Jan De Cock, déconstructeur du temps
LEGRAND,DOMINIQUE
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Mardi 23 septembre 2008
Arts plastiques Livres d’artiste aujourd’hui et expo d’envergure l’été 2009 à Bozar
C’est le fruit de ces expériences que déploient aujourd’hui ces opus luxueux. Jan De Cock pétille de bonheur tout comme il fait encore danser les miroirs de sa collaboration avec Daniel Buren à l’occasion d’une exposition en forme de trilogie à Milan, Côme et Brescia. Ces parutions fournissent des témoignages révélateurs sur cette œuvre en constante réinvention. Leur titre Denkmal est tiré d’un mot allemand signifiant « monument », mais cela peut aussi évoquer la contraction des mots néerlandais « denken » et « mal », littéralement « une forme de pensée ».
« Ce ne sont pas des catalogues, précise l’artiste belge de 32 ans, c’est une exposition sur papier, comme une partie de mon atelier. Il ne s’agit pas d’une représentation classique de mes œuvres mais un outil de déconstruction de mon travail. Le but de l’artiste est de recréer de nouvelles images. Je pense que ma période “Denkmal” se termine, comme on pourrait le dire de Picasso et de la Période bleue. Je commence à construire une nouvelle phase dont le point de départ est ici. Je suis trop jeune pour prétendre à une rétrospective. On découvrira la suite de ce travail en été, dans le grand circuit des salles de Bozar. Plus de 300 travaux intitulés “Repromotion” parce que la forme doit parler de soi et que je travaille sur l’idée intellectuelle de dynamique de la reproduction. »
Le prix de la Jeune Peinture belge 2003 ne mâche pas ses mots : « Un artiste comme moi a toujours beaucoup d’ennemis. On se dit : “ Il a de bonnes relations d’art “. Je considère que la période “Denkmal” a été un apprentissage comme le ferait un compagnon du devoir. J’ose commencer à dire qu’en juin, je pourrai mettre sur ma carte que moi aussi, je suis un maître. »
Feu follet d’intelligence de l’art actuel conceptuel, De Cock empoigne un des livres, explique qu’il travaille en collage comme Schwitters, qu’il voit le livre comme une sculpture, une archéologie, un film cinématographique, fil rouge d’ailleurs de cette prochaine exposition qui l’excite autant sinon davantage que sa rencontre-confrontation avec Daniel Buren. L’un a travaillé en Italie sur le travail de l’autre, opérant une mutation du regard qui ne pouvait que séduire ces deux hommes visionnaires, adeptes de la recréation du nouveau sur l’ancien, comme une pensée se dévorant et se régénérant. « Le temps joue un grand rôle dans mon œuvre, reprend De Cock. Il est là pour dire que vous êtes aussi réalisateur en lisant le livre ou en découvrant l’exposition. Ces livres d’artistes sont en fait des découpages de l’espace et du temps ».
Conçue avec le Magasin, Centre national d’art contemporain de Grenoble où elle voyagera ensuite, l’exposition d’été Modern is changing préfigure la dynamique qu’entendent mener Bozar et les Musées royaux des beaux-arts. Au moment où s’ouvrira le Musée Magritte, Bozar marquera l’été 2009 de moments forts, en présentant les travaux d’artistes vivants, Jan De Cock ou encore Wim Delvoye ou Sophie Calle.
Dans la même veine, l’exposition Cobra et Cie se poursuivra à Bozar qui présentera le travail graphique d’Alechinsky tout autour de la salle Henry Le Bœuf, « une destinée artistique dans l’esprit de l’architecte Victor Horta lorsqu’il a conçu la salle », précise Paul Dujardin, directeur de Bozar.
