Une pochette-surprise
DE DECKER,JACQUES
Vendredi 6 juin 2008
Le « Testament belge » tente de cerner le délitement de notre pays. Son personnage tient beaucoup de Luc Dellisse. A ceci près que ce dernier n’est pas un écrivain raté.
Le Luc Dellisse dont on suit les aventures « colle » avec l’écrivain à qui l’on doit le récit de ses exploits, sauf que le fictionnel a tout de l’écrivain raté, et qu’il n’en va pas de même du réel qui, lui, mériterait que sa notoriété soit plus à la mesure de son talent.
Essayiste par ailleurs, et des plus sagaces, Dellisse glisse dans son roman quelques idées qu’il camoufle sous couvert de sa fantaisie, mais qui ne sont pas négligeables, comme l’hypothèse du bien que ferait au sud du pays son détachement de la Flandre selon l’un de ses personnages : « Quand la Wallonie se retrouvera toute seule, elle cessera d’être une région assistée, car il n’y aura plus l’économie flamande pour la soutenir à bout de bras. Et pour prendre toutes les décisions politiques à sa place. Elle sera forcée de se débrouiller elle-même. Elle guérira de sa torpeur. Elle deviendra la nouvelle république du XXIe siècle. » Cette stratégie est préconisée par un certain Montalban (c’est fou ce que le grand romancier catalan se survit dans les œuvres des autres : après Camilleri, voici Dellisse qui le dote d’un destin posthume), commis de l’Etat si zélé qu’il fait des heures supplémentaires dans une chambre d’hôtel louée juste en face de son ministère. Un fou politique, en fait, dont le pauvre Dellisse devient malgré lui l’exécuteur des hautes œuvres…
Un roman à tiroirs dont on se dit que certains demeurent scellés, mais dont d’autres sont de vraies boîtes à surprises.

