Leterme doit renouer avec le Congo

COPPI,DAVID

Mardi 27 mai 2008

RD Congo Réunion de crise à Bruxelles alors que Kinshasa mettait la pression

Lettre de protestation, fermeture de consulats belges… Le ministre de la Coopération Charles Michel au ministre des Affaires Etrangères Karel De Gucht avant le kern : « Ça suffit ! »

Après le rappel, samedi, de leur ambassadeur à Bruxelles et la fermeture de leur consulat à Anvers, le gouvernement d’Yves Leterme apprenait lundi que les autorités congolaises avaient l’intention de fermer les consulats de Belgique à Bukavu et à Lubumbashi, et de réclamer le transfert des diplomates belges à Kinshasa. Une « lettre officielle de protestation » a aussi été adressée à notre ambassadeur au Congo, dans laquelle le gouvernement de Joseph Kabila dénonce les « déclarations à répétition » de notre ministre des Affaires étrangères à son égard…

Des déclarations, notamment sur la corruption du régime, qui, à la fin avril déjà, lors d’une visite officielle au Congo, avaient semé le trouble dans les relations entre la Belgique et son ex-colonie, qui ne peuvent plus être celles « de maître à esclave », avait alors mis en garde le président Joseph Kabila, dans une interview au Soir. Ce trouble se mue aujourd’hui en crise diplomatique après que le ministre libéral flamand eut répété qu’il maintenait ses propos, et revendiqué même un « droit moral » de sanctionner la politique congolaise. Une source gouvernementale précise : « Non seulement Karel De Gucht en a rajouté, mais personne n’a entrepris de démarche diplomatique vis-à-vis de Kinshasa depuis l’incident d’avril. Résultat : laissé sans réponse, le gouvernement congolais riposte. »

Les relations belgo-congolaises sont mises à mal, comme celles au sein de la majorité gouvernementale, voire entre les communautés. Car si la crise belgo-congolaise n’est pas « communautaire » en substance, elle est perçue comme telle au nord du pays, notamment après la pluie de critiques adressées à Karel De Gucht par les partis francophones. Une pluie acide. Elio Di Rupo (PS) rappelle au ministre des Affaires étrangères que « l’époque colonialiste caractérisée par le paternalisme et l’arrogance est définitivement révolue » ; André Antoine (CDH) estime qu’« on peut dire les choses entre quatre yeux sans pour autant en faire état publiquement » ; Isabelle Durant (Écolo) condamne la « diplomatie du mépris », quand Armand De Decker (MR), la décrit comme « automutilante ».

Pas refroidi par la presse flamande du lundi matin, qui stigmatisait le laxisme francophone, Charles Michel a plongé à son tour, hier. Prudent jusqu’alors, le ministre de la Coopération voit venir, dit-il, un « problème de gouvernement ». Il appelle Karel De Gucht à « cesser de jeter de l’huile sur le feu alors que nous sommes confrontés à une crise très sérieuse avec notre principal partenaire en matière de coopération ». Et s’interroge : « S’il y a un agenda caché dans le chef de certains pour casser la coopération, et avec elle nos relations avec le Congo, alors, je les préviens que je serai sur leur route, et qu’en faisant cela ils sortent du cadre de l’accord gouvernemental, avec les conséquences que cela entraînerait. »

Charles Michel se défend de vouloir « mener une politique de complaisance vis-à-vis du pouvoir congolais, comme le voudraient André Flahaut et d’autres », mais ne tolère pas non plus « celle qui conduit à la rupture », comme y poussent « les déclarations répétées » du ministre des Affaires étrangères, qui « se concentre sur la critique sans dire les éléments positifs ».

Le ministre de la Coopération croit, lui, à la « troisième voie », du « dialogue responsable et respectueux, où l’on dit ce qui ne va pas, mais aussi où l’on encourage les développements au Congo ». Charles Michel prévient : « la rupture, c’est la population qui en souffrirait, qui se verrait privée de notre aide aux hôpitaux, aux écoles… Je ne veux pas participer à la responsabilité historique d’un abandon de la population congolaise. »

Charles Michel pressait hier Yves Leterme de reprendre la main, de réunir un comité ministériel restreint « afin de rechercher un consensus au sein du gouvernement ». Ce fut fait, sur base d’une note rédigée par Karel De Gucht dans la journée.

Au terme de ce kern, il a été décidé qu’Yves Leterme renouerait directement le contact avec le président Kabila et qu’il ferait rapport au gouvernement dans les prochains jours.

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