11 septembre : le spectre du grand complot
LEMA,LUIS
Jeudi 11 septembre 2008
Terrorisme L’anniversaire du 11/09
Les attentats du 11 septembre 2001 ont bien sûr été centraux dans la vie américaine depuis lors. C’est sur eux que s’est fondé l’essentiel de la politique internationale de l’administration Bush, de la chasse à Oussama Ben Laden (que le président a promis de ramener « mort ou vif » mais qui reste introuvable) à la guerre en Afghanistan et en Irak. Pourtant, jamais peut-être une administration ne s’est basée sur une pareille série d’erreurs de jugement et de mensonges pour mener à bien sa politique. Si George Bush n’apparaît pas sur les clips de campagne visant à rappeler le traumatisme de toute une nation, c’est que même les républicains doivent aujourd’hui admettre l’évidence : le lancement de la guerre d’Irak a été fondé sur des contrevérités. Son déroulement a été obscurci, à la Maison Blanche, par des manœuvres mensongères incessantes. Du lien « indiscutable » entre Saddam Hussein et Ben Laden, à la proclamation de « Mission accomplie » faite par George Bush le 1er mai 2003, les actions de son administration apparaissent en bonne partie orchestrées comme une vaste campagne de désinformation.
Ces circonstances sont sans doute pour beaucoup dans la survivance de la théorie du complot qui, sept ans plus tard, continue de fleurir aux Etats-Unis. Sur les lieux mêmes de l’effondrement des tours, à Ground Zero, mais aussi en marge de chaque manifestation contre la guerre d’Irak, les tenants de cette thèse, bien que minoritaires, continuent de brandir leurs pancartes : le 11 Septembre était un « inside job », proclament-ils. Les tours ont été dynamitées. C’était un coup monté de toutes pièces pour provoquer l’invasion de l’Irak, pour s’assurer la mainmise sur le pétrole ou pour justifier la destruction du WTC en passe de devenir un gouffre financier pour leur propriétaire.
Dans un pays où les théories conspirationnistes ont toujours eu un certain succès (de l’assassinat de John Kennedy au Watergate), une fabuleuse machine s’est mise en marche visant à prouver la réalité de cette thèse. Sur internet, les films qui détaillent par le menu la prétendue impossibilité que les événements se soient passés comme ils ont été expliqués se comptent par centaines.
A lui seul, l’un des plus populaires, Loose Change, a été vu par des centaines de milliers d’internautes. Sans souscrire entièrement à cette thèse du complot, une bonne partie des Américains (au moins un quart d’entre eux) expriment des doutes sur la version officielle et affirment que toutes les explications n’ont pas été fournies par les autorités.
Au centre de ce scepticisme figure toujours la « Tour 7 » du World Trade Center, ce bâtiment qui s’est écroulé longtemps après les autres. Cette tour était le siège d’une partie des bureaux de la CIA (Central Intelligence Agency), du Secret Service et du centre des opérations de secours de la ville de New York. L’immeuble avait été entièrement évacué. Il s’est effondré sur lui-même alors qu’aucun des deux avions ne l’avait percuté. Dans un sondage, 16 % des personnes interrogées affirment qu’elles jugent « possible » ou « probable » que des explosifs aient été utilisés pour faire tomber cette tour.
Pour tenter de mettre fin aux spéculations, des enquêteurs fédéraux ont dévoilé fin août un rapport qui écartait l’usage d’explosifs. « L’écroulement de la Tour 7 n’est plus un mystère », assurait l’un des responsables de l’enquête, Shyam Sunder, en se fondant sur plusieurs études modélisées qui concluaient à la responsabilité de l’incendie qui s’était propagé. Cependant, cette nouvelle étude, qui s’ajoute aux milliers de pages d’enquête déjà produites par le National Institute of Standars and Technology ainsi que par le Département d’Etat, n’a pas réussi à convaincre les sceptiques.
Un groupe d’architectes, notamment, mené par le Californien Richard Gage, et qui se proclament eux-mêmes « architectes et ingénieurs pour la vérité du 11 Septembre » continue de clamer ses vues un peu partout sur l’internet. Interrogé sur ces soupçons persistants, Shyam Sunder haussait les épaules : « Notre travail consistait à mettre en avant des arguments scientifiques, disait-il. Je ne suis pas psychologue. »
P.22 l’édito
