le très stupéfiant corridor de waterloo

DELFOSSE,LUC

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Lundi 16 juin 2008

rédacteur en chef adjoint

De sinistre mémoire historique, l’idée d’un corridor qui « relierait » physiquement Bruxelles et la Wallonie est stupéfiante. Mais elle marque, à tout le moins, une double évolution dans la mentalité des francophones amenés à négocier la future – et ultime ? – réforme de l’Etat.

1. Cette vraie fausse revendication indique pour la première fois aux Flamands que l’on accepte une négociation sur des frontières d’Etats. Ou plutôt sur les frontières intérieures d’un prochain Etat confédéral.

2. Ce faisant, les francophones entrent gaillardement dans la maladive logique flamande du droit du sol. Echanger BHV contre ce couloir, c’est terre pour terre. Grond voor grond… sans lâcher les facilités s’entend.

Argument purement stratégique et provocateur, ce passage ne sera évidemment jamais percé. Ni dessus ni dessous. La Flandre n’acceptera de céder ni arpent, ni caillou. Pourquoi ? Parce que ce serait consacrer la continuité entre Bruxelles et la Wallonie. En d’autres mots, ce minuscule basculement sylvestre désenclaverait symboliquement une capitale que le Nord considère aussi comme sienne et qu’elle n’entend pas sortir de son état de région sous-financée, racrapotée. Dépendante pour tout dire.

Le corridor de Waterloo, de Rhode ou d’Houte-Si-Plou est évidemment la réponse sardonique du berger à cette cynique bergère. Mais, avant de partir de la sorte à l’offensive territoriale, les francophones feraient bien de serrer leurs propres rangs. Ils seraient par exemple bien inspirés de concrétiser illico les recommandations complémentaires de la note Picqué-Demotte, d’avril dernier, mais aussi celles de la commission Wallonie-Bruxelles que l’on a pu découvrir dans Le Soir de ce week-end.

La route est limpide : sauf à souhaiter l’éclatement pur et simple du Royaume, négocions un Etat confédéral mature, composé de trois régions émancipées.

Au Sud, place à deux Régions sur pied d’égalité : la Wallonie et Bruxelles. Ces deux-là cogèrent la solidarité interfrancophone au sein d’une Communauté culturelle, cette fabuleuse utopie qui se fiche comme de colin-tampon des frontières. Ou d’un improbable corridor, fût-il tapissé de hêtres et… de charmes.

Pas de résultats.