Les rotifères, voleurs d’ADN !

BINET,AUDREY

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Vendredi 30 mai 2008

Evolution Capturer des gènes étrangers pour diversifier son patrimoine

Animaux microscopiques d’eau douce, les rotifères bdelloides n’ont a priori rien pour attirer l’attention du commun des mortels. Et pourtant, ces petits invertébrés asexués pourraient être bien plus délurés qu’ils n’y paraissent. Des scientifiques de l’Université d’Harvard ont découvert que le génome de ces créatures communes est bondé de fragments d’ADN de plantes, de champignons, de bactéries et d’autres animaux.

Ces résultats, publiés dans Science cette semaine, révèlent la capacité des rotifères bdelloides à échanger du matériel génétique par un autre moyen que la reproduction sexuelle.

Malgré des décennies de recherche, ces petites bêtes n’ont jamais révélé les secrets de leur reproduction. Aucune trace de reproduction sexuelle n’a encore été mise au jour : les populations sont composées exclusivement de femelles, pas d’hermaphrodites et pas d’autres preuves de fécondation. Dans une étude publiée dans Science en octobre, des chercheurs de l’Université de Cambridge (GB) avaient déjà mis le doigt sur une astuce du rotifère bdelloide pour diversifier son patrimoine génétique. Les scientifiques suggéraient que celui-ci pouvait produire deux gènes différents à partir de deux allèles d’un même gène. Ce processus permettrait à l’animal de créer de nouvelles protéines aux fonctions distinctes.

Aujourd’hui une autre combine de diversification du matériel génétique de ces invertébrés a été décelée : la capture d’ADN étranger.

Les rotifères bdelloides sont capables de résister pendant des années à un état de déshydratation totale. Durant cette période, leur génome ainsi que les membranes de leurs cellules se fracturent, laissant s’échapper les petits morceaux d’ADN. Lorsque son environnement se réhumidifie, le minuscule animal est ramené à la vie. Comme par un coup de baguette magique, les fragments de son génome et les membranes cellulaires se recomposent.

Echange et reconstruction

C’est lors de ce processus de reconstruction que l’invertébré procéderait à l’échange de matériel génétique. Il incorporerait des bribes du patrimoine génétique d’autres rotifères bdelloides ou même d’autres espèces qui partagent sa flaque d’eau.

Outre la capture d’ADN de ses voisins, le rotifère bdelloide serait également à la hauteur de garder les gènes « alien » fonctionnels au sein de son organisme.

Avec cette découverte, les scientifiques pourraient bien être sur la piste de la clé du mystère qui entoure depuis si longtemps la reproduction des bdelloides. Enfin, la capture d’ADN étranger par ces êtres microscopiques permettrait de faire la lumière sur leur grande capacité à s’adapter à de nouveaux environnements.

Pas de résultats.