Trop cher l’iPhone, mais à qui la faute ?

JENNOTTE,ALAIN

Mardi 8 juillet 2008

L’iPhone d’Apple arrive officiellement en Belgique vendredi. A des prix exorbitants : 525 (8Go) et 615 euros (16Go).

Ce téléphone va coûter très cher chez nous. Mais ce n’est pas la faute d’Apple ou de Mobistar, c’est la faute du législateur belge. » Pour le ministre des Télécoms, Vincent Van Quickenborne (Open-VLD), le lancement de l’iPhone illustre une fois de plus les conséquences de l’interdiction, en Belgique, de lier la vente d’un téléphone mobile à un abonnement. « Le consommateur est victime d’une législation qui ne permet pas assez de concurrence. Voyez l’iPhone aux Pays-Bas : il coûtera tout juste un euro car il sera lié à une formule d’abonnement de vingt-quatre mois. »

Une analyse que ne partage absolument pas Karine Lalieux. « Apple est extrêmement contrarié sur le marché belge par l’interdiction de la vente conjointe, lance la députée PS. Sa politique commerciale, partout dans le monde, est de signer des accords exclusifs avec des opérateurs mobiles. Et c’est pour mettre la pression sur le pouvoir politique qu’il a décidé de punir le consommateur en plaçant très haut le prix de l’iPhone. Il faudra qu’un débat sur la question ait lieu au Parlement mais pas sous la dictée d’une multinationale américaine. » Selon Karine Lalieux, « toutes les études montrent que lorsque la vente d’un appareil est liée à la fourniture conjointe d’un service, le consommateur est toujours perdant et cela peut le conduire à acquérir des choses dont il n’a pas vraiment besoin ».

Deux visions de la protection du consommateur s’affrontent donc autour d’un téléphone mobile à la mode, objet de tous les désirs. Pour le ministre Van Quickenborne, il faut abolir dans la loi tout ce qui empêche les ventes conjointes, au moins pour le secteur des technologies, tout en garantissant un maximum de transparence sur les prix. « Dès la rentrée de septembre, je vais proposer au gouvernement de revoir la législation actuelle sur les pratiques commerciales. Nous ne pouvons continuer à vivre sous la coupe d’une loi protectionniste et corporatiste. »

Pourtant, en 2005, en transposant une directive européenne sur les communications électroniques, les ventes conjointes incluant des GSM ont été à deux doigts de faire leur nid dans la législation belge. Certains produits, en effet, ont reçu à l’époque l’autorisation d’être vendus conjointement avec un abonnement. « C’est le cas pour les services internet, qui peuvent être vendus avec un modem, ainsi que les offres audiovisuelles, liées à un décodeur », explique un spécialiste des télécoms. La loi prévoit aussi une possibilité de vente conjointe pour des « produits intermédiaires interactifs ».

Une ouverture pour le GSM ? Que nenni ! Car ces produits « intermédiaires » ne peuvent comporter une interface qui permettrait au consommateur de les utiliser de manière autonome. Exit donc le téléphone mobile du champ très restreint de la vente conjointe « légale ». « Aux termes de la loi de 2005, poursuit ce spécialiste autorisé, c’est solaire. Vendre un iPhone lié à un abonnement constituerait une infraction. »

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