Quand le CD&V menace la sécu
n.c.
Dimanche 8 juin 2008
Le CD&V menace de rompre la solidarité avec les francophones si ceux-ci s’opposent à une réforme de l’Etat. Menace brandie par la présidente du parti du Premier ministre, Marianne Thyssen. Les francophones la dénoncent et parlent de « nouveau chantage ».
Marianne Thyssen, présidente du CD&V a évoqué cette menace à La Panne, à l’occasion de la journée annuelle des familles organisée par le parti chrétien-démocrate flamand au parc d’attraction de Plopsaland.
Marianne Thyssen a fait écho dimanche aux efforts réalisés au fédéral et en Communauté flamande en soutien aux familles : création de 10.000 nouvelles places d’accueil pour la petite enfance, augmentation des allocations familiales et attribution à terme d’un 13ème mois pour les familles, etc.
La présidente du CD&V a cependant averti que pour réaliser les nouveaux défis et améliorer le sort des familles, des pensionnés, revaloriser les soins de santé et favoriser le marché de l’emploi, une réforme de l’Etat est indispensable. « C’est précisément la raison pour laquelle la discussion sur la réforme de l’Etat ne s’apparente pas, en ce qui nous concerne, à une vaine querelle intestine entre politiciens, mais doit constituer l’amorce d’un véritable débat sur notre avenir. Sans réforme profonde, nous ne serons pas prêts pour l’avenir, nos gouvernements ne pourront pas prendre les mesures nécessaires au bien-être de vos familles, de vos enfants et petits-enfants », a-t-elle indiqué.
Pour le CD&V, aller à l’encontre de ces réformes revient à jouer avec l’avenir du pays et la prospérité de la Flandre, de Bruxelles et de la Wallonie.
« Nous sommes encore disposés à défendre la solidarité interrégionale et interpersonnelle mais si on ne s’engage pas à discuter sérieusement du contenu de nos propositions, si l’on rend impossible la réforme dont a besoin le pays, nous n’excluons aucune option. D’ailleurs, si les négociations échouent, l’occasion d’encore trouver des solutions à l’avenir ne fera qu’aller en diminuant. Chacun doit à présent prendre ses responsabilités. Nous le ferons quoi qu’il en soit », a lancé Marianne Thyssen évoquant le fait que son parti a déposé des propositions concrètes sur la table.
Quelque 3.500 familles liées au CD&V se sont réunies dimanche au parc de Plopsaland.
Les partis francophones ont redit dimanche leur disponibilité à discuter d’une réforme institutionnelle qui rencontrerait l’intérêt de l’ensemble des citoyens du pays. Ils ont dénoncé les « provocations » voire le « chantage » du CD&V, qui estime que refuser une discussion sur ses propositions revient à jouer avec l’avenir du pays.
Les présidents des quatre principaux partis francophones étaient réunis dimanche autour de la table de l’émission « Mise au Point » sur la RTBF, un an après les élections législatives du 10 juin 2007.
La nouvelle présidente du CD&V Marianne Thyssen estime qu’en refusant de discuter d’une réforme de l’Etat telle que la souhaite son parti, les francophones jouent avec l’avenir du pays.
La présidente du cdH, Joëlle Milquet, a parlé dimanche de « chantage », le coprésident d’Ecolo, Jean-Michel Javaux évoquant une nouvelle « provocation ».
Interrogé en marge du débat, le président du PS, Elio Di Rupo, s’est demandé pourquoi vouloir toujours « exclure, exclure, exclure ».
Sur RTL-TVI, le président du FDF, Olivier Maingain, a répété qu’il ne se sentait en rien enfermé dans des délais et que le 15 juillet ne constituait pas un tournant. Il a renvoyé au scrutin de juin 2009. « La clarification ne viendra qu’avec de nouvelles élections », a-t-il dit, ne rejetant pas l’option du confédéralisme mais « pas aux conditions de la Flandre ».
Le président du MR, Didier Reynders, a rappelé sur la RTBF la propension des libéraux du nord comme du sud à « tenter d’avancer ». Il a cependant fait part de son « inquiétude » à voir une Flandre « qui se referme sur elle-même ». M. Reynders a également estimé qu’une des causes du blocage institutionnel résidait dans l’écart qui se creuse entre les Régions, estimant qu’il fallait à cet égard « se donner les moyens de changer les choses ».
Cette dernière analyse a été rejetée par Mme Milquet et M. Di Rupo, le président du PS appelant les francophones à « aimer » la Wallonie faute de quoi ils offraient des arguments aux néerlandophones autonomistes. Il a rappelé que d’importants investisseurs ont décidé de rejoindre la Wallonie. Elio Di Rupo s’est dit partisan d’une « stabilisation du pays dans l’intérêt des gens ». Mme Milquet a parlé d’une « obligation morale de réussir » mais « pas à n’importe quel prix ». Et de préciser : « si on nous demande des choses inacceptables, nous dirons ’non’« .
Jean-Michel Javaux a une nouvelle fois soulevé « le manque de cohésion » au sein de la majorité et déploré les arguties institutionnelles sans fin alors que s’annoncent d’importants défis, énergétiques et climatiques notamment.
Didier Reynders a rappelé que la priorité pour les libéraux était l’amélioration du pouvoir d’achat. Son projet de nouvelle réforme fiscale n’a pas été rejeté, quant aux principes, par le cdH et le PS qui ont cependant regretté que le ministre des Finances a entamé la discussion dans la presse plutôt qu’au sein du gouvernement. PS et cdH ont redit leur souhait d’obtenir une revalorisation des revenus, bas et moyens. Il faut que ce soit phasé et en fonction des marges disponibles, a indiqué Mme Milquet. Il faut aussi garantir le financement des pouvoirs publics et de la Sécu, et à cet égard il va falloir « trouver de l’argent ailleurs », a dit M. Di Rupo.
Enfin, la personnalité du premier ministre Yves Leterme, et sa chute dans un sondage, a suscité quelques commentaires. Le président du MR, Didier Reynders s’est contenté d’évoquer le bon bilan… de Guy Verhofstadt. Elio Di Rupo a rétorqué qu’on a vu beaucoup MM. Leterme et Reynders lors des matches du Standard. « J’attends un premier ministre. Il a un peu évolué mais pas suffisamment », a commenté Jean-Michel Javaux.
Enfin, pour Joëlle Milquet, la chute du premier ministre dans un sondage « flamand » est… « peut-être bon signe ». Pour la présidente du cdH, cela peut signifier qu’Yves Leterme a « commencé à rentrer dans ses habits fédéraux ».
(d’après Belga)
