Une taxe sur la graisse

MUNSTER,JEAN-FRANCOIS

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Jeudi 7 août 2008

Conso En France, un rapport préconise l’instauration d’une taxe nutritionnelle

Taxer la malbouffe pour lutter contre l’obésité ? En Belgique, l’idée hérisse : « antisociale et inefficace »

Taxer hamburgers, pizzas et autres bonbons pour diminuer leur consommation et enrayer l’épidémie d’obésité. C’est la proposition que viennent de faire, en France, l’Inspection générale des affaires sociales et l’Inspection générale des finances aux ministres du Budget Eric Woerth et de la Santé Roselyne Bachelot. Les auteurs du rapport jugent cette mesure justifiée au vu du développement des pathologies liées au surpoids et à l’obésité (hypertension, diabète, certaines formes de cancer), pathologies qui ont elles-mêmes un lien direct avec l’excès de consommation de graisses, de sucres rapides et de sel mais aussi d’alcool.

Combattre l’obésité n’est pas le seul objectif de cette taxe. Elle doit aussi permettre de renflouer les caisses de l’assurance-maladie, mises à mal justement par la multiplication de ces pathologies. Un raisonnement tout à fait identique à celui qui a mené à la taxation du tabac ou de l’alcool.

Concrètement, le rapport propose de taxer davantage les boissons sucrées et d’augmenter la TVA (de 5,5 % à 19,6 %) sur les produits « trop gras, trop sucrés, trop salés qui ne sont pas de stricte nécessité ». Le document plaide également pour un accroissement de la fiscalité sur l’alcool, évoquant ses coûts sociaux « mais aussi ses effets sur certains cancers, trois fois plus importants que ceux des autres produits alimentaires ».

La France n’en est pas à son premier coup d’essai en la matière. L’année dernière, le Parlement avait voté une taxe de 1 % sur les boissons sucrées avant de faire marche arrière. Elle avait été jugée discriminatoire puisqu’elle ne s’attaquait qu’à une seule catégorie de produits favorisant l’obésité. D’où ce nouveau rapport de l’administration française.

L’idée d’une taxe nutritionnelle ou d’une « fat tax » (taxe graisse) comme disent les Anglo-Saxons n’est pas neuve. Elle a fait son apparition fin des années 70 aux Etats-Unis et a été popularisée par le docteur Kelly D. Brownell dans les années 80. Depuis lors, elle fait régulièrement débat. Aux Etats-Unis bien sûr mais aussi depuis plusieurs années en Europe où le problème de l’obésité ne fait que s’aggraver. On en a notamment beaucoup parlé en Grande-Bretagne. En juillet 2007, des chercheurs de l’université d’Oxford avaient publié une étude montrant qu’une hausse de la TVA sur les aliments néfastes pour la santé pourrait sauver la vie de 3.200 citoyens britanniques par an. Tony Blair avait lui rejeté l’idée, y voyant l’expression d’un Etat ultra-protecteur et invasif. En Belgique, il n’y a jamais eu véritablement de propositions politiques en ce sens, même si dans les coulisses, l’opportunité d’une telle taxe a été évoquée plus d’une fois.

L’idée semble rencontrer, il est vrai, peu de partisans dans notre pays. « L’obésité est une maladie chronique et ce n’est pas en rendant la vie des personnes qui en souffrent plus chère qu’on va les aider à se soigner, enrage Jean-Paul Allonsius, le président de Bold, l’association belge des patients obèses. Que du contraire ! Au lieu de pénaliser les gens, il est beaucoup plus intelligent de les inciter à consommer mieux : en baissant la TVA sur les fruits et légumes par exemple. On pourrait aussi imposer à l’industrie alimentaire des taux de graisse saturée et de sucre maximum par produit. Dire aux gens qu’ils vont payer plus cher pour manger ne changera rien. »

Lors des débats sur l’obésité au Parlement européen, la députée belge Frédérique Ries s’était aussi prononcée en faveur d’une baisse de la TVA sur les aliments sains comme les fruits et légumes plutôt que sur une taxation accrue de la malbouffe.

Jean-Marc Laasman, le directeur du service d’études de l’Union des mutualités socialistes, met lui en évidence le caractère antisocial d’une telle mesure. « Les problèmes d’obésité et de malnutrition sont beaucoup plus répandus dans les classes sociales défavorisées car la junk food coûte souvent moins cher que la nourriture saine. La taxe nutritionnelle revient donc à pénaliser les plus pauvres. Vu les problèmes de pouvoir d’achat que l’on connaît aujourd’hui, ce serait très mal venu. »

Selon lui, cette taxe ne pourrait s’envisager qu’avec toute une série de mesures d’accompagnement. « Le problème de fond, c’est un problème d’éducation à l’alimentation. Il faut agir dans les écoles, pousser les jeunes à faire plus de sport… Sans programme éducatif, ce genre de mesure n’a pas d’utilité. »

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