« Les bourgmestres ne seront jamais nommés »
VANOVERBEKE,DIRK
Mercredi 2 juillet 2008
Flandre
Les trois bourgmestres non nommés n’autorisent pas la manifestation politico-festive « De Gordel » autour de Bruxelles. La Flandre s’étrangle. Pour Eric Van Rompuy, « cette fois, le dossier est clos : ils ne seront plus jamais nommés. »
Dame, « De Gordel » – traduisez « La ceinture », autour de Bruxelles – est bien plus qu’un événement cycliste, sportif, familial ou festif. Lancé en 1981 à Rhode-Saint-Genèse par un groupe de flamingants sous le slogan « Nous aimons tous ceux qui respectent le caractère flamand de notre commune », « De Gordel » est surtout l’occasion pour les mandataires politiques de rappeler leurs exigences sur cette partie du territoire flamand : application de l’unilinguisme, scission de Bruxelles-Hal-Vivorde ou suppression des facilités accordées aux francophones.
Les trois bourgmestres faisant fonction disent attendre les résultats des négociations, fixées au 15 juillet, avant de prendre attitude. La réponse du berger à la bergère du Nord qui, de Vilvorde à Grammont en passant par Overijse, n’en finit plus de multiplier tracasseries et pressions en tout genre contre les francophones de la périphérie et au-delà…
Au Parlement flamand, mercredi, la question a échauffé tous les bancs. Mis sur le gril par le Vlaams Belang, Marino Keulen (VLD), ministre flamand de l’Intérieur a qualifié le geste des trois maïeurs ff de « très maladroit ». « Ils viennent de laisser filer une chance unique de se montrer constructifs à l’égard de la Flandre. »
Cinglante, la réplique de Mark Demesmaeker (N-VA) illustre les contours du gouffre communautaire : « van Hoobrouck affirme que les trois bourgmestres sont en état de guerre avec la Flandre, ne respectent pas notre tutelle. Aujourd’hui, ils veulent boycotter une manifestation familiale ! Où va-t-on ? »
Le nationaliste flamand n’est pas seul à chauffer la colle. Eric Van Rompuy (CD&V) n’est pas en reste. Mercredi soir, dans l’émission « Terzake », il était interrogé à la VRT avec Arnold d’Oreye. « Le bourgmestre de Crainhem y déclare que “le Gordel” n’est pas bienvenu dans les six communes à facilités, qu’il fera tout pour l’empêcher à moins que d’ici au 15 juillet, elles soient rattachées à Bruxelles. Pour ces gens-là, le ministre est un “ennemi” et les Flamands sont des “racistes”. Ils refusent que nous nous promenions ou roulions à vélo sur notre propre territoire. Cette fois, le dossier est clos : ils ne seront plus jamais nommés. »
Quant à Arnold d’Oreye, il justifie son « niet » : « Je ne peux accepter le mélange des genres. “Le Gordel” n’est pas une manifestation sportive. On y entend les slogans en faveur du splitsing de BHV et de l’homogénéité du territoire flamand. Je ne suis pas le valet de Sainte Mère Flandre. » Et confie : « Qu’on ne parle pas de surenchère. Le chantage est le fait des Flamands. Et je m’exprime comme bourgmestre. Relisez l’article 52 de leur décret de 2005 : le bourgmestre reste en place jusqu’à l’arrivée du nouveau. Dès lors… » Au Parlement flamand, toute velléité fédérale de permettre un jour la nomination de ces trois bourgmestres est évacuée désormais avec fracas…
