Albert II et le pays qui n’existe plus

DELFOSSE,LUC

Lundi 21 juillet 2008

On entend dire que le Roi n’aurait rien dit. Qu’il est passé sur la crise comme on roule sur un casse-vitesse pour en venir à l’essentiel : reprendre cette route que le « roi gai » tente de calquer depuis 15 ans sur le « roi triste » son frère. Son modèle. L’édito de Luc Delfosse, rédacteur en chef adjoint.

Mais qu’attendaient ceux-là du monarque d’un pays en capilotade, dont chaque mot est compté, surveillé et doit être cautionné par un ministre, singulièrement par le Premier dont on sait ce que son cartel pense pour lui ?

Imaginait-on ce vieux monsieur fatigué déclarer que le fédéralisme belge est à bout de souffle ? Demander à monsieur Leterme et madame Thyssen de larguer la NV-A au prétexte que le parti de monsieur De Wever pourrit tout espoir de compromis ? Qu’il connaît un tas de gens qui occuperaient tellement mieux le « 16 » ? Pire : comme un certain habitant d’Ypres il y a tout juste un an, chanter les premières mesures de la… Marseillaise ? Ou encore plaider le rattachement de la Wallonie à la France et de la Flandre à la Hollande ?

Dans ce discours long comme un jour sans pain, à l’image au fond de la crise qui mine le royaume et ses pauvres, Albert II a été aussi loin qu’il pouvait aller. De ce qui lui est permis et de ce qu’« on » lui a suggéré.

La surprise du chef de l’État arrive à la quatrième phrase, prise en sandwiche entre deux appels pathétiques à la solidarité « dans la diversité » : « Nous devons inventer de nouvelles formes de vivre ensemble dans notre pays ».

Ils n’ont l’air de rien ou presque ces quelques mots. Mais, pour sûr, vus du Palais, ils ont valeur de révolution mentale.

Sont-ils de sa plume ? Ont-ils été suggérés par ses conseillers ou par le Premier ministre ? Un jour le saura-t-on. En attendant l’une ou l’autre fuite ou Mémoires, on retiendra que le 20 juillet 2008, le Roi des Belges ne s’est pas contenté de défendre l’indéfendable statu quo. Mais qu’il a suggéré qu’une avancée institutionnelle était souhaitable, qu’il fallait inventer des « nouvelles formes de vivre ».

Quelles « formes » ? Le confédéralisme qui apparaît aujourd’hui comme la seule voie possible pour encadrer l’inéluctable divorce du couple belge ? Inimaginable : la personnalité unioniste des trois missi dominici nommés par le Palais jeudi soir le démontrait déjà à souhait.

Sauf cataclysme belgo-belge ou très, très improbable accord Nord-Sud, on ne saura rien de ces « nouvelles formes » avant le… 21 juillet 2009. De toute façon, pas avant de nouvelles et inéluctables élections. Qui, devraient conduire le monarque à pleurer encore, comme il le fait aujourd’hui à travers les yeux de son frère, un pays qui n’existe plus.

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