou Strepy. Logique : la Sofico a été créée par décret précisément pour réaliser les chaînons manquants ! Je ne suis pas inquiet. C’est une attaque de plus d’Ecolo : cette demande fait suite à une question du député européen écolo Pierre Jonckheere. Je ne suis pas dupe : on essaye de m’épuiser pour reporter CHB à la législature prochaine. Mais on n’y arrivera pas : je mets toute ma force politique pour faire poser des actes irréversibles dans ce dossier avant de partir.

Mais finalement, pourquoi tenez-vous tant à ce projet, si compliqué à mener ?

Toutes les études, et je répète qu’elles ont été innombrables, que nous avons commandées ont confirmé la nécessité de faire CHB. Pourquoi ? Trois éléments : d’abord, le tunnel de Cointe commence à être saturé, c’est une réalité. Et CHB le soulagera de 10 à 15 % de son trafic. C’est comme ça, qu’on le veuille ou non, que ça plaise ou pas, le trafic routier continue à augmenter chaque année ! Deuxièmement, de nombreux camions, et il y en aura toujours plus, traversent la ville de Liège, avec ce que cela comporte comme pollution et comme risques pour les riverains. Allez leur demander, sur les quais de la Dérivation, s’ils sont contre CHB ! Enfin, la liaison aura un impact économique important dans la mesure où elle réduira de façon substantielle le nombre de kilomètres parcourus sur toute une série de trajets. Il faut faire CHB. Et, je le répète, je me battrai pour y arriver.

« Le tram ? On peut faire les deux ! »

Les opposants

(Il interrompt) Qui représentent très peu de gens, même si on leur donne une grande visibilité médiatique !

Les opposants, donc, estiment que la construction d’une autoroute est un choix passéiste, notamment à cause de l’évolution des prix du pétrole. Vous n’êtes pas d’accord ?

Bien sûr que non ! Le développement économique doit-il passer par les brouettes ? Ecoutez, je suis tout à fait conscient de l’évolution des prix du carburant. Il n’en demeure pas moins, les faits sont là, que malgré tous nos efforts pour déplacer le transport vers le rail et le fleuve, c’est encore et toujours la route qui progresse. Le développement économique continue à se faire par la route, je n’y peux rien. Et je pense qu’il est évident qu’un jour ou l’autre, ce sont des véhicules alimentés autrement que par le pétrole qui rouleront sur CHB. L’évolution est en marche.

L’impact écologique du projet est également pointé du doigt.

Tout responsable politique aujourd’hui se doit d’intégrer les facteurs écologiques dans ses projets. Mais j’estime qu’à ce niveau, nous n’avons rien à nous reprocher dans ce dossier : nous avons organisé un nombre incalculable de réunions publiques de concertation et nous avons intégré à peu près toutes les demandes formulées, tant par la population que par l’auteur de l’étude d’incidences sur l’environnement et les collèges communaux. Ce qui a d’ailleurs gonflé le coût de près de 100 millions d’euros. Ce n’est pas rien tout de même !

Et l’impact sur la ville de Liège ? CHB ne va-t-elle pas accentuer la périurbanisation ?

L’impact principal pour Liège, selon moi, c’est d’abord moins de camions au centre-ville. Ne serait-ce que sur les quais de la Dérivation, Liège devrait être un peu plus vivable. Je constate par ailleurs que Liège regagne des habitants ces dernières années. Et je ne pense pas que cela va changer à cause de CHB.

Liège n’a pas à craindre l’implantation, annoncée, de zonings le long de l’autoroute ?

Non. Tant mieux si la liaison crée de l’activité économique. Tout le monde en profitera.

Autre argument récurrent des opposants : il vaut mieux utiliser l’argent de CHB pour le transport en commun structurant. Votre réaction ?

Il faut faire les deux. Je défends avec force le développement d’un réseau de transport en commun structurant. Pas forcément un tram, d’ailleurs. Et je pense qu’il faudra rechercher une synergie avec le train. Et c’est possible de faire les deux, j’en suis persuadé : ce sont ces grands projets qui font avancer une région. Comme le TGV, Bierset, le Trilogiport. Je crois que ce n’est pas le budget qui représentera la difficulté majeure de ce dossier. Je peux déjà prédire quelques difficultés quand il s’agira de choisir et de définir le tracé, d’exproprier. Le tram aura ses recours et ses opposants aussi, hein !

Pas de résultats.