Bruxelles cogérée par ses voisines ?

DUBUISSON,MARTINE; LAMQUIN,VERONIQUE

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Mardi 8 juillet 2008

Politique En guise de corridor, une route, à la double propriété wallo-flamande

Une note de Leterme suscite la colère francophone. Le texte fait de Bruxelles une Région pas comme les autres.

Pas de réunion, ce lundi, sur le front communautaire, faute de temps. Yves Leterme a en effet enchaîné un bureau de parti, une audience au Palais, une rencontre avec les syndicats et un kern. Rien de grave, aux yeux du Premier, qui se dit optimiste, fort des « propositions concrètes » qu’il a mises sur la table. Pourtant, sur BHV et Bruxelles, sa « note personnelle », déposée la semaine dernière, n’a pas récolté un franc succès.

Ce qu’elle prévoyait ? Pour BHV, la création de deux arrondissements électoraux. L’un regroupant le Brabant flamand et la Région bruxelloise ; l’autre, le Brabant wallon, Bruxelles et les six communes à facilités. En vertu de ce schéma, les habitants des six communes à facilités et les Bruxellois choisiraient leur collège électoral (francophone ou néerlandophone). Une idée accueillie de manière diverse dans les rangs francophones. C’est que la formule préserve les droits électoraux des francophones dans six communes seulement… Elle renforce par ailleurs l’idée que Bruxelles n’est qu’un appendice des deux Communautés, ses habitants étant électeurs soit en Communauté française, soit en Région flamande. Certains négociateurs bruxellois y ont vu la preuve que le Nord nie leur Région.

L’idée rend-elle moins impératives, pour le Sud, les exigences d’élargissement de Bruxelles ? Le front francophone aurait marqué quelques hésitations… Yves Leterme a du reste évoqué l’idée en la réduisant à portion congrue : on ne parle plus d’un corridor de 2,5 km mais… d’une route (la chaussée de Waterloo ?), qui serait cogérée par les Régions wallonne et flamande. Pas sûr que ce pur produit d’absurdie institutionnelle suffise à arracher l’accord sur BHV.

D’autant que, dans la foulée, le Premier s’est fendu d’une note tout aussi personnelle sur Bruxelles. Et là, après lecture du deuxième paragraphe, Philippe Moureaux, négociateur PS, a crié au scandale, les documents à peine distribués ont été repris par leur auteur, et l’on en est resté là.

Que prévoyait cette note ? Un refinancement de la capitale par le fonds Beliris – actuellement cogéré par le fédéral et la Région bruxelloise et affecté au financement de grandes infrastuctures ou d’investissements en matière de mobilité. Seul hic : pour Yves Leterme, ce fonds devrait être cogéré par la Wallonie et la Flandre. Nouvelle attaque frontale contre Bruxelles, « et nouvelle preuve que, pour les Flamands en général, le Premier ministre en particulier, ce n’est pas une Région à part entière », s’énerve un négociateur. Autre paragraphe ayant suscité l’ire francophone : Yves Leterme propose (comme le réclament les partis flamands) de transférer des compétences des communes bruxelloises (niveau de pouvoir où la représentation flamande n’est pas garantie) à la Région (où la minorité flamande bénéficie de la parité au gouvernement et de mécanismes de blocage au parlement).

La suite de la note ? On ne la connaît pas, Philippe Moureaux n’ayant pas voulu prolonger une lecture qu’il jugeait inutile tant l’introduction était à elle seule « onbespreekbaar ».

Leterme croit en un accord… de principe

On l’a vu la semaine dernière : selon les jours, Yves Leterme souffle le chaud ou le froid. Lundi : nouveau vent d’optimisme. A l’issue du bureau de son parti, le CD&V, le Premier ministre répète qu’il « tentera » d’avoir un accord pour le 15 juillet ; que des avancées ont eu lieu et qu’« avec ce qu’il y a maintenant sur la table, il doit être possible d’arriver à un accord ». Un optimisme que certains négociateurs francophones ne comprenaient guère hier, ne voyant pas où se situeraient ces avancées…

Dans d’autres réunions CD&V d’ailleurs, le ton était nettement moins optimiste lundi, nous rapporte un parlementaire. « Largement pessimiste quant aux chances d’aboutir le 15 juillet, nous dit-il. Selon ce CD&V, par ses propos Leterme aurait surtout voulu atténuer son message négatif de jeudi dernier devant les siens ».

Quoi qu’il en soit, Leterme se donne du mou : « Est-ce que ce sera pour le 15 juillet, ou autour du 15 juillet ? Je l’ai dit depuis le début : il n’y aura pas d’accord sur des textes de loi ou sur des dossiers techniquement aboutis ». Mais bien une déclaration au Parlement sur le socio-économique, la réforme de l’Etat et BHV. Et : « Nous avons encore plus d’une semaine devant nous et puis, au vu de la situation socio-économique, l’avenir du pays et sa gestion ne peuvent pas dépendre entièrement de ce 15 juillet. »

Sur le timing, l’alliée en cartel, la N-VA, est d’accord : son président Bart De Wever ne fait pas du 15 une fixation. Lundi, il confiait à Belga : « Ce n’est pas une option de partir en vacances sans accord communautaire et de poursuivre les discussions en septembre. » Sur le fond par contre, il ne rejoint pas entièrement Leterme : « dans la déclaration gouvernementale, doit absolument se trouver un accord communautaire ». Pas question de « vagues accords, renvoyant à des échéances futures » ; il faut un « point final ». Les Jeunes CD&V ne disent pas autre chose.

Bien présomptueux, à huit jours de l’échéance…

P.15 carte blanche

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