Reynders : «La Wallonie au cœur du mal belge»
COPPI,DAVID; LAMQUIN,VERONIQUE
Samedi 6 septembre 2008
Politique Négociations institutionnelles
Le président du MR l’affirme : « Pour que Flamands et francophones vient encore ensemble, il faut réformer l’Etat et changer la Wallonie ». Reynders ne sera négociateur que si le Premier ministre et d’autres présidents de parti le sont.
ENTRETIEN
Le président du MR, par ailleurs vice-Premier ministre en charge des Réformes institutionnelles, estime avoir perdu assez de temps. Un an de blocage, ça suffit, estime Didier Reynders. Qui souligne l’urgence socio-économique et la nécessité de confier l’institutionnel à un groupe, distinct du gouvernement, à qui l’on donnera du temps.
La réforme de l’Etat occupe pourtant le devant de la scène…
L’un des éléments forts de la rentrée, c’est que le MR et l’Open VLD disent la même chose. Il n’y aura pas de réforme de l’Etat avant les élections de 2009. Parce que nous pensons qu’on a perdu assez de temps, pendant un an, et qu’il faut maintenant que les principaux responsables politiques, en tout cas au fédéral, se concentrent sur le socio-économique. Il y a là une urgence à laquelle il faut répondre.
Une façon de reporter la réforme à (bien) plus tard ?
Non. Nous pensons, au MR, qu’il faut une réforme de l’Etat. Mais nous voulons qu’on se donne le temps, officiellement, de mettre les gens autour de la table, de négocier, de peut-être même conclure des accords, mais de mettre tout ça en œuvre après les élections régionales de 2009. Que les choses soient claires : la famille libérale représente 41 sièges. Il faut en tenir compte.
Pourquoi a-t-on perdu tant de temps ?
A cause des sociaux-chrétiens. Cette famille-là bloque le pays depuis un an à cause du débat communautaire. On ne peut pas empêcher les gens de défendre le programme qu’ils ont défendu devant leurs électeurs.
Comment accueillez-vous l’initiative du gouvernement flamand (lire page 4) ?
Je me réjouis que le gouvernement flamand ouvre la porte, la plus large possible, sans a priori, sans agenda fixe. Une remarque, quand même : si le dossier BHV n’est pas discuté dans le cadre de ce groupe, il faudra trouver une solution négociée quelque part.
Qu’allez-vous répondre ?
La note de Kris Peeters va être transmise aux médiateurs. Moi, je vais réunir les présidents de partis francophones et nous rédigerons une note.
Kris Peeters se profile comme chef de file de la délégation flamande. Qui, en face de lui ?
Les présidents de partis francophones composeront la délégation. Nous associerons le fédéral, Bruxelles et la Communauté germanophone.
Mais vous avez déjà une petite idée ?
Moi, je ne me sens pas représenté par les gouvernements régionaux et communautaires. Et puis, qui seront les ministres-présidents dans moins d’un an ?
Donc, ils ne doivent pas y être ?
Je ne dis pas ça.
En tant que ministre des Réformes institutionnelles, forcément vous y serez ?
Non pas forcément. Vous savez que je suis d’une modestie légendaire… Je ne considère quand même pas que les ministres des Réformes institutionnelles sont plus importants que le Premier ministre. En Belgique, toutes les réformes de l’Etat ont été jusqu’ici menées par le Premier ministre.
Donc, si Yves Leterme n’est pas à la table de négociations, vous n’y serez pas non plus ?
Non. C’est très clair.
Vous exigez qu’il y soit ?
Je n’exige rien du tout. J’ai des gens au MR qui peuvent négocier une réforme de l’Etat avec, comme le dit Kris Peeters, « la même surface que lui ». Il faut quand même se rendre compte de qui on veut amener à la table. A partir du moment où aucun président de parti en Flandre ne devrait s’y trouver et que le Premier ministre n’y est pas non plus, je n’y vais pas !
Vous êtes quand même ministre des Réformes institutionnelles !
Et alors ? Guy Verhofstadt a porté toutes les réformes de l’Etat, Jean-Luc Dehaene aussi. Cela dit, si on vient avec des accords, je m’engage à les mettre en forme, à les traduire en textes, à les faire approuver.
Qui représentera le MR ?
Ce ne sont pas les personnalités qui manquent.
Confédéralisme ou séparatisme : est-ce la seule alternative devant nous désormais ?
Il ne faut pas avoir peur des « réformes ». Le transfert de compétences à la Flandre, c’est aussi le transfert à Bruxelles et à la Wallonie.
L’idée que l’on solde la Belgique court dans la population. Nous en sommes là ?
Nous nous trouvons à un moment existentiel important, c’est vrai, mais dire que nous vivons la crise la plus grave, ça… Un pays qui a connu deux guerres mondiales, les grèves de soixante… Mes arrière-grands-parents sont venus à Liège car ils ne mangeaient plus dans le Limbourg… Ce n’est pas la même chose.