« Eviter la crise, c’est un devoir ! »
COPPI,DAVID
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Samedi 5 juillet 2008
Politique Le ministre-président wallon intervient dans l’imbroglio fédéral…
On risque de basculer dans les incidents, quelque chose de violent. Deux hommes ont
« un rôle clé à tenir » : Leterme et Reynders.
Entretien
Tensions communautaires ? Rudy Demotte (PS) prend le contre-pied ! Dans le Morgen vendredi, le ministre-président wallon annonce qu’il va accorder un soutien financier aux communes offrant des facilités aux personnes qui parlent une autre langue que le français. Le flamand, par exemple. Un projet-pilote sera lancé le 15 septembre. 750.000 euros seront débloqués avec un plafond de 25.000 euros par commune, pour leur permettre d’ouvrir un « helpdesk » pour des personnes parlant une autre langue, d’imprimer des brochures touristiques, de développer un site, de fournir des documents administratifs… Rudy Demotte ne s’arrête pas en chemin.
Ces « facilités » en Wallonie…
Je veux faire passer une philosophie de l’inclusion, de l’ouverture. Le label de la Région wallonne, c’est sa capacité à s’ouvrir. L’ouverture est une condition sine qua non de la réussite économique, et notre choix sociétal.
J’insiste par ailleurs sur notre méthode de travail : objectiver les choses, rechercher des réponses concrètes… Une méthode qui permet d’avancer, loin des prises de position abstraites. Le 14 juillet, nous aurons une réunion avec les ministres-présidents flamand et bruxellois pour voir quels sont les problèmes entre les Régions et y répondre : mobilité, lignes d’autobus, stages en entreprises, collaboration entre Forem et VDAB, etc. Nous n’allons quand même pas attendre qu’il y ait des solutions au fédéral pour avancer.
Cela signifie-t-il que vous, les Régions, pouvez faire l’impasse sur le fédéral ?
Sur certaines matières, on peut avancer sans lui, d’autres non, notamment celles qui font l’objet aujourd’hui de discussions institutionnelles.
Justement, que dire en ces journées cruciales ? Le 15 juillet approche. Les scénarios les plus fous circulent. Quel message aux négociateurs ?
Apaisement ! Si tout le monde croit au drame, on facilite le drame. Il y a des voies d’issue. Parfois, c’est dans les derniers jours, les dernières heures, qu’on les emprunte, ou que jaillit l’initiative de génie. Quant au 15 juillet : Jean-Luc Dehaene refusait de s’enfermer dans des limites, des calendriers… Cette date butoir du 15 juillet, posée comme une balise, il ne faut pas la sanctifier. On peut aller au-delà. Et des hommes doivent tenir un rôle-clé dans le dénouement des problèmes.
Des « hommes » ? Qui ?
Le Premier ministre lui-même, qui vit une situation compliquée entre les ailes parfois antagonistes du cartel CD&V/N-VA. Et Didier Reynders, comme ministre des Affaires institutionnelles, qui doit lui aussi jouer un rôle de proposition, même s’il est rendu difficile par certaines contradictions au sein du MR-FDF, évidentes ces dernières semaines. C’est une clé : résoudre les tensions CD&V/N-VA et les flottements MR-FDF pour réduire les tendances centrifuges qui nuisent à la négociation.
Vous imaginez une « crise politique majeure » maintenant ? Votre homologue flamand, Kris Peeters, en a parlé…
J’en suis l’adversaire déclaré. Que se passera-t-il si on cale sur le communautaire ? Si on va aux élections ?… La crise, et après ? Qu’est-ce qui se passe le jour d’après ? Dites-moi… Fragmentation et radicalisation du paysage politique flamand ! Même phénomène du côté francophone. Les uns et les autres auront l’amertume d’un an de discussions sans résultats. Et je crains aussi que des incidents se produisent, dans l’une ou l’autre commune, que sais-je, et que ça dégénère. C’est le risque qui nous pend au nez, celui d’une étincelle qui ferait exploser le baril de poudre, et qui nous ferait basculer dans quelque chose de dur, de violent !
D’où, aujourd’hui, l’exigence de responsabilité, de mesure, aussi dans les discours.
En plus, avec une crise, on remet au frigo les problèmes socioéconomiques ! Le souci numéro un des gens aujourd’hui !
La classe politique doit prendre ses responsabilités : on ne peut pas aller à la crise ! C’est la raison même. Le devoir. Même si je ne l’exclus pas évidemment, car il y a l’irrationnel.
Et si la séparation était écrite désormais ?
Non. Je ne suis pas dans le scénario de l’après-Belgique, mais d’un nouveau modèle pour la Belgique, d’un second souffle.
Nouveau « modèle » ? Pourquoi pas celui-ci : élargissement de Bruxelles aux communes de la périphérie, scission de BHV, autonomie accrue des Régions.
On sortirait alors de la logique bloc contre bloc. Evidemment, cela suppose une négociation plus longue, pas de dix jours. Si c’est pour faire quelques solutions à la rustine, et que demain les fuites apparaissent plus importantes…
L’idée de regrouper les élections en 2009 ?
Ce n’est pas souhaitable. On aurait l’impression d’entrer dans une logique de big-bang, de résolution d’un seul coup de tous les problèmes, et le risque est alors de se retrouver devant un paysage politico-institutionnel en délitement.