Rien ne va plus pour Fortis
THOMAS,PIERRE-HENRI; GERARD,PAUL
Jeudi 26 juin 2008
Bancassurance L’action a perdu plus de 18 % en une seule séance
Au décompte final, Fortis accusait un recul de 18,89 %, du jamais vu, dans un volume exceptionnellement élevé de plus de… 20 millions de titres échangés (quand la moyenne est inférieure à 5 millions d’actions négociées). Cours final : 10,14 euros. En huit heures, la valeur a perdu 5 milliards d’euros (à moins de 23 milliards) en même temps que son titre de première capitalisation bancaire de la bourse de Bruxelles, détrônée par KBC et ses 26 milliards.
Le contexte boursier, globalement exécrable ce jeudi, n’a pas aidé le titre vedette de Bruxelles. Ce sont en fait toutes les places qui ont dégusté, lâchant toutes entre 2,5 et 3 % des deux côtés de l’Atlantique d’ailleurs, toujours agitées par le secteur financier et l’(énième) envolée du pétrole qui ont soufflé sur les braises. Fortis a peut-être été massacrée, mais elle n’est pas la seule valeur à avoir souffert. A Bruxelles, Dexia était emportée par le même courant vendeur et plongeait de 10,14 %. A ce point plombé par ses mentors, l’indice BEL 20 dévissait au final de 4,64 %. La sixième plus forte dégelée qu’il ait jamais connue.
Que va faire Fortis ? Une foule de choses. D’abord, le groupe a lancé jeudi une augmentation de capital de 1,5 milliard, plaçant ses nouvelles actions auprès d’investisseurs institutionnels.
Ensuite, le bancassureur a décidé de ne pas payer cette année de dividende intermédiaire (au moyen duquel Fortis tentait de fidéliser ses actionnaires), ce qui lui permet de garder 1,3 milliard en caisse, et a annoncé dans la foulée que le dividende qu’il versera au terme de l’année, pourrait être payé en actions (et non en cash), ce qui à nouveau permettrait à Fortis de ne rien décaisser et imposerait à ses actionnaires une nouvelle dilution de la valeur de leurs titres. Ce faisant, la direction du groupe belgo-néerlandais se dédit sur toute la ligne puisque, jusqu’à il y a peu, elle avait juré ses grands dieux qu’elle ne toucherait pas à sa politique de dividende et qu’elle n’aurait plus recours à des augmentations de capital après celle, pour plus de 13 milliards, obtenue l’été dernier pour financer le gros du rachat (pour 24 milliards) d’un tiers du néerlandais ABN Amro.
Enfin, l’entreprise a aussi aligné une kyrielle de mesures complétant ce qu’elle appelle « son plan de stabilité » : émission d’autres instruments financiers, annoncés comme « non dilutifs » cette fois, pour 2 milliards, cessions d’actifs jugés désormais « non stratégiques » pour 2 autres milliards, titrisation d’actifs et autres opérations de cession-bail sur le portefeuille immobilier pour 1,5 milliard. Si tout va bien (… !), ce sont au total 8 milliards qui, par la porte ou par la fenêtre, doivent venir gonfler les fonds propres de Fortis.
Lors de la crise boursière du début des années 2000, le titre Fortis a un moment valu moins de 8 euros. Cela n’a pas empêché ensuite le groupe d’afficher une santé florissante… Mais les difficultés actuelles auront des répercussions. D’une part sur un bon nombre d’épargnants du pays, pour qui Fortis était la valeur de fonds de portefeuille par excellence, et qui tablaient aussi sur le paiement d’un dividende en liquide chaque année. Ensuite sur le comportement de Fortis en tant qu’acteur économique : la principale banque du pays sera très prudente dans sa politique de crédit. Cela ne va pas favoriser le redémarrage de l’économie.
Sera-ce aussi le cas chez Fortis ? Retour à la nouvelle campagne publicitaire du groupe financier, faite de questions : « La vie est une courbe. Avec des hauts et des bas. A quoi ressemblera l’avenir ? Personne ne le sait. »
