Coupe Davis : Darcis et Vliegen pour l’exploit

LEONARDI,PAOLO

Vendredi 19 septembre 2008

Coupe Davis

Suisse-Belgique, de vendredi à dimanche, en match de barrage de la Coupe Davis. Contre Federer et Cie, tout espoir semble perdu à l’avance. Mais les Belges doivent y croire face à cette montagne suisse. Début des « hostilités » à 13 heures avec Wawrinka-Darcis suivi de Vliegen-Federer.

lausanne

de notre envoyé spécial

Sitôt l’entrée du musée olympique de Lausanne franchie, la devise des Jeux olympiques, gravée dans le marbre, saute aux yeux : « Citius, altius, fortius ». Les Belges feront bien de se la répéter mille fois plutôt qu’une à partir de ce vendredi, et jusqu’à dimanche, dans la patinoire de Malley qui va servir de cadre au match de barrage contre la Suisse. Si elle veut rester dans le groupe mondial, l’équipe de Coupe Davis est en effet condamnée à l’exploit avec un grand « E » face à Roger Federer et Cie. Ils n’auront d’autre choix que celui d’aller plus vite, plus haut et plus fort face à une armada dont on espère qu’elle n’aura pas qu’à paraître pour briller.

Certes, le nº2 mondial lui-même n’a pas tari d’éloges à l’égard de cette Belgique qu’il juge « assez solide, composée de joueurs capables de jouer aussi bien en simple qu’en double et avec lesquels, grâce à la langue, on s’entend assez bien sur le circuit. » Derrière ces déclarations de façade se cache une volonté farouche chez Federer et ses compatriotes de rejoindre l’élite après une année de purgatoire en deuxième division. Tout auréolé de sa cinquième victoire consécutive à l’US Open, mais aussi d’une médaille d’or remportée en double à Pékin, le roi Federer va s’avancer en territoire conquis.

Il reviendra à… Kristof Vliegen de défier le « monstre » ce vendredi. Le capitaine belge Julien Hoferlin a réservé une surprise de taille en préférant le Maaseikois à Olivier Rochus, en délicatesse avec son mollet, même si la blessure n’est pas trop grave puisque l’Auvelaisien jouera le double samedi. « Quand je l’ai vu s’entraîner avec des bandages partout, je me doutais qu’il ne serait pas sélectionné pour les simples, dira Federer. Mais je m’attendais plutôt à voir Xavier Malisse sélectionné. »

Vliegen ou Malisse, qu’importe après tout. Le but est d’envoyer au front un joueur qui a des « cojones » (le mot espagnol, léger convenons-en, est de Julien Hoferlin lui-même). Et c’est vrai que cette délicate partie de l’anatomie masculine, dont on se demande comment elle peut symboliser le courage alors qu’elle est en fait si fragile, va être souvent sollicitée ce week-end dans une salle où 6.400 personnes vont porter les joueurs à la croix blanche.

« Quand Julien m’a demandé si j’en avais, je lui ai répondu que je croyais pouvoir en avoir, répercute sur le sujet Vliegen. Bien sûr, ça va dépendre avant tout de Federer. Il faudra voir s’il va me laisser l’occasion d’avoir du cran. » Retombé aujourd’hui au 92e rang mondial, Vliegen n’est plus qu’un joueur de deuxième zone sur la scène internationale. Et pourtant, c’est ce joueur-là qui, en février 2007, avait créé deux superbes exploits face aux Australiens Lleyton Hewitt et Chris Guccione, à Liège. Ces jours-là, il fallait « en avoir » et il les avait eues, face à une foule en délire.

Vliegen tentera donc de retrouver ces sensations qui l’avaient porté au septième ciel. Il sort d’une série de dix-huit matchs disputés dans des tournois challengers où il a retrouvé la confiance. C’est peu, d’autant qu’ils eurent lieu sur terre battue (à Lausanne, le revêtement est rapide) mais c’est toujours ça de pris. « Quand tu te retrouves tous les jours dans les hôpitaux ou chez le médecin pour passer des scanners ou des radios, et quand plus personne ne peut te dire avec précision ce dont tu souffres, tu finis par perdre le contact avec le tennis, explique-t-il aujourd’hui au sujet de la blessure chronique au dos qui a précipité sa chute. Voilà six ou sept semaines que je n’ai plus aucune douleur. Tous les deux jours, je fais des exercices de consolidation. J’espère que ça tiendra. »

Il le faudra bien pour croire le miracle possible, condition sine qua non pour gagner. S’il fallait voir un avantage, certes petit mais bien réel, dans ce duel qui apparaît disproportionné sur le papier, il se trouve dans le fait que Vliegen et donc Federer joueront en deuxième match vendredi. Face au nº2 suisse Stanislas Wawrinka, un joueur né à Lausanne, Steve Darcis devra jouer à fond la carte de la pression qui sera indubitablement sur les épaules du joueur helvète. Et 1-0 pour la Belgique, ou 1-0 pour la Suisse au terme du premier match, ça peut faire une différence intéressante.

Capitaine de l’équipe belge pour une ultime expérience avant de s’embarquer pour une aventure outre-Manche à la Fédération anglaise, Julien Hoferlin aurait évidemment rêvé d’un adversaire plus abordable pour ses adieux. Car il sait qu’il vaut toujours mieux clore un chapitre sur une victoire que sur une défaite.

Toutefois, il sait aussi que les plus belles récompenses s’obtiennent dans le labeur et la souffrance. Et à ce niveau-là, les Belges vont être servis. En attendant, ils n’ont qu’à mémoriser une autre devise qui n’aurait pas dépareillé sur les murs du musée olympique de Lausanne : « À cœur vaillant, rien d’impossible. »

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