« Le vieillissement prématuré est en question »
SCHOUNE,CHRISTOPHE
Mardi 24 juin 2008
C’est un travail considérable qui a été réalisé d’une manière très rigoureuse et qui conduit à des résultats indiscutables par rapport à un critère indiscutable : l’augmentation de la mortalité des rats exposés à des faibles doses. On peut imputer la mortalité à une série de facteurs comme le niveau d’exposition, la durée… mais elle demeure là comme un fait incontournable.
C’est surtout l’ampleur des résultats qui m’impressionne. On a un doublement de la mortalité après 18 mois d’exposition, ce qui est l’équivalent d’une exposition pendant soixante ans chez les êtres humains.
Je suis très prudent lorsque l’on veut transposer des résultats d’expérience à l’être humain. Il faut tenir compte de la morphologie, de la taille, de la peau, du rythme circadien… Mais les travaux de Dirk Adang permettent de poursuivre la recherche grâce au matériel disponible en posant une question neuve de manière très claire : une exposition aux ondes pulsées à des faibles niveaux et à long terme est-elle susceptible d’entraîner un vieillissement précoce ? Voilà une nouvelle donne très intéressante tant sur le plan scientifique qu’éthique.
Je résiste à la tendance qui consiste à passer de la thèse de doctorat aux normes réglementaires…
Je pense à titre personnel que les normes actuelles ne sont pas assez rigoureuses. Pour résumer, il y a deux positions : celle de ceux qui disent qu’il ne faut pas introduire de normes plus rigoureuses tant qu’il n’est pas prouvé que c’est dangereux. Et puis il y a ceux qui pensent qu’il faut introduire des normes plus rigoureuses tant qu’il n’est pas prouvé que ce n’est pas dangereux !
En Europe, la plupart des pays ont des normes très laxistes, sauf en Suisse et au Luxembourg. Il y a sans aucun doute un lobby des opérateurs. Mais il y a aussi la crainte de faire autrement que les autres en attendant, d’ici à 2015, les résultats d’études épidémiologiques à large échelle et de nouvelles recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. En Belgique, le Conseil supérieur de la santé devrait objectiver les opinions de ceux qui souhaitent le statu quo et ceux, dont je suis, qui souhaitent des normes plus rigoureuses.
