Désormais, ma voiture, c’est aussi leur liberté
BELGA; DE MUELENAERE,MICHEL
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Jeudi 10 juillet 2008
Mobilité Avec la hausse de l’essence, les modes de déplacement évoluent
Mais un peu partout, la débrouille s’organise ; ici et là s’ouvrent des sites internet qui mettent en relation des automobilistes disposant de places libres dans leur voiture, et des personnes qui aimeraient en profiter tout en participant aux frais de déplacement. Electrabel, ING, Siemens, l’Université catholique de Louvain… les entreprises s’impliquent, parfois mises sous pression par leur personnel, parfois profitant de la vague du développement durable. Individuellement ou en « pool », des communes s’y mettent également.
Le moteur de tout cela ? La hausse vertigineuse des prix des carburants. « Chaque augmentation de l’essence nous apporte, dans la semaine, 30 % d’inscriptions supplémentaires », témoigne Benoît Minet, project manager chez Taxistop. Mais les grèves des chemins de fer poussent également les gens à s’intéresser à nos activités ».
L’ASBL, née en 1978 pour « professionnaliser l’auto-stop », recense 43.000 dossiers dans sa banque de données. Cela donne en fait 13.000 recherches ; les autres ayant trouvé ou étant en « sommeil ». Avantage léger aux Flamands qui représentent 45 à 50 % ; les Wallons s’adjugent un tiers. Les Bruxellois les 20 % qui restent.
« Avec plus de 1.200 inscrits, juin 2008 a enregistré un record », poursuit Benoît Minet. Des chiffres boostés par le tout nouveau site carpoolplaza dont le logiciel smartpool permet à chaque utilisateur de voir sa demande immédiatement appariée avec les offres qui lui correspondent le mieux.
Et cela ne concerne pas seulement les déplacements entre le domicile et le lieu de travail. Le covoiturage international enregistre également un énorme succès. L’année est excellente pour Eurostop. La période d’avril à mai 2008 est en augmentation de 120 % par rapport à l’an dernier. Et le seul mois de juin a enregistré un taux de croissance de 130 %.
La Belgique n’est pas un cas isolé. En France, le principal site internet consacré au covoiturage, 123envoiture.com, a vu passer le nombre des inscriptions de 300 à 500 par jour. « Depuis que le prix du pétrole a passé les 100 dollars le baril en mars, nous avons doublé notre fréquentation », explique Frédéric Mazzela, animateur du site qui compte 235.000 utilisateurs.
« Notre succès est clairement lié à l’augmentation du prix de l’essence », confirme de son côté Benoît Minet. Un signe qui ne trompe pas : il y a davantage de conducteurs proposant un siège vide – cherchant ainsi à rentabiliser leur voiture – que de passagers demandant un « lift ». A raison de 0,07 euro par kilomètre et par passager, emmener une personne de Liège à Bruxelles et retour peut rapporter au propriétaire d’une voiture la modique somme de 14 euros ; 70 euros par semaine, 280 euros par mois…
Mais derrière ce covoiturage, utilitariste ou non, d’autres pratiques se développent qui battent en brèche ce que les experts appellent l’« autosolisme », exacerbation de l’individualisme automobilistique qu’incarna naguère le slogan « mon auto, c’est ma liberté ».
Les voitures partagées de Cambio font partie de ces nouveaux modes de déplacement. Là aussi, le succès est au rendez-vous. « On est en plein dans les scénarios les plus optimistes, explique Frédéric Van Malleghem, directeur de Cambio Bruxelles. On s’approche des 6.000 utilisateurs, dont 3.300 pour la seule région bruxelloise. Nous sommes présents dans la plupart des grandes villes, même si le potentiel wallon n’est pas exploité à 100 % ».
En chiffres absolus, cela peut paraître peu, même si la perspective « réaliste » à Bruxelles est de 10.000 utilisateurs en 2010 et si certaines études prédisent 60.000 adeptes. Mais ce sont d’autres chiffres qui donnent vraiment à réfléchir. Nos voitures « dorment » en moyenne 23 heures par jour. Or, une auto de Cambio roule 12 heures par jour. Et à Bruxelles, on compte trente utilisateurs pour une bagnole. « Cambio, c’est un vrai moyen de partage ! », s’enthousiasme Van Malleghem. Et autant de pollution et d’engorgement en moins.
Certes, le public a quelque peu évolué. Les environnementalistes convaincus de la première heure – cyclistes acharnés, mordus de la marche à pied ou des transports en commun, adversaires résolus des autos – cohabitent désormais avec des ménages qui ont fait leurs comptes. Posséder une voiture coûte de plus en plus cher. « Les gens font preuve d’une logique très pragmatique, poursuit Van Malleghem. Ce sont des jeunes, des employés, des fonctionnaires européens, des pensionnés même, qui ne veulent ou ne peuvent plus investir dans un véhicule. Neuf utilisateurs sur dix n’ont pas de voiture du tout. Mais trois quarts en avaient une dans l’année qui a précédé leur inscription ».
