Rire, théologie et poésie en trois livres-nouvelles

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE

Page 29

Vendredi 1er août 2008

Des auteurs quasi inconnus, une toute jeune maison d’édition, une forme – une nouvelle, un livre – très inhabituelle. Un pari, donc. Risqué. Mais Griffe d’encre a eu raison de le tenter. Sa collection est d’abord très belle : des illus originales en couverture dans une dominante bleue, une présentation agréable, des minidossiers sur l’auteur et l’illustrateur. Ensuite le contenu des trois nouvelles dont on parle ici est très réussi.

D’ailleurs, la collection marche : « Beaucoup de lecteurs sont contents de découvrir un nouveau format, et sont séduits par un livre pas trop cher, qui peut se dévorer en une soirée ou le temps d’un trajet, indique Menolly, la directrice de la collection Novellas. Il ne s’agit ni de mini-romans, ni de longues nouvelles, mais bien d’un format à part avec un rythme propre. »

C’est rare, la fantasy de Karim Berrouka fait rire. La Porte est une histoire désopilante qui mêle loups-garous philosophes, barbares, jolies femmes et inquisition. Pour un voyage en train ou une attente chez le dentiste, c’est idoine : on en oublie l’impatience ou l’angoisse.

Avec Au nord-nord-ouest d’Eden, de Gabriel Eugène Kopp, on ne rit plus. C’est qu’un cadavre a été découvert dans un glacier. Qui est-il ? D’où vient-il ? La nouvelle commence assez mal, par un ramassis de banalités sur le monde d’aujourd’hui. Mais dès qu’un jésuite vient écouter les paroles enregistrées proférées par le macchabée en question avant de disparaître littéralement, ça fonctionne remarquablement. C’est intellectuellement et théologiquement sidérant, tout en restant vraiment passionnant.

Sous le titre facile de La vieille Anglaise et le continent, Jeanne-A Debats, dont c’est la troisième nouvelle publiée, navigue dans d’autres eaux. L’Anglaise est une scientifique proche de la mort. Elle accepte qu’on transfère son esprit dans le corps d’un cachalot. Pour mieux gendarmer la mer contre les pollueurs. Sans oublier sa mission, elle se laisse porter par la beauté et la sérénité des profondeurs et l’amitié d’un cachalot. Une belle idée et une poésie simple et émouvante.

Pas de résultats.