Deux trains en collision frontale
VANESSE,MARC
Jeudi 3 juillet 2008
Accident Erreur humaine ou technique ? L’enquête devra le révéler
À 8 heures, une pluie tiède renforce l’atmosphère dramatique du lieu d’impact. Dans ce site industriel poisseux planté en bord de Meuse, des dizaines de secouristes s’animent sous une tente jaune, dressée à la hâte. Premier espace de diagnostic pour la soixantaine de voyageurs en état de choc, les équipes médicales dirigées par le Dr Wotquenne se penchent sur les blessés alités sur des civières : « Nous stabilisons les personnes blessées avant de les diriger vers les hôpitaux les plus proches. Nous avons aussi reçu l’assistance d’une cellule d’aide psychologique pour entourer les voyageurs en état de choc. »
Un premier bilan fait état d’une quarantaine de blessés légers (sur un total de 64 voyageurs) aussitôt répartis dans les hôpitaux de Liège, Seraing, Huy et Waremme. « Il s’agit de personnes souffrant principalement de contusions, de coupures, de douleurs. On ne déplore que deux blessés plus sérieux », estime Pol Etienne, échevin de Saint-Georges. Conduits au CHRH de Huy, ils ne sont pas en danger : « Parmi les douze patients soignés, quatre sont déjà repartis, explique Pascal Trincot, cardiologue urgentiste. Parmi les huit personnes hospitalisées, nous en avons placé deux en surveillance rapprochée par précaution. Logiquement, chacun sera rentré chez soi dans un ou deux jours. »
Sur les voies de chemin de fer qui s’avancent entre le fleuve et l’entreprise Dumont-Wauthier (groupe Lhoist), le spectacle étrange des locomotives soudées l’une à l’autre trahit la violence de l’impact. Cabines pliées, vitres éclatées, les deux monstres sont immobilisés pour quelques heures encore, le temps de laisser les inspecteurs analyser les lieux et interroger les conducteurs. « Nous avons saisi les boîtes noires. Un expert ferroviaire est également sur place ainsi que la police des chemins de fer, nous précise un magistrat. Pour l’instant, il n’y a rien de clair ni de flagrant. Mais une évidence, le train de voyageurs est sur la mauvaise voie. Problème d’aiguillage ? Il nous faudra quelques jours pour analyser les faits. »
Du côté de la SNCB (transport) et d’Infrabel (réseau), les mines sont plombées. Se réfugiant derrière des phrases convenues, des propos assimilés lors de stages de communication de crise, les porte-parole répètent en boucle qu’« il faut attendre les résultats de l’enquête ». Ministre de la Fonction publique, Inge Vervotte ajoute que tout sera mis en œuvre pour aider les victimes.
Dans le réfectoire de l’entreprise Dumont-Wauthier, une vingtaine de voyageurs ont trouvé refuge, réconfortés par la cellule d’appui psychologique. Écrasée sur une chaise, Anne-Marie Latinne raconte : « J’ai pris le 6 h 39 à Huy comme tous les jours pour aller à Liège. J’étais à la moitié du train. D’un coup, il a freiné et puis il y a eu un fameux choc ! Une personne est tombée et s’est blessée. Je suis un peu choquée. » Emballés dans leurs couvertures isothermiques, Julien, Houria, Mélanie, Lionel, Kim et Mélody se serrent l’un contre l’autre comme pour se rassurer : « Après l’accident, notre ami Stéphane a eu un malaise. Il est tombé dans les pommes. Il a été conduit à l’hôpital en ambulance. On attend de ses nouvelles. On vient d’Andenne. On partait pour le festival de Werchter. Ça commence bien ! »
Une secouriste de la Croix-Rouge ajoute : « Cela aurait pu être plus grave. Tout le monde a eu de la chance. »
