De l’art de parler des livres à la télé
NIZET,ADRIENNE; LOOS,BAUDOUIN
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Mardi 23 septembre 2008
Livres Une nouvelle recette pour « Mille-feuilles ». L’émission gagne en vivacité
Pour sa rentrée, l’équipe de l’émission propose une nouvelle formule. Nouveaux décors, nouvelle configuration des rubriques et… une nouvelle chroniqueuse. Ysaline Parisis, une jeune et douce libraire, rejoint Jacques De Decker (Le Soir), Gorian Delpature, Michel Dufrasne et Laurent Dehossay. Une présence féminine bienvenue sur le plateau, d’autant plus que la demoiselle ne s’en sort vraiment pas mal.
La première émission a été enregistrée mardi dernier, dans les studios de la RTBF à Charleroi. Le tout nouveau décor fait la part belle aux livres. Sur le sol, en colonnes, ils sont partout. A 14 h 15, le plateau est toujours vide, encore éteint. Mais il est bientôt rejoint par Gorian Delpature, et se remplit rapidement. Après le maquillage et les essais son, les lumières s’allument. A 15 h 40, le tournage peut commencer, dans des conditions proches du direct.
Aujourd’hui, Thierry Bellefroid reçoit Yasmina Khadra (Ce que le jour doit à la nuit, Julliard), Gabriel Ringlet (Ceci est ton corps, Albin Michel), et Tristan Jordis (Crack, un reportage sous forme de roman dans une communauté d’accros au crack, au nord de Paris, paru au Seuil). Mais questions invités aussi, la configuration change. Et changera même d’émission en émission, nous explique la productrice. Ce soir, Gabriel Ringlet sera présent tout au long de l’émission. Yasmina Khadra sera, après avoir été apostrophé par le très drôle Gorian Delpature, face à face avec Thierry. Tandis que Tristan Jordis partagera la table avec les chroniqueurs. Un choix opéré afin de ne pas figer le déroulement de l’émission.
Des nouvelles séquences arrivent également : l’une consacrée à l’actualité d’une année précise (1964, pour commencer), l’autre au choix de livre qu’un chanteur, comédien, artiste, etc. voudrait offrir… C’est Saule qui se prête au jeu cette fois-ci.
17 heures, fin du tournage. Qu’en dire ? L’émission gagne indéniablement en vivacité. En dynamisme. La séquence rédaction, la première, est particulièrement vivante. Et captivante. Pour preuve : même les chroniqueurs n’ont pas eu le temps d’ouvrir un livre pendant l’émission.
Khadra revient, éblouit et déçoit à la fois
L’histoire contée se veut fresque. Celle de Français d’Algérie (pieds-noirs) et d’un Algérien d’abord heureux, avant que les tourments de la guerre (d’indépendance) n’emportent leurs illusions. Ces hommes s’apprécient, s’aiment. Le narrateur, Younès, est l’Algérien très pauvre qui, par la grâce d’un oncle opulent, rejoint les jeunes pieds-noirs, qui l’adoptent. Des années 30 à l’indépendance de 1962, ils évolueront bercés par les soubresauts d’amours et d’amourettes. La vie de Younès devenu Jonas bascule quand il rencontre Emilie. Un amour partagé. Mais impossible.
Khadra, c’est d’abord un label. « Je crois que j’ai un style que l’on reconnaît entre mille », dit-il sans façon. Eh bien oui ! Khadra, une fois de plus, déploie ses talents littéraires époustouflants, une qualité d’écriture qui, souvent, donne le frisson, pousse à relire un paragraphe pour le seul plaisir d’en jouir une fois encore. Pourtant, le roman déçoit. Curieusement, la plupart de ses personnages laissent indifférents, ils n’ont guère d’épaisseur, leur destin n’émeut pas ; seules les premières et les dernières pages sonnent terriblement juste.
Le personnage central, le narrateur donc, en outre, adopte un comportement qui étonne : à dix ans, il laisse sa famille proche dans sa noire misère, cherchant à peine une fois ou l’autre – et en vain – à revoir sa mère et sa sœur sourde et muette, ou son père devenu clochard et alcoolo.
On ne le comprend pas : il affiche la plus grande indifférence à la question politique alors que son pays se soulève contre l’occupant colonial dans un déchaînement inouï de violences et d’atrocités des deux côtés, comme s’il vivait dans une bulle d’insouciance et malgré qu’un oncle très nationaliste l’eût éduqué ; une seule fois se fâche-t-il contre un colon arrogant, comme s’il fallait quand même dire quelque chose. L’auteur dit avoir voulu « décrire un être écartelé entre deux cultures ». Il n’y arrive pas, ou si peu.
Car, en fait, Khadra parle d’un pleutre, qui ne donne même pas envie de lui accorder des circonstances atténuantes car il n’a pas de chair, il est fade, « neutre », à tous points de vue et d’une horripilante façon. Reste cette langue française, magnifique, bouleversante, qui mérite tous les honneurs.
