Les moutons de la discorde

BURGRAFF,ERIC

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Jeudi 28 août 2008

Saint-Hubert – Tenneville Chasseurs et écologistes s’opposent

Les moutons du projet Life indisposent les chasseurs. D’autant plus que des cadavres s’accumulent ces jours-ci.

Situation scandaleuse ou non-événement ? Entre le point de vue des chasseurs et celui des environnementalistes il y a une marge grande comme la forêt de Saint-Michel et Freyr (à cheval sur Saint-Hubert, Nassogne et Tenneville).

En cause ? Quelques centaines de moutons. Ou plus exactement l’état sanitaire d’un troupeau d’ovidés qui passe l’été en forêt depuis 2004. Leur job : entretenir une fagne d’une trentaine d’hectares à proximité du hameau de Mochamps. Le projet s’inscrit dans le cadre du programme européen « Life-tourbières » qui cherche à rétablir la biodiversité. Le problème ? Le week-end dernier un propriétaire privé, chasseur et voisin de la fagne en question (il souhaite garder l’anonymat), est tombé sur plusieurs cadavres de moutons. Il a fait circuler sur le Net une série d’images impressionnantes : bêtes agonisantes ou décharnées, mouton noyé dans une mare, crânes et morceaux de squelettes…

Le tout complété de commentaires synthétisant la position de certains chasseurs de la région dans ce dossier : « Ces maudits moutons agonisent lentement et propagent des maladies contagieuses qui pourraient avoir des répercussions sur les cervidés et plus que probablement sur les sangliers ». Des moutons dans les tourbières ? « Ça se fait peut-être en Ecosse mais pas ici ! »

Le brame compromis ?

Le chasseur estime aussi que le problème est de nature à compromettre le brame qui débute dans quelques semaines. « Priorité est donnée aux moutons. Le brame et les cervidés peuvent aller voir ailleurs ! Un cervidé ne viendra d’ailleurs jamais où un mouton vient de passer, tellement ça sent mauvais. » En attendant, plainte a été déposée auprès de l’Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire).

Tout autre son de cloche auprès de Gérard Jadoul, environnemenaliste et père du projet Life dans la région : « C’est un non-événement ! Certains chasseurs sont démontés contre le projet Life. Ils se servent de cinq moutons retrouvés morts contre une clôture pour tenter de casser notre projet de restauration de la biodiversité ». Selon Gérard Jadoul, une mortalité de 5 à 8 % est normale dans un troupeau de moutons qui vivent dans ces conditions. « Cette année, sur 550 bêtes, nous en avons perdu 14. En 2006, nous avions recensé 40 décès et 27 en 2007. Nous sommes donc loin d’une “épidémie”. »

« Personnellement, je n’ai plus rien à voir avec ce dossier puisque le financement Life est terminé, poursuit Gérard Jadoul. La Division Nature et Forêt (DNF) de la Région a passé un contrat avec un éleveur, qui a des droits et des obligations, dont celle d’enlever les cadavres. Sur un territoire de cette taille, il est cependant possible que l’un ou l’autre lui ait échappé. Il ne peut pas être partout à la fois. » Des moutons dans les tourbières, une hérésie ? « Il y avait des moutons dans ce genre de sites jusqu’en 1945. »

Pour le reste, Gérard Jadoul estime que les chasseurs essaient « de régler par un coup de force » un dossier qui leur pose problème. « La solution passe par le dialogue. D’autant plus qu’à moyen terme, les fonctions de la forêt vont fondamentalement évoluer, singulièrement la fonction touristique. »

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