« Le vieillissement prématuré est en question »

SCHOUNE,CHRISTOPHE

Mardi 24 juin 2008

ENTRETIEN

Promoteur de la thèse en sciences appliquées défendue par Dirk Adang, le professeur André Vander Vorst (UCL) est expert invité au Conseil supérieur de la santé. Il tire les leçons d’une recherche qui « fait date ».

Peut-on dire que ces résultats sont importants pour la compréhension de l’impact des ondes électromagnétiques sur la santé ?

C’est un travail considérable qui a été réalisé d’une manière très rigoureuse et qui conduit à des résultats indiscutables par rapport à un critère indiscutable : l’augmentation de la mortalité des rats exposés à des faibles doses. On peut imputer la mortalité à une série de facteurs comme le niveau d’exposition, la durée… mais elle demeure là comme un fait incontournable.

Cela vous surprend-il ?

C’est surtout l’ampleur des résultats qui m’impressionne. On a un doublement de la mortalité après 18 mois d’exposition, ce qui est l’équivalent d’une exposition pendant soixante ans chez les êtres humains.

Peut-on d’ores et déjà tirer des conclusions sur ce plan ?

Je suis très prudent lorsque l’on veut transposer des résultats d’expérience à l’être humain. Il faut tenir compte de la morphologie, de la taille, de la peau, du rythme circadien… Mais les travaux de Dirk Adang permettent de poursuivre la recherche grâce au matériel disponible en posant une question neuve de manière très claire : une exposition aux ondes pulsées à des faibles niveaux et à long terme est-elle susceptible d’entraîner un vieillissement précoce ? Voilà une nouvelle donne très intéressante tant sur le plan scientifique qu’éthique.

Pourquoi aucune étude de ce type n’avait été réalisée jusqu’ici ?

J’ai commencé à discuter avec Dirk Adang il y a dix ans ! Une telle étude, qui mesure un impact sept jours sur sept, pendant 18 mois, est très longue à mettre en œuvre et très coûteuse. Peu de monde a envie de s’embarquer dans une telle aventure scientifique, notamment parce que dans les universités, aujourd’hui, on ne laisse pas facilement à un jeune la possibilité de passer autant de temps à une recherche sans avoir obtenu de résultats auparavant. Ce temps aura été utile : les cinq années passées à déterminer la façon de procéder vont pouvoir être réutilisés.

Ces résultats ne confortent-ils pas les associations qui défendent un durcissement des normes d’exposition au réseau sans fil en Belgique ?

Je résiste à la tendance qui consiste à passer de la thèse de doctorat aux normes réglementaires…

Vous avez pourtant recommandé à deux reprises, au sein du Conseil supérieur de la santé, de renforcer les normes en passant de 20,6 volts par mètre à 3 volts en Belgique. En vain…

Je pense à titre personnel que les normes actuelles ne sont pas assez rigoureuses. Pour résumer, il y a deux positions : celle de ceux qui disent qu’il ne faut pas introduire de normes plus rigoureuses tant qu’il n’est pas prouvé que c’est dangereux. Et puis il y a ceux qui pensent qu’il faut introduire des normes plus rigoureuses tant qu’il n’est pas prouvé que ce n’est pas dangereux !

Qu’est-ce qui explique la frilosité des pouvoirs publics ? Le lobby de la téléphonie mobile ?

En Europe, la plupart des pays ont des normes très laxistes, sauf en Suisse et au Luxembourg. Il y a sans aucun doute un lobby des opérateurs. Mais il y a aussi la crainte de faire autrement que les autres en attendant, d’ici à 2015, les résultats d’études épidémiologiques à large échelle et de nouvelles recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. En Belgique, le Conseil supérieur de la santé devrait objectiver les opinions de ceux qui souhaitent le statu quo et ceux, dont je suis, qui souhaitent des normes plus rigoureuses.

Pas de résultats.