Au Congo, le périlleux chemin du rapatriement

BRAECKMAN,COLETTE

Vendredi 6 juin 2008

Congo

Des rebelles hutus ont attaqué un camp de déplacés au Nord-Kivu. Les Nations Unies dénoncent « un crime contre l’humanité » de la part des rebelles hutus.

En novembre 2007, un accord était signé à Nairobi entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, prévoyant le désarmement, le rapatriement au Rwanda ou la réinstallation à l’intérieur du pays des rebelles hutus, parmi lesquels 6.000 combattants ayant participé au génocide de 1994 ou partageant la même idéologie de la haine.

Sept mois plus tard, la mise en œuvre de cet accord s’avère plus difficile et surtout plus dangereuse que prévu. En effet, les combattants des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) non seulement continuent à exiger un « dialogue politique » avec Kigali, mais surtout refusent toute idée de rapatriement, volontaire ou forcé.

A plusieurs reprises, ils ont déjà menacé d’utiliser des civils congolais comme des « boucliers humains » afin de dissuader toute opération militaire. Cette semaine un pas supplémentaire a été franchi : à la suite d’affrontements avec l’armée congolaise, des rebelles hutus ont attaqué le camp de déplacés de Kinyandoni, près de Rushuru, à 70 km au nord de Goma, faisant au moins 12 morts et 22 blessés dont plusieurs dans un état grave.

La porte-parole de la Mission des Nations unies au Congo a dénoncé cette attaque de déplacés sans défense comme un « crime contre l’humanité », un « acte de terrorisme ». En effet, les assaillants ont ouvert le feu directement sur ce camp qui compte 5.000 déplacés, des gens qui avaient fui les combats incessants dans la région. Rappelons qu’au cours des 18 derniers mois, 850.000 civils du Nord-Kivu ont été obligés de fuir les combats et que 535.000 d’entre eux, vivant dans des camps gérés par le haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés, dépendent totalement de l’assistance humanitaire.

Cette attaque est interprétée comme une vengeance, après que les Forces armées congolaises eurent tenté de déloger les rebelles hutus de leurs positions et cela au moment où une « réunion au sommet » se déroulait à Gisenyi au Rwanda, visant à accélérer les opérations de rapatriement. Depuis janvier, la Monuc a déjà rapatrié au Rwanda 320 candidats au retour.

Afin de prévenir toute nouvelle agression, des Casques bleus ont établi une base près du camp de déplacés.

Cette attaque démontre la tension qui règne dans la région après la conférence qui s’était tenue à Kisangani les 26 et 27 mai dernier. Cette rencontre, à laquelle participaient plusieurs personnalités congolaises et des membres du corps diplomatique venus de Kinshasa, aurait dû jeter les bases d’un rapatriement volontaire des rebelles hutus.

Plusieurs centaines de Hutus censés être candidats au retour furent présentés à l’assemblée, mais ils se montrèrent très discrets. Et pour cause : il apparaît aujourd’hui qu’aucun membre des FDLR, le groupe le plus important et le plus représentatif, ne se trouvait parmi eux. Par la suite, les FDLR ont d’ailleurs publié un communiqué mettant en cause « l’hypocrisie et la mauvaise foi » de la Monuc et dénonçant certaines manipulations.

Il apparaît en effet que les groupes présentés à Kisangani n’étaient nullement représentatifs du « noyau dur » des rebelles hutus. De plus, une quinzaine de ces hommes présentés comme des « combattants » vivant au Sud-Kivu et prêts à regagner le Rwanda… n’étaient même pas des Rwandais et ne parlaient pas la langue de leur pays !

Les enquêteurs qui ont interrogé ces hommes croient qu’ils ont été livrés par des groupes Mai Mai (combattants congolais qui luttaient naguère contre l’occupation rwandaise et sont aujourd’hui des francs-tireurs) sinon par certains organisateurs de la conférence, et cela afin de « forcer » le succès de la rencontre et de conforter les bailleurs qui l’avaient financée…

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