Bart De Wever s’attaque au « Soir »
FIORILLI,THIERRY; DELVAUX,BEATRICE
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Mardi 24 juin 2008
Politique Accusations d’« appels à la haine et à la violence »
Bart De Wever pointe la « Une » du 23 novembre 2007, Un poison nommé N-VA, consacrée à une réunion des présidents des quatre partis de l’Orange bleue (CD&V, CDH, Open-VLD et MR) prévue par Yves Leterme, alors formateur, et annulée à cause des revendications de la N-VA, alliée du CD&V. De Wever estime que le titre le « diabolise », lui et son parti.
Il vise ensuite le Carnet du samedi 22 mars dernier. Intitulé Un plan tout bête pour sauver Leterme 3/4, il y était proposé, au 3e degré (au moins), une solution pour garder un espoir que Leterme Ier tienne la route : se débarrasser de la NV-A. De Wever considère que c’est « un appel à la violence ».
L’édito du 28 mai est dénoncé lui aussi : Beste vrienden, et si vous arrêtiez ? De Wever l’accuse de dépeindre les Flamands comme « un bloc monolithique auquel sont attribuées des caractéristiques négatives voire criminelles. »
Enfin, dans le collimateur de la N-VA, le texte de Stefan Brijs, Journal 2012, publié le 10 juin dernier dans notre série Pas d’avenir ? 100 projets. L’écrivain flamand y propose une fiction située en 2012 où Bart De Wever dirige la Flandre à la veille de son indépendance. Avec son ministre de la Sécurité, Jean-Marie Dedecker, il fait régner un ordre antiwallon draconien. Le tableau est inspiré des journaux intimes d’un juif allemand, à Dresde, entre 1933 et 1936. « Je suis comparé à Adolf Hitler et mon parti aux Nazis », affirme De Wever.
Le coup de pub de Bart D. W.
Commentaire
Bart De Wever, président de la
NV-A, qui demande au Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, de ramener Le Soir dans le droit chemin : on ne sait s’il faut en rire ou en pleurer. Non seulement parce que l’histoire du Soir est liée à la dénonciation de toutes les discriminations, mais surtout parce que dans le conflit communautaire à l’œuvre, notre journal est le lieu où l’on se bat constamment depuis des mois pour maintenir le dialogue et les échanges entre Flamands et francophones.
Si prompt aujourd’hui à stigmatiser Le Soir, Bart De Wever était aux abonnés absents pour souligner les vertus du « Face à face Nord-Sud » avec le Standaard ou celles de « Toernee generale », avec les KVS-Théâtre National-De Morgen. Embêté par ces initiatives très éloignées et souvent très critiques de l’obsession communautaire et séparatiste de son parti ?
Car au fond, dites-nous, qui nourrit dans ce pays la caricature de l’autre et l’idée qu’il n’est d’option que dans la séparation ?
Ajoutons que la méthode utilisée par Bart De Wever dans son avis est malhonnête : des bouts de phrases, tirées de leur contexte. Avec dans le lot, un texte d’un jeune écrivain… flamand. Terrifiant oui, car il en dit long sur la manière dont, en Flandre, des jeunes craignent pour le futur de leur région. Le risque du repli sur soi, oui, Le Soir l’a dénoncé dans des éditoriaux très durs. Mais c’est avec la même force qu’il prend courageusement ses responsabilités en ouvrant tout grand l’enjeu de la réforme de l’Etat. M. De Wever, pouvez-vous en dire autant ?
Au moment où la liste Dedecker a le vent en poupe, où les négociations de Leterme Ier marginalisent une N-VA en perte de vitesse, De Wever s’est payé un coup de pub sur le dos du Soir. Pathétique.
Désespéré ?
