De Gucht, un obstiné qui s’assume

DUBUISSON,MARTINE

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Mercredi 28 mai 2008

Politique Le patron de la diplomatie ne laisse pas indifférent : c’est ce qu’il veut

Karel De GuchT, trop peu diplomate ? Portrait d’un homme qui « traite tout le monde comme les Congolais ».

portrait

Il croit qu’il a toujours raison ! » L’expression revient inévitablement lorsqu’on évoque Karel De Gucht. Un libéral flamand explicite : « Quand il est convaincu de son analyse, il ne tolère pas, et ne comprend pas, qu’on en ait une autre. Il dit : “Donnez-moi des arguments prouvant que j’ai tort.” Et il s’isole dans ses convictions. Cela pose souvent problème… »

Voilà sans doute le trait de caractère principal du ministre des Affaires étrangères. L’exemple historique, presqu’un cas d’école, est l’acharnement qu’il déploya, comme président du VLD, contre la décision du gouvernement Verhofstadt d’accorder le droit de vote aux étrangers aux communales. Jusqu’à être écarté de la présidence. « Il estimait avoir raison, et tant pis pour les autres ! » Tant pis ? « Selon pas mal de leaders libéraux flamands, Karel De Gucht est responsable de la défaite du VLD en 2004 », assure un ponte CD&V, qui ajoute : « Quand on était dans l’opposition, on l’aimait bien, car il ruinait le VLD ! » Notre VLD le dit de façon plus nuancée : « L’analyse dominante au parti est qu’il a commis une erreur tactique. » Ce ne sera pas la seule – Louis Tobback l’appelle le « stratège de café »… Ce négociateur de l’Orange bleue raconte : « A la veille du vote flamand sur BHV en commission de la Chambre le 7 novembre, De Gucht est arrivé dans le groupe de négociateurs flamands pour dire : ’“Il faut voter demain ! On a dû se retenir pendant huit ans avec Verhofstadt, ça suffit ! Je viens de dire mes quatre vérités à Reynders !’’ Au moment même

où Leterme faisait l’inventaire des solutions possibles. C’était fichu… »

Mais il est comme ça, Karel De Gucht : il s’obstine. Au diable les conséquences.

Obstiné ? C’est l’avis de l’ex-ministre de la Défense André Flahaut (PS) : « Il est incapable d’accepter qu’il a tort sur certains dossiers. Mais j’apprécie l’homme et sa liberté de pensée et de parole. »

D’autres sont plus durs, comme cette éminence libérale francophone : « Il est buté, incapable de se remettre en question. Il a une opinion de lui-même comme j’en ai rarement vu en politique. Et un mépris pour les autres… Il faut être dans le rapport de force avec lui pour se faire respecter. »

Une haute opinion de lui-même ? Le constat est partagé. Arrogant aussi, voire méprisant. Comme le dit avec saveur notre ponte CD&V : « Ce qu’il fait avec les Congolais, il le fait ici aussi ! » Mais intelligent, selon la plupart. Même s’il en est pour le trouver « surestimé »…

Pourtant, une idée assez répandue veut que les analyses du ministre des Affaires étrangères sont justes, mais pas le ton employé. Un chef de la diplomatie pas du tout diplomate, en somme. Et l’on n’en finit pas de rappeler ses gaffes sur le Congo ou ses déclarations fracassantes. Mais comme le dit ce CD&V : « Faire des déclarations, donner des leçons à tout le monde, c’est une politique déclamatoire, pas une politique qui vise les résultats. »

D’ailleurs, certains franchissent le pas. De Gucht ? Un populiste ! Notamment sur le Congo.

Pour notre CD&V, c’est clair : « On est en plein populisme. Dire qu’un Noir est corrompu et paresseux est populaire auprès des gens. En privé, De Gucht s’en vante d’ailleurs : ’“Moi, je sais ce qui est populaire’’. » Un ministre acquiesce : « Il fait l’analyse de l’opinion flamande, ce qui l’amène à adopter des positions populistes, qui marchent pour le moment. » Quitte à communautariser un débat qui ne l’est pas ? C’est l’opinion d’André Flahaut. Et de notre ministre : « Il instrumentalise le Congo pour soigner sa cote de popularité en Flandre et en fait un problème communautaire pour contrer le CD&V, car celui-ci est obligé de suivre pour ne pas être “le mauvais Flamand”. Il joue sur l’idée “Congolais = Wallons = assistés = laxistes”. » Calculateur, donc ? Le qualificatif revient aussi. Comme celui de froid, voire glacial – « een ijs konijn » dit-on en Flandre. Une image qu’il entretient. Car il se livre peu. Même « s’il peut être plus chaleureux qu’à la première impression », souligne ce francophone. Même ses colères sont froides. Et pas rares. On cite de belles engueulades avec Laurette

Onkelinx et de rudes éclats sous l’Orange bleue.

En fait, l’homme est ambivalent. Avec un côté Dr Jekyll et Mr Hyde. « Il a une grande rationalité, mais, sur certains sujets, il peut devenir totalement irrationnel », selon ce ministre.

« Il est très subtil, mais sur certains sujets, il est d’une férocité et d’une rigidité. Il n’a alors plus aucune maîtrise », ajoute un MR.

« Il peut avoir des discussions ouvertes, prendre de la hauteur… et puis flinguer ! Et quand il cogne, il faut cogner, sinon on est mort ! », complète un CDH.

C’est le personnage. Un libéral rapporte cette anecdote : « Lors d’une réunion entre négociateurs MR et VLD sur BHV, on évoquait les critiques de l’Europe par rapport à la non-ratification par la Belgique de la Convention-cadre sur la protection des minorités. De Gucht a dit “L’Europe ?”, puis il a fait un bras d’honneur… »

Un personnage dont il joue : « Il entretient cette idée : on l’aime ou non, mais il ne laisse pas indifférent. » Pourquoi, dès lors, cacher ses antipathies ou ses convictions ? Ça plaît quand il s’agit du Vlaams Belang. Moins quand ce franc-maçon affiche son anticléricalisme. Ou son aversion pour la N-VA.

Mais sa franchise et son côté franc-tireur lui jouent des tours : son parti lui a préféré Patrick Dewael comme vice-Premier, alors qu’on le dit supérieur. Car « au bureau, il n’a pas assez de soutien pour être le vrai chef depuis le départ de Verhofstadt. On préfère Dewael, plus mou, mais qui ne passera pas son temps à sabrer l’autorité du président. »

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