Contrairement au covoiturage, la voiture partagée est un phénomène essentiellement urbain, là où l’on n’est pas dépendant de la voiture pour le moindre déplacement, notamment pour aller au boulot. Les utilisateurs se servent de leur vélo, vont à pied ou empruntent les transports en commun, et utilisent Cambio pour leurs déplacements résiduels : les loisirs, les grandes courses, les excursions…
Covoiturage, Cambio, deux systèmes « tout à fait complémentaires avec les transports en commun », disent leurs initiateurs. Des systèmes qui profitent des coups de pouce des autorités. Mais qui auraient bien besoin d’un peu plus de considération. Sous la forme, indiquaient les prudentes conclusions du dernier Printemps de l’environnement, de parkings sécurisés et réservés près des autoroutes et des gares. La Flandre est plus volontaire dans ce domaine, indique Benoît Minet. En Wallonie, les parkings sont généralement des endroits de rencontre improvisés, peu reconnus. Créer des bandes de circulation pour les voitures emportant plus d’une personne ? La possibilité existe déjà dans le code de la route, explique Benoît Godart, le porte-parole de l’Institut belge pour la sécurité routière. Mais elle n’est pas utilisée. La route est encore longue.
Une fois le pas franchi, le partage fait le plein d’adeptes
Utilisatrice des transports en commun, Dominique évalue ses dépenses entre 50 et 250 euros par mois. « C’est forcément plus facile en zone urbaine, et quand les enfants sont plus grands, dit cette habitante de Louvain-la-Neuve. Ici, avec une station de cinq voitures, les véhicules sont toujours disponibles. Il y a parfois des petits couacs, mais bien moins souvent qu’avec une auto normale ».
La mobilité, ça change un peu à tous les niveaux. Chez Electrabel, on a pris le train du covoiturage en concluant une convention de collaboration avec Taxistop. Depuis le début de l’année, près de 250 employés ont opté pour la formule. « Davantage pour proposer une place dans leur voiture que l’inverse, reconnaît-on au sein de l’entreprise. Ce ne sont pas seulement des travailleurs de nos sièges bruxellois et il y a un bon équilibre entre Flamands et francophones ». Généralement, Taxistop juge la greffe réussie lorsque 5 % du personnel tente l’aventure. Avec ses 8.000 employés, Elactrabel avance. « L’équilibre de la vie professionnelle est un de nos messages clés. Nous encourageons également le télétravail, avec nos bureaux ouverts, il est possible d’aller travailler dans un siège plus proche du domicile. Et nous avons même des vélos d’entreprise ».
REPÈRES
Même si l’image est parfois un peu caricaturale – tous les passagers que l’on emmène ne sont pas nécessairement sympathiques et respectueux –, le covoiturage présente beaucoup d’avantages.
Le calcul est évidemment difficile à faire, mais le tableau est relativement facile à imaginer. L’autosolisme fait fureur – et semble devoir continuer à avoir du succès si l’on en croit les prévisions – mais comment seraient nos routes si les voitures en circulation étaient remplies ?
Trois formules pour se déplacer autrement Le covoiturage
0,07 euro au kilomètre, c’est le prix recommandé. Un max ?
L’inscription à un système de covoiturage est gratuite. Mais le déplacement ne l’est pas. On estime généralement qu’une voiture familiale coûte en moyenne 0,2903 euro par kilomètre (l’essence, l’assurance, les taxes et l’entretien). L’indemnité que paye un passager au propriétaire de la voiture qui l’emmène est négociée entre eux. Taxistop recommande un montant de 0,07 euro au km. C’est apparemment un maximum. Ce montant ne doit pas être déclaré au fisc.
En matière d’assurance, le covoitureur est couvert deux fois. La RC auto (obligatoire) couvre les dégâts physiques et matériels aux tiers, en ce compris les passagers. Le covoiturage domicile-travail est également couvert par l’assurance accident de travail de l’employeur. On peut covoiturer avec sa voiture de société. S’il s’agit d’une obligation imposée par l’employeur, une attestation particulière sera nécessaire.
Cambio
Des voitures neuves, pas chères, bien entretenues, faciles à réserver
On peut devenir membre de Cambio en rendant leur plaque d’immatriculation. Sinon, l’abonnement aux voitures partagées coûte 3,3 euros par mois. Compter aussi une participation financière de 150 euros (remboursée lors de la désinscription), des frais uniques d’activation (33 euros). Une petite citadine coûte 2 euros à l’heure, 23 euros à la journée, 140 euros à la semaine. Ajoutez à cela une indemnité kilométrique de 0,35 euro. Le carburant est compris dans le prix. L’avantage ? Moyennant quelques calculs, Cambio peut s’avérer moins cher qu’une voiture à soi. Des voitures neuves, bien entretenues, disponibles dans des stations qui leur sont réservées (pas de souci de stationnement, donc), que l’on peut réserver en ligne. Le désavantage de l’indisponibilité ? Il est très marginal, dit-on chez Cambio. Neuf fois sur dix on a la voiture qu’on veut à la station qu’on veut. Mais c’est parfois plus difficile le week-end…
Cyclocity
Les vélos publics
L’idée est alléchante. Enfourchez un vélo public pour se déplacer en ville et rangez-le un peu plus loin. A Paris et à Barcelone, le concept fait un malheur. Sur les pavés bruxellois, c’est un échec. Lancé en mars 2006, Cyclocity est limité au seul centre-ville et compte trop peu de stations (23) et de vélos (250). Ajoutez à cela un poids de panzer (24 kilos) et des pneus pleins inconfortables. Les touristes se laissent parfois tenter, les Bruxellois snobent. A Lyon, chaque vélo parcourt 30 km, à Bruxelles, seulement quatre. La première demi-heure revient à 0,50 euro. Pour l’abonné (10 euros), l’heure supplémentaire coûte 50 centimes. Pour les autres, c’est 1 euro, plus 1,5 euro pour un sésame valable 7 jours et une « réservation » de 150 euros servant de garantie. La Région a lancé un appel d’offres pour étendre le système. Objectif pour 2009 : 5.000 vélos répartis en 400 stations.
