Violences urbaines à Anderlecht
VERSTRAETEN,GUY
Vendredi 23 mai 2008
Emeutes
La rixe programmes entre bandes (hooligans du Sporting d’Anderlecht et jeunes d’origine immigrée) a viré, vendredi soir, à l’émeute urbaine et au saccage, au cœur d’Anderlecht. La police a procédé à quelque 150 arrestations.
Tout avait commencé dimanche par une rixe entre supporters éméchés et jeunes à Saint-Guidon. La rumeur (et on pouvait entendre cette version dans la bouche haineuse des supporters, massés à la place de Linde), quant à elle, prétend que les bagarres de dimanche font suite au viol, durant la nuit de samedi, d’une jeune fille par quatre garçons, aux alentours de Saint-Guidon.
Depuis mercredi, la présence policière dans le quartier de Saint-Guidon a été renforcée. Des bruits relayant l’éventualité d’expéditions punitives d’un côté comme de l’autre, renforcés par les appels à la violence tenus dans un blog (qui invitait les jeunes d’origine immigrée à aller punir les « Flamants », assimilés à des « Skinets »), ont poussé la commune à amasser les forces de l’ordre aux alentours du quartier Saint-Guidon.
Sur ce même blog, un appel était lancé aux jeunes pour qu’ils se réunissent ce vendredi soir. Et les groupes étaient au rendez-vous.
A la place de Linde d’abord. Séparée par une seule rue de la place Saint-Guidon, la place de Linde était bondée à 18 heures : une grosse centaine de hooligans anderlechtois, bières à la main, semblaient prêts à en découdre. Des éducateurs avaient de leur côté été réquisitionnés pour disperser les groupes formés de l’autre côté, à Saint-Guidon. Cela n’a pas suffi. Vers 19 heures, une centaine de jeunes débarque à Saint-Guidon, certains armés de planches de bois. Une arme blanche aurait même été découverte. La police s’est interposée, repoussant les jeunes vers la place de la Vaillance, où plusieurs voitures, banques, tavernes et commerces ont été saccagés.
« Le problème, c’est qu’il y a deux fronts » », résumait parfaitement le bourgmestre d’Anderlecht, Gaëtan Van Goidsenhoven (MR). De fait, de l’autre côté de la rue de la Procession, place de Linde, les hooligans d’Anderlecht ont décidé d’en découdre eux aussi, vers 20 heures. La place de Linde s’en souvient encore : les pavés ont sifflé dans tous les sens, les autopompes ont fonctionné à pleine mesure.
On a vu des choses, ce vendredi, qu’on aurait aimé ne pas voir : des jeunes d’origine marocaine qui osent s’aventurer, peut-être pour provoquer, du côté de la place de Linde et des hooligans, et qui se font pourchasser par des « supporters » enragés, criant leur racisme comme une fierté. De l’autre côté, des saccages commis par des gamins, des adolescents.
À l’heure de boucler cette édition, on comptait plus de 150 arrestations et 6 blessés légers du côté de la police.
Le décompte des blessés, chez les émeutiers, semble plus compliqué à établir à ce moment.
Mais il ressort aussi que deux jeunes d’origine immigrée ont été blessés plus tôt dans la journée et sont hospitalisés. Triste soirée.
