Liège 2015 : consultation populaire ?

BODEUX,PHILIPPE

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Mercredi 28 mai 2008

Culture Il faudrait environ 19.000 signatures pour l’activer

Outrés par la « caporalisation des élus », les initiateurs du mouvement citoyen ne baissent pas les bras. Et envisagent des actions.

Lundi soir, 22h. Au sortir de la salle du conseil communal, les manifestants en faveur de la candidature de Liège comme capitale européenne sont groggy. La majorité PS-CDH vient de refuser de poser la candidature de Liège tandis que l’opposition MR-Ecolo a fermement soutenu le dépôt de la candidature.

« C’est complètement désolant, déclare Alain De Clerck, un des porte-parole de Liège 2015. Les élus avaient l’occasion de poser un acte fondateur. Ils ont raté l’opportunité d’enclencher quelque chose d’extrêmement positif qui aurait conduit à des assises culturelles à Liège, en saine concurrence avec Mons. Il y avait un côté grave dans les votes. C’étaient des petits non et des oui bien affirmés. »

François Schreuer, autre porte-parole du mouvement qui a recueilli près de 8.000 marques de soutien, lui, est déçu. « Les élus de la majorité n’ont pas pu voter en âme et conscience mais ont dû se rallier à la majorité du parti. Je suis outré par cette “caporalisation“ des élus. C’est un véritable déni de démocratie. »

La déception… Le lendemain, le cœur est de nouveau à l’ouvrage. « Le débat sur la culture à Liège reste intéressant, l’énergie positive qui se dégage de la pétition argumentée doit être maintenue. On ne peut abandonner maintenant », déclare Alain De Clerck qui voit les messages de soutien affluer.

Objectif 19.000 signatures

« Nous réfléchissons au lancement d’une consultation populaire sur Liège 2015, explique François Schreuer. Il faudrait pour cela récolter 19.000 signatures soit 10 % de la population liégeoise. C’est conséquent. Mais ça pourrait obliger le pouvoir en place à prendre enfin la mesure de l’élan de participation citoyenne qui n’arrête pas de grandir. On va voir ce qu’en pense la base ».

Quoi qu’il en soit, les initiateurs de Liège 2015 n’entendent pas baisser les bras. « La mobilisation demeure. Jamais les gens qui sont venus au conseil n’oublieront le coup de poignard adressé par la majorité en place à la participation citoyenne, déclare Alain De Clerck. C’est d’autant plus affligeant qu’un des critères principaux fixés par l’Europe pour désigner une capitale culturelle est précisément la participation citoyenne. De toute façon, chaque jour qui passe renforce la candidature de Liège 2015. »

Le potentiel culturel liégeois bridé par un accord politique

Une exposition internationale en 2017… C’est la réponse du bourgmestre aux milliers de Liégeois qui souhaitent un événement fédérateur culturel. « Par rapport à la mobilisation citoyenne, j’identifie deux souhaits : avoir un événement international majeur et valoriser le potentiel liégeois ». La proposition de 2017 est déjà qualifiée de « risible » par nombre de signataires de Liège 2015.

Comme on le sait, au lieu de Liège 2015, la majorité PS-CDH propose un partenariat avec Mons. Sous quelle forme ? Le flou prévaut. « Je comprends l’envie d’être capitale culturelle européenne, déclare l’échevin de la culture Jean-Pierre Hupkens. Mais nous n’avons pas la possibilité de satisfaire cette envie ». La conseillère et députée européenne socialiste Véronique De Keyser ajoute : « L’Europe n’intervient qu’à 20 % dans le financement de l’événement. Mons est en train de constituer son bas de laine avec l’aide de la Communauté française. Liège, pas ». « Contrairement à Mons, nous avons déjà les infrastructures culturelles, rétorque Alain Leens (Écolo). Ce qui permettrait d’affecter les moyens financiers de Liège 2015 aux artistes. Nous ratons une grande occasion ». « Beaucoup de projets culturels sont en train d’éclore. Pourquoi ne pas les mettre en évidence et emboîter le pas à cette initiative citoyenne ? », lance la conseillère Écolo Bénédicte Hendrichs.

Tous les conseillers sont d’accord sur un point : Liège mérite d’être capitale culturelle et doit organiser un événement majeur et fédérateur. « Je comprends les hésitations internes au PS sur la question de ne pas faire de l’ombre à Di Rupo, poursuit Didier Reynders. Il faut dépasser la structure clanique et faire preuve d’émulation. Que le meilleur gagne. Si Mons est choisie par le jury, nous la soutiendrons ». Ce à quoi Willy Demeyer répond : « Poser la candidature serait un déni de solidarité collective. Je ne serai pas le premier à saboter la Wallonie et faire ainsi le jeu des Flamands. Liège est capitale culturelle de fait avec tous les investissements qu’elle a reçus dans ses institutions culturelles ». « Les artistes et les opérateurs culturels vous parlent création et vous répondez briques, ils vous parlent participation et vous répondez accord politique », analyse Guy Krettels pour Écolo.

« Vous êtes tétanisé par votre président de parti, lance la libérale Christine Defraigne à Willy Demeyer. Avec vous, Liège ne sera jamais que la remorque de Mons 2015 ou Maastricht 2018 ». Et lorsque Serge Carabin (CDH) oppose un « pas de brèche dans les accords politiques du passé », l’assistance hue le conseiller.

Même les conseillers socialistes admettent que « la pilule montoise est dure à avaler compte tenu du potentiel liégeois. On a les briques, il faut travailler sur les hommes », déclare Véronique De Keyser. « C’est au quotidien que Liège doit être une cité de la culture », déclare Jean-Claude Marcourt. Pour Bénédicte Hendrichs, « un terrible désaveu qui cache mal une stratégie culturelle inexistante ».

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