Le jour où le CD&V a laissé partir la N-VA

DUBUISSON,MARTINE

Mardi 23 septembre 2008

Entre le gouvernement et le cartel, le CD&V refusait de choisir. Ses partenaires l’y ont forcé. Plutôt que de trancher lui-même, il laisse partir son allié nationaliste. Récit d’une journée qui fera date.

Lundi, 10 heures. Un « très long et très mouvementé » bureau du CD&V débute. La présidente Marianne Thyssen explique les positions des dernières heures, prises par le G-4 (elle-même, le Premier Leterme, le vice-Premier Vandeurzen, le ministre-président Peeters), en concertation avec les ministres et les chefs de groupe parlementaire. Avec, en toile de fond, l’opinion majoritaire : il faut conserver et le cartel et le gouvernement fédéral.

Ce tableau brossé, la présidente veut lancer la discussion. Mais un membre demande au Premier ministre, silencieux jusque-là, de s’exprimer. Il le fait durant une dizaine de minutes. Son premier credo ? « Mon enfant, c’est le cartel. Pour moi, le plus important, c’est le cartel. » Clair…

Mais Leterme veut, aussi, poursuivre le dialogue communautaire. Et conserver son gouvernement. Il assure donc : « Les concessions francophones permettent de continuer ce dialogue. » Et pour prouver que les francophones ne réclament plus de solution négociée pour Bruxelles-Hal-Vilvorde, il distribue le texte de compromis l’attestant…

Leterme se mouille donc pour le dialogue… et mouille Kris Peeters, chef de file flamand à ce dialogue. « Il ne le dit pas comme ça », confie un témoin, « mais Leterme laisse tout entre les mains de Peeters : à lui de s’investir et de réaliser ce dialogue. »

Mais est-il encore réaliste de défendre le dialogue tout en prétendant conserver le cartel ? Car le week-end a apporté un élément neuf : la N-VA a décidé de ne plus accorder plus sa confiance au gouvernement fédéral. Et ça, tous les témoignages concordent, les CD&V ne l’ont pas « avalé ». Parce que retirer sa confiance au gouvernement, c’est aussi l’enlever à Leterme. C’est l’élément clef qui a tout fait basculer.

Voilà pourquoi les leaders du parti dressent un tableau subtil en faveur du dialogue Nord-Sud. Avec quatre arguments : aller aux élections ne serait pas crédible ; il faut dialoguer ; nous devons réaliser notre programme, qui ne se réduit pas à celui de la N-VA, quitte à le faire sans elle ; l’important est notre crédibilité.

11h30. Suspension de séance. Car la présidente explique que Kris Peeters est chargé, ce matin même, d’obtenir des garanties de la part des présidents de parti francophone, quant au dialogue Nord-Sud. Et, assure-t-elle, c’est en fonction des réponses obtenues que le bureau tranchera la question de la participation au dialogue. En attendant ces réponses, la séance est suspendue.

A ce moment, Thyssen, Vanderuzen, Leterme s’éclipsent. Pour s’entretenir avec Peeters – qui ne se montrera pas au bureau.

12 heures. La réunion reprend. Pour un coup de théâtre…

Alors que chacun regagne la salle, certains reçoivent des SMS ou écoutent la VRT. Qui annonce déjà que les francophones ayant apporté les garanties souhaitées (un dialogue sérieux, BHV tenu hors du gouvernement, des accords partiels avant juin 2009), Peeters est chargé d’entamer ce dialogue. La décision est donc prise. Le G-4 s’en est chargé. N’avait-on pas annoncé que le bureau trancherait ? Plusieurs n’apprécient guère… Certains, dont le président des Jeunes, le disent.

D’autres, parmi les plus durs comme Hugo Vandenberghe, expriment des doutes quant à la crédibilité du dialogue et à la possibilité d’obtenir des résultats. La peur de « se faire avoir », et de griller Kris Peeters, s’exprime. Des modérés, comme Herman Van Rompuy, soutiennent qu’il faut s’en tenir au choix opéré en faveur du dialogue. Soucieux d’emporter l’adhésion, Jo Vandeurzen se lance dans un vibrant plaidoyer pour le dialogue et la mission confiée à Peeters.

Yves Leterme, lui, au retour en réunion, prend un mouchoir, se frotte les yeux, se mouche. « C’était un moment dramatique », confie un élu. Qui parle du « stress », là où d’autres voient une larme. Emotion ? Les membres comprendront vite : quelques minutes plus tard, l’annonce de la démission du ministre N-VA Bourgeois arrive ; et avec elle, la fin annoncée du cartel (lire ci-contre)… Deux heures plus tôt, Leterme jurait encore que ce cartel était sa priorité. Certains y voient une manœuvre de leur leader. D’autres, comme ce CD&V, juge qu’« en mandatant Peeters, on savait qu’on choisissait le dialogue plus que le cartel ».

Aucun vote ne clôture la réunion. Mais le bureau n’a pas désavoué ses dirigeants. Peeters peut lancer le dialogue. Celui « de la dernière chance ».

A la sortie, Leterme retrouve suffisamment d’aplomb pour assurer que, pour sa part, le cartel n’est pas mort. La présidente ne dit pas autre chose, annonçant des contacts avec la N-VA. Et, au terme d’une réunion de trois heures, les députés et sénateurs CD&V tiennent le même discours. Car le parti tente de sauver ce qui peut l’être du cartel, au niveau local et provincial. Mais, comme le dit un CD&V : « l’époque où, quand la queue du chien (comprenez : la N-VA) remuait, tout le corps (le CD&V) remuait, est révolue. »

P. 16 Trois questions aux éditorialistes flamands

P.17 la Chronique de Vincent de Coorebyter

P. 18 l’Edito

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