Quand la haine s’empare du web

DORZEE,HUGUES

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Vendredi 27 juin 2008

Discrimination Trois mille plaintes en 2007 au Centre pour l’égalité des chances

Le racisme sévit via les courriels en chaîne, les SMS et les forums en ligne. Plus de 330 plaintes déposées. Un phénomène inquiétant.

Un message raciste intitulé « Noël blanc » où l’on peut lire : « Félicitations ! En renvoyant ce SMS vous avez renvoyé un Marocain au Maroc ». Des courriels en chaîne et fallacieux où l’on démontre le caractère « barbare » de l’islam. Un appel au lynchage des homos sur le forum d’un site d’information généraliste.

La « cyberhaine » sévit outrageusement en Belgique. Et, comme le démontre le rapport d’activité 2007 du Centre pour l’égalité des chances (CECLR) présenté ce jeudi, le phénomène devient m$ême « très préoccupant ». Avec une explosion du nombre de cas enregistrés : 140 en 2006, contre 330 l’an dernier (soit une hausse de 136 %).

Islamophobie, négation du génocide, haine de l’étranger… Ces messages circulent vite et parfois massivement. Avec une double difficulté : identifier les auteurs, souvent anonymes ou « dilués » dans la chaîne, et prouver le caractère explicite de « l’incitation à la haine » sur base de la nouvelle loi anti-discrimination (10 mai 2007). Les moyens d’actions ? « Sensibiliser les usagers, notamment les jeunes, au caractère haineux voire illégal de ces discours, résume Edouard Delruelle, directeur francophone du CECLR. Travailler sur la formation et l’information des modérateurs de forum. Et puis réserver les actions judiciaires aux auteurs organisés ».

Pour lutter contre cette « cyber haine », l’institution multipliera les collaborations avec Child Focus, la police fédérale et les points de contact à l’étranger (France, Hollande, Grande-Bretagne…). « C’est un travail de longue haleine, insiste Delruelle. Parce qu’il ne suffit pas de dénoncer le caractère choquant, inquiétant ou blessant d’un message raciste. Sur le plan pénal, c’est la motivation de l’auteur qui compte ; son intention de distiller la haine. Et cet auteur est souvent inconnu ».

A l’instar de ce fameux mail diffusé pendant 2 ans dans lequel il fut question d’un imam baptisé « Bouziane », polygame et père de 16 enfants, rémunéré 9.000 euros par mois… Tout est faux, mais le mal est fait : le cliché du musulman déviant et profiteur a secoué le web

2 % d’actions en justice

Mais la hausse des discriminations ne concerne pas que le racisme sur internet. En 2007, le Centre pour l’égalité des chances a traité 2.917 dossiers, soit 77 % en plus qu’en 2006 (lire notre infographie ci-contre). Ceux-ci concernent l’ensemble des critères protégés (âge, sexe, handicap, orientation sexuelle…). Les victimes se sont manifestées par mail (57 %), par téléphone (21 %) ou directement au Centre (9 %).

Le suivi des dossiers ? Une information (70 % des cas), une conciliation/médiation (15 %), une réorientation (15 %) et une action en justice (2 %).

L’augmentation subite des plaintes ? « La société est de plus en diverse, mais aussi de plus discriminante, constate Edouard Delruelle. Il y a une hausse évidente des inégalités et des injustices. Par ailleurs, le public est mieux informé et les acteurs (syndicats, employeurs, associations…) vont de l’avant ».

Autre explication : l’entrée en vigueur, en 2007, de la loi anti-discrimination, l’une des plus performantes en Europe.

www.diversite.be

Vers une coopération avec la Région et la Communauté

Faire du Centre pour l’égalité des chances un organisme « interfédéral » ? Le projet avait germé sous le gouvernement Verhofstadt II. Il est désormais enterré. En cause : un désaccord politique, la mise en place tardive de Leterme Ier, mais aussi les velléités des nationalistes flamands, la N-VA en tête, qui réclament ouvertement la suppression de l’institution.

Exit, donc, ce centre « interfédéral » qui aurait pu ester en justice pour des discriminations liées à des matières régionales et communautaires. Mais, selon nos informations, le dossier bouge. Du moins du côté francophone…

Le Centre pour l’égalité des chances devrait signer un protocole de collaboration bilatéral avec la Région wallonne et avec la Communauté française. L’objectif ? Servir d’organe de conciliation, d’information, d’avis et de soutien aux victimes.

Le 30 mai dernier, le gouvernement conjoint (PS-CDH) a voté, en première lecture, trois avant-projets de décret relatif à la lutte contre les discriminations transposant les directives européennes. Ceux-ci reprennent l’ensemble des critères de discrimination prévu dans la loi fédérale (nationalité, sexe, âge, fortune, handicap…) et portent sur l’ensemble des matières gérées par les entités fédérées : l’emploi, le logement, le transport, l’enseignement, la vie locale, les règlements de police, les sports, la jeunesse…

Autant de domaines où les discriminations sont nombreuses. Et où le Centre pour l’égalité des chances, ainsi que l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, pourra agir en tant qu’organismes « indépendants », comme l’imposent les directives européennes.

Une aide précieuse aux citoyens francophones victimes de discriminations, faute d’un véritable centre « interfédéral » aux pouvoirs élargis.

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