Le futur camping sert déjà
MOREL,PIERRE
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Mercredi 6 août 2008
Liège Des gens du voyage font halte provisoire au Haut des Tawes
Avec tout ce que cela sous-entend de rumeurs galopantes et d’inquiétudes larvées au sein du quartier où, nous confie une habitante « on ne parle que de ça ! »
Il faut dire que dans ce coin particulier, très vert et presque hors du temps à quelques pas seulement du centre-ville, on est jalousement attaché à sa qualité de vie. Et quand on avait pétitionné, en début d’année, contre ce fameux futur camping, l’échevin Firket avait été très clair : ce sera pour des touristes en transit, pas pour les gens du voyage !
« Vous savez, je n’ai rien contre ces gens-là, précise un riverain. Et je n’ai absolument pas peur des soi-disant histoires de vol qu’on entend toujours. Mais regardez : ils occupent complètement ce champ où, d’ordinaire, je vais, comme beaucoup de gens du coin, promener mon chien. Il y a des cacas un peu partout. Ils ne peuvent tout de même pas rester là : il y a le football, les scouts qui font leur camp ici une fois par an, les balades de la Ville… »
Au sein du campement, le cercle des hommes, regards charbon, visages graves et costumes bien mis, s’ouvre sans façon pour accueillir le visiteur. « Nous sommes des gens du voyage, tous de la même famille, les Demestre, issus de la région de Valenciennes, explique Charles. L’un d’entre nous a subi une attaque cardiaque à Eupen, alors que nous étions en route pour une grande convention à Chaumont, en France. L’hôpital d’Eupen l’a transféré à Liège pour l’opérer, et nous attendons ici jusqu’à ce qu’il soit transféré dans un hôpital français. On a trouvé un arrangement avec le président du club de football, qui nous permet d’accéder aux douches et de nous fournir en eau. Aux gens de la Ville qui sont venus nous voir, on a demandé trois semaines. Mettez-le bien, dans votre journal : on n’a aucune intention de rester ici ni d’embêter qui que ce soit. On demande simplement trois semaines de tranquillité ici. »
Ce qui semble être un peu long aux yeux de la Ville. Bourgmestre faisant fonction cette semaine, l’échevin des Services Sociaux Benoît Drèze (CDH) a rencontré les campeurs ce lundi. « Nous avons été mis devant le fait accompli puisqu’ils se sont installés sans rien demander à personne, souligne-t-il. Nous avons pu vérifier que le motif qu’ils invoquent est exact : l’un des leurs est bel et bien à la Citadelle où il doit subir une opération cardiaque. Et j’ai également eu confirmation que ces gens n’ont créé aucun problème à Amay, où ils étaient préalablement installés. Le gros problème, c’est la durée : au-delà de deux semaines, nous serions embêtés. Or, si ce terrain nous appartient, ce n’est pas un lieu public : pour expulser ces gens, il nous faudrait une décision de justice. S’ils ne restent que deux semaines, ça ne sert à rien de lancer une procédure. Mais ce que nous voulons à tout prix éviter, c’est de nous faire mener en bateau de semaine en semaine. »
Dans la rue Haut des Tawes, Renée, qui entretient bénévolement ce terrain en y ramassant les crasses en temps normal, peste contre la Ville : « Ces gens, je n’ai rien contre. Les rumeurs vont bon train et les gens rouspètent, mais j’ai parlé avec eux, ils sont plutôt aimables. Ce sont leurs crottes qui me déplaisent. Si on les laisse s’installer, qu’on leur mette au moins un W-C provisoire ! »
