Legros : de sa perpétuité à son communisme

METDEPENNINGEN,MARC

Vendredi 20 juin 2008

Libéré le 27 août 2007 de la prison de Lantin, Jean-François Legros a été arrêté le 7 juin 2008 pour avoir entretenu 71 contacts téléphoniques avec Bernard Sassoye, l’ex-CCC incarcéré pour « participation à une organisation terroriste », le Parti communiste politico-militaire italien (PCPM), résurgence présumée des Brigades rouges.

Jean-François Legros bénéficiait d’une mesure alternative à la détention carcérale, soit le placement d’un bracelet électronique. Il lui était interdit de contacter d’ex-détenus et condamnés dès sa sortie de prison (ce qui lui était autorisé lorsqu’il était en prison). Jean-François Legros s’était rendu coupable, au début des années 90, d’une série d’exactions commises dans le Brabant wallon. À l’époque, il avait été surnommé le « petit tueur du Brabant ». La cour d’assises de Bruxelles l’avait condamné à la réclusion criminelle à perpétuité alors que l’avocat général avait requis à son encontre la peine de mort.

Dans le courrier qu’il nous a fait parvenir depuis la prison de Verviers, où il poursuit une grève de la faim depuis son arrestation (après un passage par la prison de Namur), Jean-François Legros, exprime sa position, raconte son itinéraire et exprime comment, selon lui, l’adhésion aux idées communistes et révolutionnaires lui a ouvert une nouvelle vie, bien loin de son parcours criminel…

Voici le texte qu’il nous a fait parvenir :

« Ma mère et mon père étaient les enfants les moins aimés de leur famille respective. Il était donc logique qu’ils se rencontrent. Les familles ne voulaient pas qu’ils se marient. Mes parents trouvèrent comme solution de mettre ma mère enceinte. Et me voilà !

Mes parents travailleront beaucoup (le mot est très faible). Beaucoup d’efforts : économies, travail en noir, pas de vacances, etc. Mon père m’apprendra aussi à voler. Par exemple : aller siphonner les réservoirs, vols aux chemins de fer, etc. Mon père était violent et donc ma mère était une « femme battue ». Si j’ai pris sur mon nez, c’était vraiment beaucoup moins que ma mère. Je ne me considère pas, d’ailleurs, comme un enfant battu. Par contre, psychologiquement, c’était dur de vivre avec la peur que « monsieur » rentre de mauvaise humeur et en donne une. Je ne parle même pas du manque d’amour et de chaleur humaine. J’ai été élevé dans la croyance de Dieu. Avant 12-13 ans, j’avais déjà décidé que Dieu n’existait pas puisqu’il laissait souffrir un gosse comme moi. Ne te trouble pas, Camarade, j’ai réglé le compte de Dieu plus scientifiquement, plus tard. Passons.

Les études primaires réussies. En secondaires : 3 fois la 1ere, deux fois la deuxième, et trois fois la troisième. Mon orthographe le prouve… Pour sortir de là, j’imagine devenir « bandit ». J’étais adolescent. J’étais adolescent. Je pensais y retrouver l’amour, l’amitié, la réussite, la droiture, etc. Toutes ces choses qu’on imagine y trouver quand on idéalise cela… ou/et quand on regarde trop de film.

Je n’ai rien fait jusqu’à 18 ans !

À 18 ans, un jour que mon p ère a voulu me frapper, je me suis rebellé et battu. Quelque temps après, j’ai surpris mon père en train de battre ma mère. Je l’ai envoyé chez le médecin. J’ai quitté la maison. J’ai été vivre chez un oncle le temps de trouver un kot. Le juge de Pais a condamné mon père à me payer 14.000 FB (350 €) par mois de pension-alimentation. Mon loyer était de 5.000 FB. Il me restait 9.000 FB pour tout le reste. Je m’en sortais tout juste. (illisible, il parle d’un cambriolage).

Avec l’argent que j’avais gagné en noir, j’ai acheté une moto. Cette moto a été volée quelques mois plus tard. Je n’avais pas d’assurance-vol. Pour en racheter une, j’ai décidé de faire un coup. Pour faire un coup, il me fallait une arme. Arme volée au palais de Justice de Nivelles. Pour y aller, vol d’une voiture. Je ne savais pas voler les voitures. Donc car-jacking. C’était la première fois en Belgique. Je n’ai pas envie de m’étendre sur le sujet.

(NDLR : courte suite illisible : il cite brièvement, semble-t-il, les préventions qui lui ont valu condamnation).

(…)

À mon arrestation, je faisais, évidemment parfum de lumpen proletariat. Mais je n’en avais pas toutes les autres. Je n’étais, par exemple raciste.

Je suis resté sans télévision pendant les neuf premières années de ma détention. J’ai lu beaucoup, ce qu’on appelle les « classiques ».

En 1994, j’arrive à Lantin. J’y retrouve un futur camarade (NDLR : Bertrand Sassoye). C’est le tournant de ma vie. !

Commence la lecture des classiques du marxisme et de la culture prolétarienne. Cela va des livres comme « Les lettres de prison » de Georges Jackson, « En un combat douteux », etc., etc. Malraux, Sartre, Aragon, Nizan, etc. (…), Marx, Engel, Lénine, Staline ; etc.

Le grand avantage que j’ai eu c’était de pouvoir demander des explications supplémentaires si je bloquais sur un truc lors de mes lectures. J’ai appris des mots comme socialisme, communisme, marxisme, dialectique, matérialisme historique, etc.

Je suis donc devenu communiste. Pas par « romantisme » mais simplement parce que c’était la seule science à pouvoir m’expliquer le monde et ses contradictions.

En 1998, j’ai été transféré dans une autre prison. J’ai continué tout seul pendant dix ans avant de sortir il y a dix mois. Le but de ma vie c’est d’être un « bon communiste » et pour moi, un communiste doit militer. Mon travail dans le cadre du « Secours rouge » est donc absolument vital pour moi. J’avais déjà participé en 1991 (NDLR : invasion du Koweït) à un chaulage contre la guerre d’Irak avec quelques amis. Le hasard a voulu que ce soit la nuit du déclenchement de la guerre.

Jean-François Legros,

Prison de Verviers

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