Recrudescence du terrorisme algérien ?
n.c.
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Vendredi 22 août 2008
Carte blanche
Au-delà des larmes et du sang qui ont entaché cette semaine tragique, il est important de ne pas s’emporter à des conclusions hâtives. L’Algérie connaîtrait une « recrudescence » du terrorisme, lit-on dans certains journaux. AQMI serait « plus fort que jamais », entend-on de la bouche de certains spécialistes. Et pourtant, une analyse attentive du terrorisme islamiste en Algérie suggère une conclusion plus prudente.
Tout d’abord, pour qu’il y ait « recrudescence » de la violence, il aurait fallu qu’il y ait une période d’accalmie auparavant. Ce qui n’est pas le cas.
Selon des données collectées dans la presse algérienne, j’ai recensé 43 attaques terroristes depuis le début de l’année. Ces attaques se répartissent de manière plus ou moins égale entre chaque mois, avec une moyenne de quatre attaques par mois et deux pointes de violence. Un premier pic apparaît en février (huit attaques) et un second pic en août (dix attaques). Le relatif apaisement de juillet (deux attaques) peut s’expliquer du fait que les opérations d’envergure de ces derniers jours ont requis une longue préparation.
Ensuite, je suis en désaccord avec la thèse, fort répandue dans la presse, selon laquelle Al-Qaïda au Maghreb aurait un « regain de force ». Une telle assertion, tirée des récents événements, est aussi prématurée qu’erronée. En effet, il est peu probable qu’AQMI parvienne à maintenir l’intensité de son offensive. En outre, de nombreux signes tendent à indiquer un affaiblissement du groupe, plutôt que son renforcement.
Ainsi, statistiquement, le terrorisme est en déclin en Algérie. Alors que les terroristes avaient frappé à 101 reprises en 2007, ils n’ont encore sévi « que » 43 fois cette année. Au niveau des combattants, les chiffres sont également contre AQMI. Depuis le début de l’année, les forces de sécurité algériennes ont arrêté ou tué plus de 200 membres d’Al-Qaïda, dont plusieurs membres clés. Et le groupe a montré des signes de difficulté à recruter de nouveaux membres. Selon le ministère de l’Intérieur, il resterait entre 300 et 400 combattants, soit un net déclin par rapport aux forces des groupes « ancêtres » d’AQMI : en 1993, le GIA comptait plus de 20.000 membres en son sein et, en 2002, son « successeur », le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) comptait 4.000 militants.
Néanmoins, ce que j’appelle le « déclin d’AQMI » ne doit pas être mésinterprété. Loin de moi l’idée d’insinuer que la fin d’Al-Qaïda a sonné. En réalité, Al-Qaïda au Maghreb Islamique, tout comme ses branches cousines en Irak ou en Afghanistan, a démontré à maintes reprises une incroyable capacité de résilience et d’adaptation qui rendra son élimination totale extrêmement difficile. Et sa capacité de nuisance demeure bien réelle.
Le processus adaptatif d’AQMI a débuté dès sa création officielle, en janvier 2007. AQMI succédait au GSPC, qui avait lui-même succédé au GIA en 1998. L’adaptation d’AQMI, à la fois désirée par ses membres et forcée par les capacités déclinantes du groupe, peut être analysée sous trois angles différents.
D’un point de vue stratégique, l’insurrection algérienne est passée du niveau local au niveau glocal, c’est-à-dire qu’AQMI s’attaque désormais non seulement à des cibles algériennes mais également à des cibles étrangères en Algérie, en accord avec l’agenda global d’Oussama ben Laden. L’attentat de mercredi contre un bus rempli d’ouvriers de la société canadienne SNC-Lavalin répond à cette logique.
D’un point de vue tactique, les insurgés ont délaissé les opérations de guérilla classiques, telles que les assauts armés et les embuscades, pour privilégier des modes relevant davantage du terrorisme, comme le recours aux explosifs. Alors qu’en 2005 et 2006 le nombre d’attaques à l’arme à feu était plus ou moins équivalent au nombre d’attaques à l’explosif, la tendance penche clairement en faveur des explosifs depuis 2007. L’utilisation d’explosifs permet aux insurgés de faire un maximum de dommages avec peu de moyens. Cependant, le recours accru aux bombes a également exposé davantage la population civile. L’importation des attentats-suicides par Al-Qaïda en avril 2007 a confirmé le changement tactique du groupe et son basculement dans la violence indiscriminée. Un seul attentat suicide avait eu lieu auparavant en Algérie, de l’œuvre du GIA en 1995. Depuis 2007, néanmoins, AQMI a commis 16 attentats suicides.
D’un point de vue médiatique, enfin, AQMI a suivi les traces de ses branches cousines. Le groupe dispose d’un service de propagande centralisé, et son leader, Abdelmalek Droukdel, prend soin de cultiver son image à l’échelle internationale. C’est ainsi que le leader a donné une interview exclusive (sa première) au journal américain New York Times en juillet dernier. Droukdel a bien compris qu’une offensive, comme celle de ces derniers jours couverte par les médias internationaux, servait admirablement sa propagande.
