Brüsel s'expose à Paris
MESKENS,JOELLE
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Mercredi 10 septembre 2008
Bande dessinée Le sable de Schuiten et Peeters déborde sur le parvis de Beaubourg
Pour le 25e anniversaire des Cités obscures et avant la parution, le mois prochain, du second tome de La Théorie du grain de sable (Casterman), le génial tandem de la BD belge offre une vitrine magique de son travail. A l’origine, l’expo aurait dû se tenir après la sortie de l’album. Mais la théorie du chaos a comme qui dirait frappé ses propres magiciens : un défaut d’impression a contraint l’éditeur à sacrifier 70.000 exemplaires d’un premier tirage…
Du coup, les planches originales exposées agissent comme un involontaire « teasing ». Mais qu’on ne se méprenne pas. Ces « Lumières sur Brüsel » sont bien davantage qu’un simple accrochage de dessins. « Il n’y aurait rien de plus ennuyeux que de montrer à voir un livre redressé !, sourit François Schuiten. Il fallait prolonger l’émotion de l’album d’une autre manière. »
Mission accomplie, avec la complicité des scénographes de Bleu Lumière. L’éclairage donne à chaque planche un reflet fantastique où le blanc fait irruption comme un jet de lumière. « Les planches n’ont pas été retravaillées », explique le dessinateur. Du moins pas sur leur face visible. C’est à l’arrière que se cache le secret du mystérieux effet. Mais silence. Pas question de dévoiler l’énigme. On saura seulement qu’il a fallu des semaines de travail à François Schuiten pour occulter toutes les parties sombres du dessin et faire ainsi surgir les contrastes. Comme une démonstration onirique du beau texte de Mallarmé que le duo a glissé : « Dans la poésie, peut-être seul le blanc compte ».
Bien sûr, l’expo, même nourrie d’objets inspirés de leur univers, ne donnera qu’un minuscule aperçu de l’œuvre de Schuiten et Peeters. Mais qu’importe. « Le but, c’est de se laisser perdre dans des fragments d’histoire, souligne le scénariste. Du coup, même les enfants peuvent apprécier. C’est par la sensation et la rêverie plus que par la lecture qu’ils se laisseront gagner par notre univers. Plus tard, ils n’en auront peut-être pas un souvenir précis, mais ils se souviendront qu’ils ont vu une expo où le sol était recouvert de sable. »
Le duo avait déjà exposé à la Bibliothèque de France et à La Villette. Ce nouveau rendez-vous montre que les deux amis n’ont décidément pas peur d’exporter leur travail pourtant si inspiré de Bruxelles. « Cette expo est une invitation, résument-ils. Une manière pour les Français de se laisser titiller par leurs interrogations et de découvrir une autre ville que celle des guides touristiques. »
