La Belgique, terre d’accueil des alcooliers
n.c.
Mardi 29 juillet 2008
Carte blanche
Moi qui suis alcoologue, je me réjouis qu’enfin, nos ministres fassent ainsi preuve d’une bonne information. Les ministres nous dévoilent ensuite leurs objectifs généraux, et ceux-ci paraissent assez musclés : « Prévenir et réduire les dommages liés à l’alcool, combattre la consommation inadaptée, excessive, problématique et risquée d’alcool et non pas seulement la dépendance, avoir une politique orientée vers des groupes cibles à risques et des situations à risques. » Oufti ! Nos politiciens se penchent enfin sur ce grave problème de santé !
Suivent alors les mesures… enfin, plutôt des recommandations ! Alors là, Mesdames, Messieurs les Ministres, je vous renvoie à vos papiers avec la mention « ajourné » dans votre bulletin !
De qui se moque-t-on ? Certes, supprimer la vente d’alcool dans les stations services (le long de l’autoroute uniquement…) compliquera quelque peu la vie à nos alcooliques. Par contre, avoir eu l’idée de rassembler les boissons alcoolisées dans un même rayon distinct épargnera des recherches fatigantes à nos jeunes et moins jeunes.
Et je ne suis pas certain que les vitrines des « night shops » seront plus esthétiques lorsque les bouteilles d’alcool seront mélangées aux rouleaux de papier toilette, lorsqu’on ne pourra plus exposer « uniquement » de l’alcool dans les vitrines des « night shops ».
Si le fait d’avoir pris ces « mesurettes » donne l’impression à nos ministres d’avoir enfin apporté la solution au problème de l’alcool, je me permets de leur ôter toute bonne conscience, ces mesures n’auront pas beaucoup d’impact sur la santé de nos concitoyens.
Suivent alors les mesures relatives à la législation, qui « manque cruellement de clarté », nous disent nos ministres dans un élan de sincérité ! On simplifie donc et on interdit toute vente d’alcool aux moins de 16 ans ! Mesdames Messieurs les Ministres, asseyons-nous un instant, enfin, que je puisse une fois encore vous expliquer ce que d’autres vous ont déjà dit, que pareille politique prohibitionniste aurait en réalité un effet incitatif, que le fruit défendu est plus excitant que celui qui est permis, et que nos enfants de moins de 16 ans ne sont pas des débiles mentaux qui vont accepter vos décisions en vous remerciant de les avoir prises ! Nos gamins et gamines auront tôt fait de s’organiser pour se procurer cet alcool qui leur est vanté par la publicité. Nos gamins veulent être « des hommes qui savent pourquoi », et nos filles pensent qu’elles seront tellement séduisantes lorsqu’elles auront un verre d’alcool dans les mains. Et passer une soirée entre copains sans alcool, cela fait moche et ringard… Georges Clooney l’a appris à ses dépens ! Car c’est notre culture qu’il convient de modifier, c’est notre rapport à l’alcool qu’il convient d’analyser. Il faut admettre que nos jeunes sont manipulés par la publicité et il vous faudra avoir le courage d’interdire cette publicité comme c’est le cas en France. Et quelle mesure proposez-vous pour contrer
ces manipulateurs ?
Voici ce qui est proposé. Au départ, la réflexion est très pertinente ! Jugez-en ! « Les stratégies marketing et publicitaires en faveur de l’alcool doivent être limitées autant que possible sur le plan quantitatif. De préférence, on doit les interdire lorsqu’elles s’adressent à certains groupes cibles, tels que les jeunes (mineurs). Les stratégies marketing et publicitaires en faveur de l’alcool peuvent uniquement fournir des informations sur le produit et diffuser des messages et des images renvoyant exclusivement à l’origine, à la composition, aux procédés de fabrication du produit. »
Et que proposent alors nos ministres que l’on dit être compétents pour la Santé… Ils confirment que l’on continuera à voir nos mêmes publicités sur nos écrans de télévisions et dans les cinémas, puisqu’ils recommandent « d’institutionnaliser la convention signée en matière de publicité entre le secteur, les consommateurs et le ministre de la Santé publique en 2005, et qui confie au Jury d’éthique publicitaire le soin de contrôler le respect de l’application de cette convention. » C’est déjà ce jury qui contrôle (!) nos actuelles publicités, il ne risque pas d’y avoir beaucoup de changements sur nos écrans…
Le Jury d’éthique publicitaire… ! Puis-je demander que l’on supprime la référence à l’éthique dans le fonctionnement de ce jury ? L’éthique, c’est dans notre pratique de soin ce dilemme particulier lorsqu’il nous faut choisir entre deux maux, celui du moindre mal, et ce afin d’être au plus près du respect du patient. Parler d’éthique dans la publicité, c’est galvauder ce concept, c’est faire insulte aux soignants. La publicité ne peut pas être éthique ! La publicité est et restera une manipulation de l’autre, ce que s’interdit formellement l’éthique. Faire référence à l’éthique dans ce jury de publicité, c’est jeter de la poudre aux yeux, c’est vouloir donner des lettres de noblesse à quelque chose qui est uniquement manipulation ! C’est une tromperie vulgaire.
Non seulement la publicité continuera à cibler nos jeunes, mais l’alcool sera encore et toujours présent dans les activités sportives qu’il sponsorisera ! La Belgique, pays du surréalisme, où le sport (et donc la santé !) est sponsorisé par les alcooliers…
Bravo les alcooliers ! Bravo, vous êtes forts, très forts ! Vous avez à nouveau gagné ! Vous développez de nouveaux produits pour faire boire les femmes, ces pauvres êtres qui ne consomment pas assez selon vos critères, vous lancez la campagne demandant le respect de nos jeunes de moins de 16 ans, avec une suave hypocrisie à faire rougir les mafieux !
Alors, si vous les parents, qui s’inquiètent de la consommation alcoolique des jeunes, vous voulez faire entendre raison aux alcooliers, ne comptez pas sur nos politiciens, mais sur vous-mêmes ! Unissez vos efforts, faites entendre votre désaccord avec ces « mesurettes », vous seuls pourrez alors vous opposer au lobby des alcooliers ! C’est devenu un devoir !

