Les francophones réunis

n.c.

Mardi 15 juillet 2008

Les partis francophones se sont réunis au lendemain de la démission d’Yves Leterme. Didier Reynders, premier ministre ? L’idée circule. Le Roi poursuit ses consultations. Après Armand De Decker et Kris Peeters, Rudy Demotte et Charles Picqué sont reçus par le souverain. Karl Lambertz devrait suivre.

Les partis francophones ont commencé vers 15H20 leur réunion programmée au lendemain de la démission du premier ministre Yves Leterme. A leur arrivée, les présidents des différentes formations ont répété ce qu’ils avaient déjà dit plus tôt dans la journée. Depuis l’appel lancé à midi par les chefs de groupe CD&V/N-VA à la Chambre, l’hypothèse de voir Didier Reynders, président du MR, devenir premier ministre circule. Si tout le monde a rappelé que cette prérogative appartenait au roi, le scénario n’est pas rejeté par les autres partis francophones.

« Pourquoi pas ? », a répondu le président du PS, Elio Di Rupo. Il a toutefois précisé que le futur premier ministre devait être capable d’assurer la cohésion d’une équipe gouvernementale et que les francophones ne devaient pas payer cette éventuelle désignation d’un prix trop élevé. La présidente du cdH, Joëlle Milquet, a énoncé les mêmes conditions.

Selon M. Reynders, la discussion ne porte pas sur le choix du premier ministre. « Le débat n’est pas là », a-t-il dit au journal télévisé de la RTBF. « Il faut redémarrer le gouvernement tel qu’il est », a-t-il précisé, rappelant les acquis socio-économiques et appelant à un dialogue entre les Communautés. A cet égard, « les Francophones ne doivent pas avoir peur d’avoir plus de compétences » et les Flamands doivent s’engager quant à « l’organisation de Bruxelles ».

Le MR surpris par la démission de Leterme

Au MR, on se montrait surpris mardi par la démission du premier ministre Yves Leterme annoncée après peu ou prou de concertation. La décision de M. Leterme est « curieuse », a indiqué mardi le président du Sénat, Armand De Decker. D’autres mandataires MR ont abondé dans le même sens, en « off ».

La balle est aujourd’hui dans le camp du roi qui devrait organiser des consultations. La décision prise par le premier ministre de démissionner a été tenue en suspens par le chef de l’Etat. C’est la communication officielle. « Il faut attendre que les choses se décantent dans le parti du premier ministre », a indiqué le président du FDF Olivier Maingain. « Il faut voir si M. Leterme veut et peut encore aller de l’avant », a commenté le président du Sénat, Armand De Decker. Ce dernier a souligné dans le même temps que le MR avait le « même » poids électoral que le cartel CD&V/N-VA et rappelé que la famille libérale était « la première » du pays.

Du côté flamand, on avance comme difficulté précédant la démission le fait que le nom de Didier Reynders, ministre fédéral, était avancé pour co-présider avec le ministre-président flamand Kris Peeters la structure du dialogue de Communauté à Communauté. « Il faut que les Flamands comprennent que les Francophones puissent aussi choisir leurs représentants. C’était d’ailleurs acquis », a relevé M. Reynders.

Le MR appelle à la conclusion d’une grande réforme de l’état et à la réalisation des mesures socio-économiques annoncées. « Il faut aller vers un nouveau grand pacte des Belges », a dit Armand Dedecker.

Charles Michel a parlé de la nécessité d’une « grande réforme de l’Etat », soulignant que le MR a toujours été partisan d’un « dialogue ouvert ». Pour Sabine Laruelle, il faut trouver des « solutions » permettant « l’implémentation des mesures socio-économiques » et l’établissement « d’un dialogue de Communauté à Communauté ». Mme Laruelle se refuse à rendre le CD&V responsable de la crise. « L’important n’est pas de trouver un valet puant, l’important est d’implémenter les mesures socio-économiques », a-t-elle insisté.

Pour Olivier Maingain, il n’y a « pas un problème de personne ». Selon lui, « le problème qui se pose est de savoir s’il y a encore dans le chef du CD&V la volonté d’assumer des responsabilités pour qu’un Etat fédéral soit viable ».

