Le graphologue accuse Sassoye
METDEPENNINGEN,MARC
Jeudi 26 juin 2008
Terrorisme Les quatre libérés aujourd’hui ?
La chambre des mises en accusation décide aujourd’hui de la libération ou du maintien en détention des quatre militants du « Secours rouge ». Les notices au dos des photos en Italie seraient de la main de Sassoye. Le Secours rouge a été privé de boîte de messagerie.
Au cours de l’audience tenue à huis clos, les avocats des inculpés ont fait valoir le manque d’indices de culpabilité pesant sur leurs clients. Le parquet fédéral a demandé le maintien en détention préventive des quatre « pour donner une chance à l’enquête ».
En voici l’état des lieux ; du moins pour ce qui est connu.
Photos d’identité. Les photos d’identité des quatre suspects ont été retrouvées dans une cache de l’organisation terroriste italienne PCPM (Parti communiste politico-militaire) le 12 février 2007. Elles se trouvaient, sous un champ de salades, dans une enveloppe provenant de Suisse et dissimulées dans un petit conteneur qui recelait également des cartes d’identité vierges italiennes. Les quatre disent ignorer comment ces documents très personnels sont arrivés aux mains du PCPM. Ce qui étonne les enquêteurs. Le parquet fédéral pense qu’elles devaient servir à la confection de faux papiers. Bertrand Sassoye avait déjà été observé par les services français en 2006 lors d’un déplacement à Paris. Il était en compagnie d’Andrea Stauffacher, la Suissesse dirigeante du « Secours rouge international » et spécialiste en informatique. Ils y avaient rencontré dans un café des Italiens impliqués dans une filière de fabrication de faux papiers destinés notamment aux terroristes des Grapo (espagnols) traqués par le juge antiterroriste André Thiel.
Graphologie. Au dos de ces photos se trouvaient des post-it résumant les données anthropométriques des quatre (taille, poids, etc.). Une expertise graphologique a déterminé que ces annotations auraient été rédigées de la main de Bertrand Sassoye, qui refuse toute déclaration, et donc toute explication, aux enquêteurs, ce qui accroît les soupçons sur les quatre, même si ce silence ne peut leur être opposé.
Ecoutes (1). Des micros dissimulés dans les lieux de réunion (notamment un restaurant chinois) des membres du PCPM ont intercepté les termes « bravi Fiaminghi ». Une deuxième écoute a permis d’entendre que des Belges seraient utiles à « Aurora », la revue clandestine du PCPM. Ses membres étaient surveillés : une surveillance les décrit en train de s’entraîner au tir avec une mitraillette Uzi.
Ecoutes (2). Depuis plusieurs mois, les conversations des quatre suspects belges étaient tracées. Avec quel résultat ? On l’ignore. En tout cas, semble-t-il, rien de confondant. Wahoub Fayoumi, la journaliste de la RTBF, a ainsi été interrogée sur un appel téléphonique passé à un ressortissant italien de Saint-Gilles, le 12 février 2007, date de l’arrestation des membres du PCPM. Mise en alerte ? Cet Italien ne serait autre que le patron d’une honorable pizzeria contacté par Fayoumi en vue de la réservation d’une table pour le 14 février, date de la Saint-Valentin…
Cryptage. Les cours de cryptage, dispensés publiquement (la réunion était annoncée par affiches) à l’espace Karl Marx à Bruxelles par la Suissesse Andrea Stauffacher, ont bénéficié à Sassoye qui a envoyé six messages cryptés et en a reçu deux. Ils concerneraient des rassemblements à caractère politique. Les clés de cryptage sont toujours à l’analyse, Sassoye refusant de les livrer.
Secours rouge. Le parquet fédéral indique que l’enquête en cours ne concerne pas le « Secours rouge » (SR), organisation d’extrême gauche d’aide aux prisonniers « politiques ». Des membres du SR ont cependant été auditionnés sur les relations avec les quatre inculpés et le fonctionnement de leur association.
Courriels bloqués. Hier, la boîte à messages ouverte chez Hotmail du SR ouverte pour recueillir les messages de soutien aux détenus a été bloquée par Microsoft Online. Un message indiquant « un usage abusif » du service Hotmail a été adressé. La porte-parole de Microsoft Online, Sylvie Irzi, indique que des « accords de coopération » existent avec la FCCU (Federal computer crime unit) de la police fédérale. Le parquet fédéral dément avoir demandé à Hotmail de bloquer la boîte à messages du Secours rouge.
Juges inquiets. La visite de parlementaires socialistes et écolos, jeudi, à la prison de Berkendael, où est incarcérée Wahoub Fayoumi, « interpelle » les juges d’instruction et leur association professionnelle, qui voient, dans cette démarche au stade préliminaire d’une enquête, une immixtion du législatif dans le judiciaire et une atteinte à la séparation des pouvoirs. A titre personnel, Jean-François Marot, le président de l’Union professionnelle des magistrats (UPM) ne voit dans cette démarche aucun problème.
Loi antiterroriste. L’affaire dite « des ex-CCC », couplée à la nouvelle cassation intervenue dans le dossier du DHKP-C, suscite des vagues et pose des questions quant à l’interprétation de cette loi. De nombreuses associations en dénoncent le flou. Les parlementaires PS présents à Berkendael assurent avoir eu « des contacts » avec le cabinet du président Di Rupo. Une révision de la loi sera-t-elle portée devant le gouvernement ? C’est peu probable. Cette loi est d’inspiration européenne. Interrogé mercredi matin à la RTBF, le procureur général de Liège a notamment dit que cette loi « faisait ses maladies de jeunesse », préconisant une évaluation de son fonctionnement.
