Sida : prendre la mesure d’une menace globale
SOUMOIS,FREDERIC
Mercredi 6 août 2008
Certes, le sida, s’il est loin d’être vaincu, est aujourd’hui vigoureusement combattu par plus de trente médicaments antirétroviraux et par des combinaisons inédites qui réussissent, de mois en mois, à diminuer les rechutes, à stabiliser la maladie, à minimiser les effets secondaires, très lourds dans ce type de traitements. En dix ans, les malades ont gagné près de treize années d’espérance de vie. Et c’est déjà un fameux progrès.
Mais ces incontestables victoires cachent mal la réalité d’une maladie qui se propage très facilement, par des rapports sexuels non protégés, par la transfusion sanguine ou encore de la mère à l’enfant, et qui habite à vie l’organisme de celui qui est frappé.
Or, sans doute peu ou prou aveuglés par les bonnes nouvelles en provenance des labos de recherche, les pouvoirs publics ont relâché la pression de l’information et de la prévention.
Même dans le monde occidental, on est frileux sur l’éducation sexuelle, rétif en matière de distribution de seringues à usage unique, on ferme les yeux sur la violence envers les femmes, une cause cachée de contamination. Que dire alors d’autres régions du monde, où l’on nie carrément, comme dans certains pays musulmans ou en Chine, que la maladie existe ? Que dire des sociétés où la religion proscrit l’usage du préservatif au nom de « valeurs morales », stigmatisant encore les personnes atteintes par le virus ?
Pour le malade individuel, nier son état retarde sa prise en charge, dégradant sa qualité de vie et ses chances de survie. Pour les sociétés, il n’en est pas autrement.
En axant l’essentiel des ressources sur les médicaments, on a sans doute oublié qu’il était essentiel de voir en face les causes de la maladie, de faire une vaste prévention, adaptée aux groupes à risque, de redire que malheureusement, et sans doute jusqu’à la fin de l’humanité, on ne peut avoir l’amour en tête sans faire quelques gestes simples pour échapper à la mort.