Le CDH prêt à tout faire pour sortir de l’impasse

Le CDH est prêt à tout faire pour sortir le pays de l’impasse au minimum jusqu’en 2009. Le pays doit être gouverné sur le plan socio-économique quoi qu’il arrive, a affirmé mardi midi la présidente du centre démocrate Humaniste, à l’issue de la réunion du Bureau du parti.

Entourée des principaux chefs de file du CDH, Joëlle Milquet a ajouté que « tout être responsable au nord et au sud du pays doit se dire que cela doit être une priorité. Il n’a jamais été dans les intentions des Francophones de mettre quoi que ce soit au frigo ».

Pour le futur, la présidente du CDH a demandé s’il n’était pas indiqué d’en revenir à une proposition avancée au terme d’un des épisodes de crise de l’année écoulée : séparer l’action du gouvernement axée sur les priorités socio-économiques, d’une grande discussion institutionnelle à avoir de manière indépendante entre partenaires avec des délais et un menu précis.

« L’urgence dans les jours qui viennent est en tout cas de ne pas faire passer les exigences particratiques et électorales avant les exigences d’Etat », a-t-elle insisté.

Le CDH regrette « profondément » la décision d’Yves Leterme de démissionner car elle est intervenue « contre toute attente, sur base des options qu’a pu prendre le cartel CD&V/N-VA, à un moment où les choses évoluaient dans un climat serein et constructif. Avec un timing aussi court, il n’était pas possible de trouver une solution. Des esquisses d’accord possibles pouvaient un moment se dégager. Il y a là un potentiel à ne pas négliger », a encore souligné Mme Milquet.

La présidente du CDH s’est par ailleurs refusée à tout commentaire sur la situation au sein du cartel CD&V/N-VA. Elle a jugé que le premier ministre démissionnaire avait très bien mené les discussions sur le budget et le programme socio-économique, arrivant à des accords dans ces matières en très peu de temps, dans un climat positif, ce qui n’a fait qu’accentuer l’effet de surprise produit par les événements intervenus lundi soir.

Le PS souligne l’énorme travail réalisé en faveur des gens

Le PS s’est dit extrêmement attristé mardi, à l’issue de la réunion de son Bureau, qu’on ne soit pas plus loin malgré les efforts déjà fournis, mais reste désireux d’aboutir à une solution, a indiqué son président, Elio Di Rupo. « Jusqu’à hier soir 22h12, heure à laquelle Yves Leterme m’a téléphoné, j’étais convaincu que nous étions sur le chemin d’une solution pour la déclaration », a-t-il expliqué.

« L’élargissement des négociations aux entités fédérées, avec une co-présidence néerlandophone (le ministre-président flamand Kris Peeters, ndlr) de ce Groupe des 22, était un symbole fort pour les néerlandophones », a-t-il estimé.

Elio Di Rupo a pointé du doigt la tension qu’a provoquée selon lui la N-VA. « Il semble qu’il y ait eu un premier problème à l’intérieur du gouvernement flamand avec une prise de position très forte de la N-VA, ainsi qu’à l’extérieur avec M. De Wever », souligne M. Di Rupo. « Le premier ministre en a tiré les leçons qu’il a cru devoir tirer ».

Le blocage étant, à son estime, venu du côté néerlandophone, « c’est en interne au CD&V/N-VA que des signaux doivent être envoyés », a-t-il ajouté, alors que le chef de groupe CD&V/N-VA à la Chambre, Servais Verherstraeten, avait demandé plus tôt aux partis francophones de « prendre leurs responsabilités ».

« Les francophones ont déjà bougé, et ils peuvent encore bouger », a commenté M. Di Rupo, rappelant que les francophones, bien qu’au départ « demandeurs de rien », ont déjà accepté l’idée d’une réforme de l’Etat.

« Nous avons discuté avec sérieux et conscience, il n’y a pas un sujet mis sur la table par les néerlandophones qui n’ait pas été discuté », a-t-il insisté, mettant l’accent sur le fait que « les Francophones ont travaillé de concert, non pas contre la Flandre, mais avec une volonté de trouver des solutions justes ».

