Vive le pétrole cher !
n.c.
Lundi 23 juin 2008
Carte blanche
Car enfin, ce qui est en train de se passer était tellement prévisible. Depuis des décennies, nous savons que les réserves de pétrole ne sont pas inépuisables. Mais depuis des décennies, nous feignons de l’ignorer. Prétextant « qu’on va trouver des solutions de remplacement ».
Combien de Porsche Cayenne S, Hummers, BMW 4 × 4, Bentley et autres Ferrari a-t-on vendus l’an dernier dans le monde ? Combien de spectateurs ont été se bousculer autour d’un circuit de Formule 1 ? Combien de jet-skis, quads et autres absurdités du même genre ? Combien de visiteurs au dernier Salon de l’Auto ? Combien d’heures passées quotidiennement par des millions de gens dans des embouteillages monstrueux, du carrefour Léonard à Mexico, en passant par Le Caire, San Francisco et Pékin ?
La majorité de la population occidentale croit désormais qu’il est normal de payer 100 euros pour aller en avion passer un week-end à 3.000 km de distance. Ignorant ou faisant semblant d’ignorer que ce prix ridicule ne peut de toute évidence couvrir les coûts d’infrastructure, de personnel et de carburant d’un tel déplacement… sans parler de son coût environnemental !
La majorité de nos compatriotes trouve normal que les trois quarts de l’humanité se nourrissent d’un bol de riz quotidien tandis que le quatrième s’empiffre au point que l’obésité de ses enfants est devenue l’une de ses principales préoccupations.
Eh bien non, ce n’est pas normal. Le monde politique n’ose pas le reconnaître publiquement, pour des raisons électorales évidentes. Mais il faut le dire à ceux qui ne l’ont pas compris ou refusent de l’entendre : la fête est finie ! D’une part, dans 20 ou 30 ans, il n’y aura plus de pétrole. Et la loi de l’offre et de la demande fait qu’il est inévitable que son prix augmente et continue à augmenter. Or 20 ans, c’est demain. D’autre part, le monde « occidental » a vécu son apogée. Un siècle durant lequel, nourris par l’exploitation des ressources et des peuples du tiers-monde, nous avons connu un niveau de richesse matérielle qu’aucune autre société n’avait jamais connu précédemment. Jusqu’à l’absurdité que nous connaissons actuellement.
Mais après l’apogée vient le déclin. Pour la première fois dans notre histoire (à l’exception de quelques brèves périodes de guerre), le niveau de vie de nos enfants sera inférieur au nôtre. Car ils devront partager les ressources naturelles avec ces milliards d’ex-affamés qui sont désormais en train d’apprendre à utiliser des ordinateurs et acceptent de faire le même travail que nous pour le quart, le dixième ou le centième du prix.
Ce que nous vivons actuellement n’est qu’un avant-goût des crises qui nous attendent si nous ne sommes pas capables de comprendre enfin qu’il est urgent de prendre des mesures drastiques dans le seul sens acceptable : diminuer la consommation des ressources naturelles. Réduire le gaspillage, plutôt que de constamment adopter des mesures visant à le poursuivre. Comme par exemple ces baisses de taxes prônées – ce n’est pas un hasard – par un politicien tel que Sarkozy, en bon populiste qu’il est.
Le problème de notre civilisation, c’est que l’homme a progressé à pas de géant en maîtrise technique, mais qu’il a sans doute régressé en sagesse. Le pétrole cher aujourd’hui, c’est peut-être le seul espoir de forcer les hommes à prendre des mesures draconiennes tant qu’il en est encore temps. Dans vingt ans, quand les puits seront inéluctablement vides, il sera trop tard pour éviter le cataclysme.

