Bienvenue au pays des perdants

VOLPE,ANGELO; HIRZEL,FRED

Vendredi 6 juin 2008

Euro 2008 Visite en Autriche, l’un des deux organisateurs de l’épreuve

Cotée à 75 contre 1, la sélection autrichienne ne fait guère illusion auprès de ses « supporters ».

VIENNE

DE NOTRE CORRESPONDANT

Si, si, il existe un véritable engouement autour de l’Eurofoot. On sent la tension monter de jour en jour. » « Vous êtes sûr ? D’après ce que je vois, il ne se passe pas grand-chose… » « Vous vous trompez, le peuple autrichien attend beaucoup de cet événement. Bon, moi, je pense que la Turquie va créer la sensation. »

Aïe ! Quoique établi à Vienne depuis des lustres, Mehmet, chauffeur de taxi, est d’origine ottomane. Donc, par définition, peu objectif question ballon rond. Lui, c’est un passionné. Essayons ce pub dans une ruelle adjacente de la Schwedenplatz. D’abord affable, le tenancier s’enflamme : « Moi, en tout cas, j’ai pris congé dimanche pour regarder Autriche-Croatie à la télé. Je vous assure que je ne serai pas le seul ! » Manque de pot, Zlatko est croate, justement.

Début de panique. Y a-t-il un Autrichien dans la ville ? Direction Augarten, un magnifique parc où les Viennois aiment à se relaxer durant la pause de midi. Miracle, un jeune homme revêt un tricot aux couleurs du drapeau national. Et déception immédiate : Tobias, étudiant en marketing, désire juste montrer qu’il soutient son pays via cette manifestation géante. Le foot, il s’en fiche.

Survient Heike, immergée en Faculté de sociologie. « J’ai entendu votre conversation. Vous savez, l’Autriche sportive est désabusée, dans la mesure où elle n’arrive pas à briller lors d’une compétition d’envergure planétaire. Il y a bien le ski, mais cela ne suffit plus. Les gens voudraient que l’Autriche réussisse quelque chose en football ou en hockey sur glace. Ça n’est jamais le cas. Alors, forcément, ils ont tendance à hausser les épaules. »

Heike a raison : rien à signaler depuis le Wunderteam des années 30. Hormis une poignée de stars – Krankl, Polster, Herzog – qui, d’ailleurs, n’ont pas trouvé de successeurs.

Au-delà de cette réalité grisâtre, on trouve des chiffres réfrigérants. Par exemple, l’équipe d’Autriche n’a pas participé à une seule phase finale de l’Euro depuis sa création en 1960. 2008 marque une grande « première », et encore, en tant que qualifiée d’office. Ou : 2 victoires sur 15 matchs de préparation (Côte-d’Ivoire 3-2, Malte 5-1). Ou : 101, le rang des footeux autrichiens au classement Fifa.

Cerise sur la Sachertorte, les sagaces bookmakers anglais donnent l’Autriche 16e et bonne dernière à 75 contre 1, précédée par la Roumanie à 35 contre 1 ! Inutile de préciser que l’Allemagne mène la danse avec 4,5 contre 1 devant l’Italie (5,5), l’Espagne (7), la France (8) et le Portugal (10), la Suisse étant très honorablement cotée à 20 contre 1.

Bien entendu, les 53.000 sièges du stade Ernst-Happel seront occupés dimanche et des millions d’Autrichiens rivés à leur écran TV. Sans trop y croire. D’autant que les médias mettent l’accent non pas sur la nécessité de soutenir l’équipe, mais au contraire sur tout ce qui peut la déstabiliser.

Hier, le populaire tabloïd Österreich faisait sa manchette à propos des critiques – il est vrai bizarres – adressées par le coach Hickersberger à son propre groupe. « Ce team manque de discipline, dit-il. J’ai l’impression que plusieurs joueurs ont perdu leur envie de se battre. C’est inadmissible, je ne puis le tolérer ! »

Renseignements pris par le quotidien, il semblerait que sieur Hickersberger agite sa langue un peu trop vite : il ne visait qu’un joueur, l’attaquant Roland Linz, coupable d’avoir préféré la sieste à l’entraînement de 17 heures… Ce que l’intéressé a démenti.