Le PS dit rester disponible pour trouver un accord, car ses deux priorités restent le socio-économique (« ce qui a été engrangé doit être mis en oeuvre, car les problèmes quotidiens demeurent ») et, au plan institutionnel, « la stabilisation du pays ». Il en appelle aussi à prendre le temps nécessaire, alors que la date du 15 juillet était devenue une échéance pour le premier ministre Yves Leterme. « Il n’est pas anormal qu’il faille du temps pour trouver quelque chose de satisfaisant sur des sujets tels que BHV ou la politique de l’emploi », a encore relevé M. Di Rupo, peu avant de se rendre à une réunion des présidents des partis francophones au cabinet ministériel du président du MR Didier Reynders, rue de la Loi.

Jean-Michel Javaux (Ecolo) regrette aussi

À l’instar des autres représentants des partis francophones, le coprésident d’Ecolo a aussi regretté, sur les ondes de La Première mardi matin, de voir Yves Leterme présenter sa démission au Roi lundi soir.

« Durant la journée de lundi, nous avions reçu une proposition de l’Heptapus et d’Yves Leterme -la veille- que nous trouvions équilibrée. C’était lent mais nous sortions de la date butoir. On s’est longtemps demandé pourquoi avoir mis cette deadline du 15 juillet en sachant que les lignes avaient bougé. On savait qu’il fallait un nouvel équilibre budgétaire vu l’inquiétude croissante liée à l’augmentation de l’inflation et du prix des matières énergétiques. On ne peut pas se permettre de rester sans gouvernement. On commence à être ridicules face à l’international. Je reviens de l’étranger où les questions fusent de partout. Il y avait une solution qui semblait plausible. Les échos du CD&V étaient très bons et puis on a vu Bart De Wever donner la tonalité et tout le monde s’aligner. Cela devient inquiétant. »

Le coprésident d’Ecolo, dans l’opposition, s’est aussi inquiété de la situation économique difficile que pourrait entraîner une nouvelle crise politique. « Il faut bien avouer qu’il n’y avait pas grand-chose jusqu’à présent. Il y avait eu un équilibre : 40 % pour une réforme fiscale ; 40 % pour des matières sociales et il ne restait que des miettes pour l’environnement et la justice. On sait qu’on ne peut pas se permettre une grande crise. Pour la première fois depuis de nombreuses années, on imagine que les budgets 2009 et 2010 seront en déficit et qu’il faudra mettre de côté certains moyens pour financer les pensions. Il y a donc urgence à trouver une solution à cette crise institutionnelle. » « Moi, j’ai confiance dans le Roi car on voit qu’il n’a pas encore accepté la démission d’Yves Leterme », poursuit Jean-Michel Javaux. « Il va consulter plusieurs heures, voire plusieurs jours pour pouvoir prendre une bonne décision. Il est important que l’on sorte de cette campagne électorale. J’ai l’impression que le cartel a d’abord vu juin 2009 plutôt que de voir la gestion de l’Etat », conclut-il.

Le CD&V aussi responsable que la N-VA, dit Maingain

La démission est le fruit d’un nouveau constat d’échec pour Yves Leterme qui n’a toujours pas pris la mesure de la charge qui pèse sur les épaules du Premier ministre de l’Etat belge. Son parti, le CD&V est aussi responsable de la situation que son partenaire de cartel, la N-VA pour avoir laissé celle-ci prendre les devants, a affirmé mardi le président du FDF Olivier Maingain.

« Le plus consternant, c’est qu’Yves Leterme a pris la décision de déposer son tablier sans concertation avec les membres du Comité ministériel restreint (NDLR : composé des Vice-premiers ministres) qu’il n’a avertis qu’une fois en route pour se rendre chez le Roi. Cela signifie qu’il n’a pas privilégié la fonction de Premier ministre, mais celle de son parti, du cartel avec la N-VA et de la Flandre », a commenté Olivier Maingain, interrogé avant de se rendre au bureau du MR.

Pour le patron du Front Démocratique des Francophones, le CD&V doit dire ce qu’il compte faire pour trouver un nouvel équilibre dans les institutions. « Pour qu’il y ait un dialogue équilibré entre francophones et flamands, il faut repartir des bases du niveau fédéral. Le cartel CD&V/N-VA doit dire enfin dire clairement s’il veut faire basculer l’Etat fédéral », a encore avancé Olivier Maingain.(belga)

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