Afghanistan : enquête sur une bavure annoncée

n.c.

Samedi 23 août 2008

La coalition sous commandement américain a annoncé qu’elle avait ordonné l’ouverture d’une enquête, après les affirmations du ministère de l’Intérieur afghan, selon lequel 76 civils ont été tués la veille dans un bombardement dans l’ouest de l’Afghanistan.

Pour sa part, le président Hamid Karzaï a condamné le « martyre de plus de 70 innocents, pour la plupart des femmes et des enfants », dans un communiqué.

La coalition avait indiqué vendredi que 30 insurgés avaient été tués dans un affrontement avec les forces de sécurité afghanes et internationales et des frappes aériennes, dans le district de Shindand. Mais la police de la région a affirmé que 15 maisons ont aussi été détruites dans les bombardements. « Soixante-seize personnes, tous des civils et pour la plupart des femmes et des enfants, ont été tués », a assuré le ministère de l’Intérieur dans un communiqué, précisant que parmi les victimes figurent 50 enfants de moins de 15 ans, 19 femmes, 7 hommes.

Il était impossible de vérifier ce bilan de source indépendante, le district de Shindand se trouvant dans une zone isolée où les insurgés sont très bien implantés, mais s’il était confirmé, il s’agirait de la bavure la plus meurtrière des forces internationales depuis le renversement des talibans fin 2001.

« Toutes les accusations concernant des victimes civiles sont prises très au sérieux. Les forces de la coalition font tout ce qu’elles peuvent pour éviter la perte de vies innocentes. Une enquête a été ouverte », a expliqué la coalition dans un communiqué. Le ministère de l’Intérieur a envoyé une délégation dans la région pour enquêter. Dans un premier temps, le ministère de la Défense avait fait état de la mort de cinq civils, trois femmes et deux enfants, et 25 talibans dans des combats et frappes aériennes.

La Maison Blanche avait réagi avec scepticisme vendredi soir aux affirmations venant de sources afghanes. « Les Etats-Unis et l’Otan ont pris des mesures pour éviter la mort de civils. Je serais prudent avec les premières informations venant d’Afghanistan », avait déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe. « Les talibans et les groupes extrémistes sont souvent très rapides pour se rendre sur les lieux (d’un bombardement, ndlr). Ils blâment alors les Etats-Unis et leurs alliés pour les violences qu’ils ont eux-mêmes commises », a-t-il ajouté.

Le président Hamid Karzaï a réitéré ses appels à la prudence aux forces internationales, avertissant que de telles bavures risquent de retourner la population contre les soldats étrangers et le gouvernement. Les forces étrangères en Afghanistan sont régulièrement accusées, parfois à tort, de provoquer la mort de civils dans les affrontements avec les insurgés, essentiellement talibans. Au cours des quatre premiers mois de l’année 2008, environ 200 civils afghans ont été tués par les forces internationales, la plupart dans des frappes aériennes, avait indiqué à la mi-mai un rapporteur spécial de l’ONU, Philip Alston.

Dans le même temps, 300 civils ont été tués lors d’attaques des talibans, les trois quarts au cours d’attentats suicide, selon lui. En juillet, deux frappes aériennes des forces internationales avaient tué 64 civils, pour la plupart des femmes et des enfants venant assister à un mariage, dans les provinces du Nouristan et de Nangarhar (est), selon des commissions d’enquête des autorités afghanes. Les talibans ont lancé une insurrection meurtrière depuis qu’ils ont été chassés du pouvoir en novembre 2001 par une coalition internationale emmenée par les Etats-Unis.

Les violences ont redoublé d’intensité depuis près de deux ans malgré la présence de 70.000 soldats de deux forces multinationales, l’une de l’Otan, l’autre sous commandement américain (Opération « Liberté immuable »).

(afp)

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