ossétie du sud : le dangereux calcul de la géorgie
MATHIL,POL
Page 16
Samedi 9 août 2008
L’Ossétie du Sud fait, certes, sur le plan formel, partie de la Géorgie, et sa sécession n’a été reconnue par aucun Etat. Il reste que depuis quinze ans, elle était de fait indépendante de Tbilissi et 80 % de ses habitants – Moscou s’en est chargé – possèdent un passeport russe. Vouloir empêcher que l’Ossétie séparatiste ne se proclame indépendante comme le Kosovo, c’est compréhensible. Revendiquer la fin de la sécession est une exigence parfaitement légitime de la part de la Géorgie. Essayer de régler ce litige par la force est irresponsable. Il faut être réaliste : la Russie, dont la présence en Ossétie a un caractère indubitablement colonialiste, ne pourra tolérer ce coup de force. Non seulement son prestige, à savoir la solidité de son soutien à l’Ossétie, et partant des autres, est en jeu. Mais elle redoute aussi de voir la même opération se produire en Abkhazie, l’autre région séparatiste géorgienne, pareillement « protégée » par la Russie.
L’intérêt russe est plus politique que militaire et va plus loin qu’une « indépendance » de l’Ossétie du Sud, fictive dans tous les cas de figure.
Pour le Kremlin, il s’agit de la volonté de la Géorgie (et de l’Ukraine) d’adhérer à l’Otan, un projet que Poutine juge inacceptable pour la Russie. Un conflit déstabilisant la Géorgie et la région serait très mal vu par l’Otan et sert donc l’intérêt de la Russie.
Le président Saakashvili s’est peut-être laissé attirer dans ce piège, surestimant ses atouts.
Si rien ni personne n’arrête les hostilités, si les deux parties ne trouvent pas immédiatement un « modus vivendi », nous allons vers une guerre. Elle apparaît, certes, régionale : Moscou, tout en la bombardant, ne déclarera évidemment pas la guerre à la Géorgie, et Washington n’interviendra évidemment pas directement pour la défendre.
Mais nous sommes dans le Caucase, où chaque conflit est un scénario catastrophe. Car ici, si on sait quand et où une guerre commence, on ne sait jamais ni comment ni où elle se termine.
