La mode, et après ?

HUON,JULIE; COUVREUR,DANIEL

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Jeudi 12 juin 2008

Mode Show des Beaux-Arts d’Anvers ce jeudi soir

À la fin du défilé, Simon-Pierre Toussaint 22 ans, francophone bruxellois, sera sur le marché.

Une école de stylisme, en Flandre. Une fameuse. Et un élève parmi d’autres. Qui achève sa dernière année et présente, comme eux, une collection d’une douzaine de silhouettes durant trois soirs (1).

Dans quelques heures, l’avenir aura rattrapé Simon-Pierre et le projettera dans la vraie vie. Pour l’instant, il vit encore à Woluwe-Saint-Lambert, auprès de 1 papa prof, 1 maman prof, 2 grandes sœurs profs et 1 petit frère « qui fait la crimino parce qu’il a bien aimé Copycat. Quand j’avais 15 ans, confie-t-il, j’ai vu un reportage sur les étudiants de La Cambre, à Bruxelles. Je me suis tout de suite inscrit à l’académie de Woluwe où j’ai suivi des cours d’éveil à l’histoire de l’art, de dessin, de tissage (avec des vieilles, c’était super-chouette). Et puis je me suis dit : “C’est soit La Cambre soit Anvers et si je ne réussis pas, je deviens instit.” »

Seule sa mère freine (un peu) en se demandant si la mode, ça ne doit pas rester juste un hobby. Il tient bon. Et choisit l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers « parce qu’on m’a dit qu’à La Cambre, j’arriverais pas à m’intégrer, que j’étais trop jeune, trop naïf ». Il passe l’examen d’entrée en juin : dessin de statue, travail sur les vêtements d’étudiants d’autres années, présentation du book (« Mes pseudo-vêtements, j’ai trop honte de les montrer aujourd’hui »)… Et se persuade qu’il a raté. « Pendant l’interview, ils rigolaient tous, alors que je ne disais absolument rien de drôle. » Il défend ses idées en français – papa a beau être prof d’anglais/néerlandais, Simon-Pierre, de ce côté, est aussi mal chaussé qu’un cordonnier – et attend le résultat : « Geslaagd, niet geslaagd ? » Et voilà : sur 500, on en garde 60. Il est dedans. En quatrième année, il en reste 16.

« Des études hyper chères »

« Ma mère m’a aidé à tricoter, à broder. Mon père, quand je stresse, me dit : “C’est bon, c’est que des loques !”. Les parents, c’est d’abord un soutien psychologique. En première année, je vivais à Anvers et, ça fait un peu mec fragile de dire ça, mais c’était pas simple. Les critiques, je les prenais mal. Et puis, ce sont des études hyper chères. On économise sur tout, on fait des sacrifices. J’ai bossé en boîte la nuit pour faire des sous… »

Ces trois prochains soirs, Simon-Pierre présentera au public la collection qui le lancera peut-être. « Mon thème, ce sont les scouts français des années 50, avec tous leurs codes, leurs couleurs, leurs constructions. Et puis, j’ai deux armures sculptées en bois. En fait, c’était trop de boulot, alors c’est de la fibre de verre peinte en bois. Ces armures, c’est pour se blinder. Je suis de la génération Disney. J’ai toujours cru qu’on trouvait du boulot tout de suite, un copain pour la vie, etc. Mais on n’est pas Cendrillon. Les garçons de ma collection ont du mal et prennent des baffes. Ils s’enroulent dans des cabans de grosse laine qui leur font des épaules de taureau alors qu’ils sont des crevettes. »

L’avenir, Simon-Pierre n’arrive pas à s’y projeter. Sa propre boîte ? Pas trop vite. Trop jeune. Encore apprendre. Un stage ? Si c’est chez Raf Simons, Rick Owens, Sandrina Fasoli ou Gaspard Yurkievich. Après ? « Juste garder en tête ce que me répète mon arrière-grande-tante Irma, 99 ans : “Qui veut peut” ».

(1) Les 12, 13 et 14 juin à 20 h au

Hangar 29, Rijnkaai 150, 2000 Anvers.

De 10 à 30 euros : 070-34.46.46.

www.ticketant-werpen.be

Un mécène pour les jeunes stylistes de La Cambre

Le défilé de La Cambre, c’est 120.000 euros par an. Les étudiants tirent chacun 500 euros de leur cochon. La chasse aux sponsors et les ventes de billets rapportent 60.000 euros. Reste 25 % du budget à trouver auprès de partenaires comme Dior ou les salons de coiffure Jean-Claude Biguine…

C’est dire si la directrice de La Cambre, Caroline Mierop, est ravie de voir un nouveau mécène s’intéresser à ses futures étoiles du stylisme et de la création de mode. Jean Boghossian, maître d’œuvre de la Fondation Boghossian et de la restauration de la Villa Empain, avenue Franklin Roosevelt, à Bruxelles, vient de signer une convention de trois ans avec La Cambre.

Jean Boghossian s’engage à apporter 15.000 euros pendant trois ans au soutien artistique et culturel des étudiants en stylisme, sous la forme d’un Prix Boghossian. Le Prix Boghossian ne récompensera pas une compétition entre étudiants mais une démarche collective de création.

« Dans les années 1930, La Cambre avait participé à la décoration de la Villa Empain, quand elle servait de Musée des Arts Décoratifs, rappelle Caroline Mierop. A travers ce nouveau partenariat, Jean Boghossian soutient un projet pédagogique qui nous permettra notamment de concevoir des dessins et des prototypes pour les uniformes de la Fondation Boghossian. »

La Fondation exposera dans la Villa Empain restaurée des trésors de l’art oriental.

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