Berlusconi suspend son procès

n.c.

Mardi 17 juin 2008

Six semaines après son retour au pouvoir, Silvio Berlusconi est reparti en guerre contre les juges en imposant la suspension pendant un an de certains procès, dont le sien. Il s’agit d’une mesure sans précédent dénoncée par la gauche qui y voit une violation de l’Etat de droit à des fins personnelles.

« Berlusconi suspend les procès », « Justice : Berlusconi à l’attaque », titrait mardi la presse italienne à propos de l’amendement déposé lundi par la majorité que l’opposition a aussitôt rebaptisé « Sauvez le Premier » ministre.

Ce texte aura pour effet de donner la priorité aux procès touchant les affaires les plus récentes et considérées comme les plus graves par le pouvoir lorsque la peine encourue est supérieure à 10 ans.

Tous les autres procès concernant des faits commis jusqu’au 30 juin 2002 seront suspendus pendant un an.

Dans une lettre lue mardi au Sénat, le chef du gouvernement reconnaît que cette mesure s’appliquera à « l’un des nombreux procès fantaisistes que les magistrats d’extrême gauche ont intentés contre moi à des fins politiques », sa plus virulente attaque des juges depuis qu’il est redevenu chef de gouvernement. Silvio Berlusconi est actuellement jugé pour corruption aux côtés de son ex-avocat britannique David Mills à Milan.

Il annonce aussi le dépôt d’une demande de récusation de la magistrate Nicoletta Gandus qui préside son procès, accusée d’avoir pris « publiquement des positions violemment opposées au gouvernement que j’ai eu l’honneur de diriger de 2001 à 2006 ».

« Dans un Etat démocratique, on ne peut pas accepter une telle ingérence du pouvoir politique dans la sphère judiciaire », les assertions de M. Berlusconi aux termes desquelles le parquet de Milan (qui a mené l’enquête dans cette affaire) utilise la justice « à des fins médiatiques et politiques comme il le dit dans sa lettre sont inacceptables », a déclaré le magistrat Edmondo Brutti Liberati, l’un des responsables du principal syndicat de juges (ANM).

Alors que les éditorialistes et même l’opposition avaient salué le retour au pouvoir d’un Berlusconi « nouveau », soucieux de dialogue et plus modéré qu’à ses débuts en politique, une partie de la presse s’inquiétait mardi d’un chef de gouvernement « prompt à porter atteinte à l’Etat de droit pour se sauver personnellement », à l’instar de la Repubblica. « Cette controverse illustre une nouvelle fois les deux faces de Janus de Berlusconi. Une première personnalité soucieuse de satisfaire ses intérêts personnels et une seconde, celle de l’homme d’Etat qu’il s’efforce de devenir », souligne le politologue spécialiste de l’Italie Marc Lazar.

L’amendement risque en tout cas de faire une première victime, le dialogue avec le centre-gauche de Walter Veltroni. Se disant « surpris par l’arrogance avec laquelle des mesures ont été introduites en cachette » dans des textes examinés par le Parlement – la suspension des procès sera votée avec les nouvelles mesures sur la sécurité – M. Veltroni a averti M. Berlusconi que « la lune de miel avec le pays pourrait brusquement s’interrompre ».

Pour le professeur de sciences politiques Marco Tarchi cependant, Silvio Berlusconi, qui jouit du soutien de 55 % des Italiens, ne craint rien. « Il est tout puissant. La gauche n’arrive pas à proposer d’alternative et la véritable opposition c’est son allié populiste de la Ligue du nord, le seul parti capable de lui imposer des choix », estime-t-il.

(afp)

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