Le coup de colère des Kadhafi envers la Suisse

LOOS,BAUDOUIN

Jeudi 24 juillet 2008

Suisse

Les frasques de Hannibal Kadhafi lui ont valu une arrestation et une inculpation. Le régime libyen le prend mal… et suspend ses livraisons de pétrole à la Confédération helvétique.

La famille Kadhafi ne décolère pas. L’affront subi par l’un de ses membres à Genève, les 15 et 16 juillet derniers, doit être lavé au plus vite. La tension a atteint un nouveau sommet ce jeudi avec l’annonce de l’arrêt des livraisons pétrolières libyennes à la Suisse.

Les faits, en bref. Le 15 juillet, donc, une vingtaine de policiers genevois ont surgi dans le luxueux hôtel où résidaient Hannibal Kadhafi, quatrième fils du « guide » libyen, et sa femme Aline. Malgré l’opposition de quelques gardes du corps, le couple a été emmené au poste et fut inculpé pour « lésions corporelles simples, menaces et contrainte » envers deux domestiques qui avaient porté plainte. Deux jours plus tard, les deux Libyens, qui ne bénéficiaient pas d’une immunité diplomatique, ont été libérés moyennant une caution équivalant à 310.000 euros.

Depuis lors, la tension n’a plus cessé de monter entre Tripoli et Berne. Le régime libyen exige le classement de ce dossier « monté de toutes pièces », comme l’ont indiqué les Compagnies nationales de transport maritime et des ports, qui ont suspendu jeudi leurs livraisons de pétrole. Détail : Hannibal Kadhafi est « conseiller » desdites compagnies… Ces derniers jours, les liaisons aériennes avaient déjà été réduites, les entreprises suisses en Libye fermées, et deux ressortissants suisses mis en garde à vue. Tripoli avait aussi rappelé son chargé d’affaires à Berne et suspendu l’octroi de visas pour les Suisses. D’autres mesures sont promises.

Il y a le feu ! La ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, a interrompu ses vacances, mis sur pied une task force et envoyé une délégation à Tripoli. Elle a pu s’entretenir par téléphone avec son homologue libyen, Abderrahmane Shalgan, sans réussir à apaiser la tension.

Se tirer une balle dans le pied

A Berne, on prend donc les choses au sérieux, même si on assure qu’aucune pénurie de pétrole ne menace à l’horizon et que d’autres sources d’approvisionnement existent. La Libye est tout de même le premier fournisseur d’or noir de la Suisse. Mais, dit-on à Berne, si le pétrole libyen représente 20 % de la consommation suisse, l’une des deux seules raffineries du pays ainsi qu’un réseau de 320 stations essence appartiennent à l’Etat libyen, qui se tirerait une balle dans le pied s’il persistait dans son boycott.

Hannibal Kadhafi, 32 ans, n’en est pas à son coup d’essai. La presse « people » a déjà eu l’occasion de parler de lui. Notamment pour ses démêlés avec la police parisienne : en 2005, il avait été poursuivi à Paris pour violences contre sa compagne et, en 2004, il avait été interpellé pour avoir descendu les Champs-Elysées au volant de sa Porsche à la vitesse de… 140 km/h.

Hasni Abidi, directeur du Centre d’étude sur le monde arabe et méditerranéen de Genève, donnait à notre confrère Le Temps de ce jeudi une explication de la tension : « Il y a un problème de perception. Les Libyens ne connaissent rien à notre système de séparation des pouvoirs, à nos institutions. En Libye, la famille Kadhafi est considérée comme intouchable. Là-bas, et de manière générale dans les pays arabes, la justice n’a pas voix au chapitre lorsqu’il s’agit de la famille présidentielle. Le simple fait de convoquer Hannibal chez le juge représente déjà un terrible affront. Alors songez seulement aux effets produits par l’arrestation du fils du colonel, et au fait qu’il a passé deux nuits en prison. Pour la Libye, la Suisse a dépassé la ligne rouge. »

Hasni Abidi a pris l’avion pour Tripoli mercredi. Un voyage « à titre privé ».

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