Le sérieux Kurier, quant à lui, met le doigt sur une autre curiosité du sélectionneur, lequel n’a toujours pas choisi son portier titulaire, entre Macho (AEK) et Manninger (Sienne). Côté confiance, ça doit ébranler le groupe. Le chroniqueur du Kurier parle « d’autogoal », affirmant que cette situation incongrue « préoccupe l’équipe, en premier lieu les deux candidats ». Il en profite pour tacler Hickersberger, qui « refuse d’assumer ses responsabilités et lance la patate chaude à l’entraîneur des gardiens. Le chef prétend même qu’il décidera à l’ultime instant, soit 90 minutes avant le match. Son attitude s’apparente à de la bêtise ».

Bref, s’il y a de l’ambiance chez les coorganisateurs de l’Euro, ce n’est pas celle que souhaiteraient les fans. Face à cette « mission impossible » dans ce groupe B qui oppose l’Autriche aux Croates, Polonais et Allemands, il reste l’humour. Comme celui de Stefanie Schöffmann, graphiste à Graz. Sur sa boutique en ligne, elle vend des tee-shirts portant le slogan « Bienvenue chez les perdants. » Elle explique au magazine Spiegel : « Le slogan “Bienvenue chez les Allemands” avait bien marché au cours du Mondial 2006, alors nous proposons une variante adaptée aux Autrichiens. » Ses compatriotes apprécieront.

Rosetti en ouverture, une chance pour De Bleeckere ?

REGENSDORF

De notre envoyé spécial

Quatre ans après Pierluigi Collina, c’est un autre Italien, Roberto Rosetti, qui arbitrera le match d’ouverture Suisse-République tchèque à Bâle. « Historiquement, la première rencontre revêt souvent une importance capitale car elle donne une orientation très précise à la suite du tournoi. Je suis donc honoré et orgueilleux d’avoir été désigné », a expliqué Rosetti qui a sifflé 4 rencontres lors du dernier Mondial. Tout comme De Bleeckere qui a, lui, été placé aux commandes d’Allemagne-Croatie qui se jouera, jeudi, à Klagenfurt.

« Je vais pouvoir suivre sereinement les premiers duels de cet Euro. J’aurai pratiquement une semaine pour me faire une idée des forces en présence », a pour sa part souligné l’arbitre belge qui n’a aucune raison de s’inquiéter du choix opéré par les instances européennes.

« Frank possède une grande expérience de ce type de manifestation. On suit sa progression depuis des années et je peux vous garantir que son professionnalisme, sa condition physique et sa manière d’interpréter le règlement font de lui une des pointures de l’arbitrage en Europe. Il aligne une certaine régularité comme en attestent tous les rapports que nous détenons sur son travail en Ligue des champions. De plus, la Belgique étant absente en Suisse et en Autriche, le problème de la neutralité ne se pose pas pour lui. Tous ces éléments font de De Bleeckere un très sérieux candidat potentiel pour une place dans le dernier carré. La finale ? Cela, c’est à lui à nous prouver que nous pouvons la lui confier », a précisé Yvan Cornu, responsable de l’arbitrage à l’UEFA.

Petite curiosité, tous les matchs seront retransmis en direct sur des écrans géants disposés dans les stades. Avec comme seule restriction les ralentis puisque seules les images « jugées positives » seront à nouveau diffusées. Toute action litigieuse ou pouvant prêter le flanc à la critique seront zappées par un comité de vigilance composé de deux arbitres locaux.

