« Cessez de salir la Flandre ! » clame Kris Peeters
VANOVERBEKE,DIRK
Vendredi 23 mai 2008
Kris Peeters, le ministre-président flamand, juge incorrect que des francophones saisissent l’Europe pour obtenir gain de cause. Interview.
Entretien
Je suis un Flamand sûr de lui, confiant et ambitieux. Je ne cède pas à la panique face à des critiques susceptibles d’égratigner l’image de la Flandre. Nous sommes économiquement très forts, nous disposons d’entreprises appréciées dans le monde. Même en sport, nos athlètes font des prouesses. Non, l’image de la Flandre n’a pas été brutalement mise en danger. Ni, plus largement, celle de la Belgique.
Bien sûr : quand on abîme l’image de la Flandre, la Belgique en souffre aussi. Une série de plaintes émanant de certains hommes politiques francophones ont eu pour effet de noircir la Flandre. Et donc le pays. Cela me surprend. Je trouve regrettable que des Francophones fassent appel à des instances européennes pour leur donner raison. C’est anormal. Ce n’est d’ailleurs pas correct. Ils ont déposé plainte auprès du Conseil européen, dont le Congrès des entités locales a délégué trois émissaires dans la périphérie. Les bourgmestres non nommés n’ont pas fait appel au Conseil d’Etat, ils n’ont pas utilisé les outils juridiques dont ils disposent en Belgique. Ce n’est pas la bonne manière de procéder. Je regrette que des Belges utilisent ces méthodes pour salir l’image de la Belgique. Cela démontre que le problème est plus large que l’image de la Flandre
L’Europe est favorable à l’élection directe des bourgmestres. Mais la situation belge est spécifique. Le bourgmestre y possède des compétences importantes comme fonctionnaires, notamment en matière de police, et est dès lors soumis à un examen de moralité. Il doit respecter l’ensemble des lois du pays.
Cette législation est impressionnante. Mais toutes les lois, depuis 1921, ont été approuvées au Parlement, avec les voix francophones. Si l’on considère que ces lois sont dépassées, c’est au Parlement à les amender.
Je suis prêt à parler de tout ça. Mais vous mettez tout dans le même sac. Zaventem renvoit à l’autonomie locale. La commune a décidé de lier certaines conditions à l’achat de terrains qu’elle possède et qu’elle veut vendre à un prix deux fois inférieur à celui du marché. Pour des raisons sociales.
Ici, on entre sur le terrain de la citoyennisation. Le gouvernement flamand a pris cette initiative pour améliorer le tissu social dans les quartiers entre tous ceux qui louent des logements sociaux. Ces objectifs sont sociaux. Il n’est pas normal que les francophones nous attaquent pour cela. Mais nous sommes dans une situation, aujourd’hui, où l’on imagine que nous voulons les viser, les « couillonner ». Sur chaque dossier cité, quelle est l’intention ? Est-elle socialement fondée ? Oui. Est-elle mise en place contre les Francophones ? Non.
Ce qui, au-delà de notre image, est essentiel, c’est de résoudre le problème des 20 % de chômage qui frappe Bruxelles. Faire en sorte que notre système de concertation, applaudi dans le monde entier et basé sur des constructions juridiques hi-tech (réglementation linguistique, protection des minorités, conflits d’intérêts…) ait tout de même pu générer chez nous une telle prospérité. Nous sommes un exemple pour le monde ; des délégations viennent de l’ex-Yougoslavie, de Palestine ou d’Irlande pour tenter de transposer notre modèle chez eux. Mais manifestement, certains tentent aujourd’hui de détruire, par masochisme, ce que nous sommes parvenus à construire après des années de concertations et de constructions intellectuelles subtiles. Et je m’y oppose.
Oui, dans le dossier des trois bourgmestres, ils ont préféré porter le dossier à l’échelon européen. Je le regrette. Mais il n’y a pas que les francophones : la Commission européenne planche aussi sur Zaventem et le Wooncode. Je ne veux pas balayer toutes les critiques d’un revers de la main. Je suis prêt à expliquer sereinement nos motivations, les raisons pour lesquelles nous avons pris ces initiatives. Et s’il y a un problème avec la réglementation européenne, nous nous adapterons. Comme on l’a fait dans le dossier de Liedekerke, en annulant la décision du conseil communal.
Et puis, un autre constat : sur les 3500 journalistes étrangers, un pourcent est capable de lire le néerlandais. Je ne leur en veux mais je dois en tenir compte. Nous devrons faire en sorte de les informer au mieux.
La meilleure façon de renforcer notre image consiste ensemble, Francophones et Flamands, à résoudre nos problèmes et démontrer que la Flandre et la Belgique sont à la pointe de l’innovation pour résoudre les grands défis du futur. Nous menons des actions de promotion. Notre ministre de la Politique Extérieure prend aussi des initiatives. Il faut encore que nos diplomates mettent tout en œuvre pour promouvoir l’image de la Wallonie, de la Flandre et de Bruxelles. J’attends des ambassadeurs qu’ils renforcent aussi l’image de nos régions. Une journée de contacts diplomatiques est prévue ce 2 juin. Je déplore que ni Rudi Demotte ni moi-même ne soyons invités. Enfin, dans la mesure où de très nombreux correspondants ignorent la langue néerlandaise, nous déploierons des efforts supplémentaires pour traduire les décisions et les dossiers importants du gouvernement flamand.
Ce que je ne comprends pas bien, c’est la demande des francophones d’avoir un corridor, à Rhode, reliant Bruxelles à la Wallonie. Un corridor, c’est quoi cela ? Cela me fait songer à Berlin et son couloir aérien. Bruxelles est en zone ennemie : nous devons être capables d’atteindre Bruxelles quand la Flandre sera indépendante. Si on veut poursuivre les négociations communautaires avec ce type de raisonnement, on arrivera nulle part.
La Réforme de l’Etat doit être une réforme sociale qui permette aux entités fédérées de livrer des réponses sur mesure à leurs besoins. En Flandre, les défis sont connus : pénurie d’emplois, vieillissement, soins de santé et maisons de repos,. Moi, j’ai besoin de ces instruments efficaces pour répondre aux défis de la Flandre. Cela, c’est la vraie question : puis-je réaliser une meilleure politique après la réforme ? La même question vaut pour mes collègues wallons et bruxellois. C’est cela, la finalité de la Réforme de l’Etat. Le niveau fédéral est incapable aujourd’hui de donner des réponses adéquates : il ne peut à la fois résoudre le problème de la pénurie d’emplois en Flandre et du chômage en Wallonie. Mon plus grand souci, c’est qu’il nous reste peu de temps pour le réaliser. Moi, je dois faire en sorte de pourvoir les postes vacants avant d’être confronté à un problème de croissance.
Et le niveau fédéral à l’avenir devra encore gérer des compétences en matière de Justice, un des core business et une plate-forme ou les entités fédérées peuvent se rencontrer et se mettre au service des régions.
Ce sera difficile. Mais j’espère que tout le monde s’alignera sur cette conception positive et sociale du fédéralisme de responsabilisation. C’est en tout cas un autre scénario que le corridor, l’inertie ou la conviction d’une Flandre qui ne serait plus solidaire de la Wallonie.
