La valse de Sabra et Chatila
COUVREUR,DANIEL; CROUSSE,NICOLAS
Samedi 30 août 2008
Dessin animé Mémoire de guerre
La distance créée par le dessin permet de réfléchir à ces combats inhumains à l’abri de la violence immédiate des bombes et de l’odeur du sang. Pour mémoire, en 1989, les Nations Unies ont reconnu les massacres de Sabra et Chatila comme acte de génocide.
Et c’est justement de mémoire qu’il s’agit dans Valse avec Bachir. Ari Folman a perdu la sienne, celle d’une guerre cauchemardesque où il avait pour mission de tirer des fusées éclairantes pour permettre aux Phalangistes chrétiens d’entrer dans les camps et d’accomplir leurs forfaits.
Son film met en scène une quête des souvenirs cachés. Il part à la recherche de lui-même, de ses frères d’armes et par là, du sens de la tragédie inhumaine. Au bout de l’horreur, il pourra enfin regarder l’histoire en face.
« Au départ, j’avais envie de retrouver ma propre histoire, nous déclarait le réalisateur israélien à Cannes. Ensuite, je me suis demandé ce qui avait pu se passer dans la tête des autres. Au final, j’ai recueilli suffisamment de matériel pour raconter une histoire qui n’était plus seulement la mienne. A partir de là, réaliser un vrai documentaire avec des gens qui témoignent face à la caméra aurait été ennuyeux. Et puis comment aurais-je pu illustrer tous ces événements ? J’ai choisi le dessin animé plutôt que le documentaire pour travailler en totale liberté et entrer dans les cauchemars des gens. Le dessin était pour moi le meilleur moyen de toucher à la fois au conscient et à l’inconscient, à la mort, aux hallucinations… »
Ari Folman refuse de donner une dimension politique à cette Valse, dont le mouvement s’inscrit dans le conscient et le subconscient de l’humanité. Il n’a pas voulu imiter mais transposer la réalité. L’impact du dessin animé n’en est que plus explosif.
Quand Ari Folman entre dans Sabra et Chatila, après le départ de Phalangistes cachés sous l’uniforme israélien, il renvoie à l’émotion ressentie par les rescapés du Ghetto de Varsovie. Des critiques ont aussitôt tracé un raccourci abrupt entre les camps nazis et ceux du Liban, à la vive surprise de l’auteur : « Je n’identifie absolument pas l’action des Israéliens à celle des Nazis. Il ne faut pas confondre la perception subjective d’une situation avec un événement historique ».
Valse avec Bachir ne règle pas de comptes, ne condamne personne. Ce n’est pas un film vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité dans l’horreur. Avoir été mêlé aux massacres de Sabra et Chatila est l’une des pires choses qui puisse arriver à des êtres humains. Le film fait clairement débat jusque chez nous, où deux avant-premières sont organisées la semaine prochaine, avant la sortie en salles, le 10 septembre.
Le 4 septembre, l’ambassade d’Israël, le Cercle Ben Gourion, le Centre communautaire laïc juif, l’Institut de la mémoire audiovisuelle juive, Dialogue et Partage patronnent une projection à l’UGC. Le psychiatre Philippe Woitchik, questionné par Marcel Casteleyn, commentera l’influence d’événements violents sur la mémoire et le destin dans cette Valse. Le 8 septembre, Simone Susskind, la Fondation Heinrich Böll, Dor Hasalom et EPGP proposent une seconde vision à l’Arenberg, où le réalisateur est invité.
