La caféine assoupit la SEP
BINET,AUDREY
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Mercredi 2 juillet 2008
Neurologie Sclérose en plaques
De hautes doses de café protégeraient les souris de la maladie neurologique la plus fréquente des jeunes adultes.
Substance pharmacologiquement active la plus consommée au monde, la caféine est présente dans bon nombre d’aliments comme le café, le thé, certains sodas ou le chocolat. Les études concernant ses effets sur la santé se multiplient, révélant à tour de rôle ses vertus et ses vices. La dernière en date suggère que la caféine à haute dose protégerait de la sclérose en plaques. Publiée en ligne dans les
Annales de l’académie américaine des sciences, cette recherche a été effectuée sur des souris.
Les chercheurs de l’Oklahoma Medical Research Foundation, en collaboration avec l’Université de Cornell (New York) et l’Université de Turku en Finlande, ont découvert que six à huit tasses quotidiennes de café « blindaient » ces rongeurs contre l’encéphalomyélite auto-immune expérimentale (EIE). Celle-ci étant la maladie modèle animale pour la sclérose en plaques.
Quelle astuce utilise la caféine pour réussir cet exploit ? Elle empêcherait l’adénosine de déclencher une cascade de réactions menant à une EIE. L’adénosine est une des quatre molécules qui composent l’ADN. Très commune dans le corps humain, elle joue notamment un rôle crucial dans la biochimie du sommeil, l’éveil et le transfert énergétique.
En ce qui concerne la présente étude, la caféine bloquerait la liaison entre l’adénosine et un de ses récepteurs. Résultats : certains lymphocytes T, des globules blancs qui jouent un rôle clé dans la réponse immunitaire, ne peuvent atteindre le système nerveux central et déclencher les réactions conduisant à l’équivalent de la sclérose en plaques chez les souris.
« Surprenant et exaltant »
«
C’est une découverte exaltante et totalement surprenante », juge Linda Thompson, une des auteurs de ces travaux. Mais si ces résultats sont prometteurs, une souris n’est pas un homme ! D’importantes recherches devront encore être effectuées pour savoir si la caféine a le même effet sur l’organisme humain. A commencer par une étude rétrospective : retracer les habitudes de consommation de caféine et ses effets sur les symptômes de personnes atteintes de sclérose en plaques. «
Si une telle étude révélait une corrélation entre la consommation de caféine et une diminution des symptômes de cette pathologie, cela encouragerait davantage de recherches sur les humains », conclut la cancérologue.
La sclérose en plaques est une maladie auto-immune s’attaquant au système nerveux central. Elle provoque la disparition de la substance lipidique (myéline) entourant les fibres nerveuses du cerveau et de la moelle épinière. Celles-ci ne sont par conséquent plus capables de conduire l’influx nerveux qui commande l’une ou l’autre fonction sensitive ou motrice. La sclérose en plaque est la maladie neurologique la plus fréquente chez les jeunes adultes. Se déclarant le plus souvent entre 20 et 40 ans, elle touche deux fois plus de femmes que d’hommes. En Belgique, on estime que 10.000 à 12.000 personnes sont atteintes de cette pathologie.
AUDREY BINET