La France se prépare, en priant pour Vieira

Châtel-St-Denis

de notre correspondante

Dans les rangs français, la bonne nouvelle du jour, c’est la présence sur le terrain de Patrick Vieira. Le capitaine des Bleus, forfait pour le premier match contre la Roumanie, pourrait rejouer dès la deuxième rencontre. C’est du moins ce que laisse augurer sa prestation lors ce premier entraînement en terre fribourgeoise. Ceci même si le milieu défensif tricolore n’est qu’à 50 % et ne marque aucune accélération. Quoi qu’il en soit, la réponse définitive quant à l’avenir du joueur de l’Inter Milan dans cet Euro 2008 sera donnée dimanche par Raymond Domenech. Le sélectionneur des Bleus veut se laisser le temps de la réflexion jusqu’au dernier moment. D’ici là, toute interprétation ne sera que supputation.

Pour le reste, cette sortie publique n’aura pas livré de véritables informations. « Si on nous montre l’entraînement, c’est qu’il n’y a rien à en tirer », ironise Vincent Duluc, leader de la rubrique football à l’Equipe. Pas d’informations donc. Tout au plus quelques interrogations. Concernant la sortie prématurée de Frank Ribéry et Thierry Henry après quelques tours de pistes seulement. Il semble que le joueur du Bayern ait voulu préserver sa cheville touchée lors du dernier match de préparation, mardi soir contre la Colombie. « On ne va rien nous dire les concernant. Et si on écrit que c’est bizarre pour Ribéry et Henry, on va nous dire qu’on écrit n’importe quoi », raille encore le journaliste de l’Equipe.

Ce dernier, comme la majorité des spécialistes des Bleus misent sur une composition semblable à celle que l’on a pu voir face aux Colombiens. Avec quelques apparitions possibles de Bafétimbi Gomis. Le jeune attaquant de Saint-Etienne est perçu comme une révélation depuis qu’il a marqué deux buts contre l’Equateur pour sa première sélection.

Sur le plan tactique, il semble peu probable que Raymond Domenech réitère le losange dessiné mardi soir, d’entrée de jeu avant de passer tardivement au 4-2-3-1. Le losange, formule dérogeant à ses habitudes, n’avait été testée qu’en octobre 2007 contre les Iles Feroé. Due à l’absence de Vieira ? Peut-être pour mettre les joueurs en difficulté et les tester en phase finale. Les observateurs avertis misent dont plutôt sur un 4-4-2 lundi face à la Roumanie.

Sur le plan offensif, les derniers matchs de préparation ont surtout dévoilé la complicité technique entre Karim Benzema et Franck Ribéry, le duo de droite. Pourtant, leur vie de couple en bleu est récente. Complicité à priori moins évidente, à gauche, entre Florent Malouda et Thierry Henry. Thierry Henry que l’on a dit démotivé, mais qui, malgré des problèmes personnels qui lui ont mis du bleu à l’âme, a battu le record de buts en Equipe de France et a été sacré meilleur buteur de Barcelone cette saison.

Au niveau de la défense, si quelques interrogations persistent quant à William Gallas et Willy Sagnol, sur le plan physique, et Eric Abidal, sur le plan du jeu, Lilian Thuram a rassuré. Tout comme le milieu défensif Claude Makelele.

Alors favoris les Bleus ? Il leur manque peu de chose, mais un petit quelque chose…

L’Euro sur écran géant

L’Euro sur écran géant

Quinze rencontres de l’Euro seront diffusées sur écran géant en Belgique grâce à un sponsor de l’événement. Quelques dates ? Bruxelles (8 juin), Mons (10), Namur (12), Liège (13), Tournai (14), Charleroi (17), Bruxelles (29).

L’Ecosse est prête

L’Ecosse pourrait accueillir l’Euro 2012 en cas d’échec de l’Ukraine et de la Pologne. Le président de l’UEFA Michel Platini se déplacera en juillet en Ukraine et en Pologne pour se rendre compte de l’état d’avancement des travaux.

Pas de résultats.