Un corps-à-corps plein de surprises

WYNANTS,JEAN-MARIE

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Mercredi 24 septembre 2008

Exposition « Corpus delicti » fait entrer l’art contemporain au Palais de Justice

Durant deux mois, le Palais de Justice de Bruxelles sera hanté par des corps étranges dialoguant avec les lieux.

Depuis la galerie supérieure de la salle des pas perdus du Palais de Justice, deux hommes semblent prendre leur envol. Etrange image que ces hommes oiseaux, imaginés par Panamarenko, sur le point de s’évader d’un lieu où l’on ne vient que contraint et forcé.

Au rez-de-chaussée, quatre autres personnages les observent. Penchés vers l’avant, tournés vers les quatre points cardinaux, ils ont une longue-vue qui surgit de leur bouche. Pour y regarder, il faut faire le tour et se pencher vers un autre orifice… On reconnaît là la patte de l’iconoclaste Wim Delvoye. Mais si son œuvre peut susciter l’hilarité, elle provoque aussi, dans ce lieu solennel et écrasant, un étrange malaise. Cet instrument de vision traversant le corps de part en part pourrait aussi être l’œil de la justice.

Où que l’on regarde, d’étranges apparitions surgissent ainsi, nouant un dialogue étonnant avec les lieux. « Ce sont clairement l’architecture et le contexte qui m’ont dirigé dans le choix des œuvres », nous confie Florent Bex, commissaire de l’exposition Corpus Delicti qui envahit l’énorme édifice de la place Poelaert à l’initiative de Benoît Noël et de l’ASBL Brussels Art Central. Le titre de l’exposition, c’est bien sûr un terme juridique. Mais le mot corps était important pour moi. En venant ici pour la première fois, j’ai été frappé par tous ces corps anonymes qui traversaient l’espace dans toutes les directions. J’ai eu envie d’y ajouter d’autres corps, inattendus. »

Installations, sculptures et vidéos se taillent la part du lion dans ce parcours qui réserve bien des surprises au visiteur tout en s’insérant totalement dans l’architecture du Palais. Les œuvres choisies proviennent toutes de collections belges, publiques ou privées. Elles ont aussi, directement ou par des voies détournées, un rapport avec la justice. On découvre ainsi une sorte de forêt, réalisée par Denmark, à partir d’exemplaires du Moniteur dressés au sommet de perches en bois. A l’étage, le chat d’Alain Séchas, revolver à la main, nous annonce : « J’ai fait une grosse bêtise. » Dans un couloir, un corps d’enfant sans tête précède une galerie de bustes habitués des lieux. Ailleurs, on croise un homme portant un matelas en mousse (Philip Aguirre y Otegui) et une femme en noir, recroquevillée sur un muret (Jan Van Oost). « Il y a souvent des sans-abri qui traînent dans le coin. On peut imaginer que ces deux-là en font partie et que l’homme au matelas cherche un coin pour passer la nuit. »

« Le Palais change de visage »

En déambulant dans cet immense bâtiment, on va ainsi de surprise en surprise grâce à une nuée d’artistes marquants : Jacques Charlier, Patrick Corillon, Guillaume Bijl, Johan Muyle, Angel Vergara, Edit Dekyndt, Thierry De Cordier, Michel François…

« Le but de cette exposition, c’est de faire entrer le public dans un lieu qu’il ne fréquente habituellement que s’il y est obligé. C’est aussi de le mettre face à l’art contemporain en dehors des lieux habituels que sont les musées et les galeries. L’entrée est libre et à travers les œuvres, on découvre aussi tous les recoins de cette architecture incroyable. Le Palais de Justice change de visage et les œuvres aussi. Elles prennent une nouvelle signification en se déployant ici. »

Corpus Delicti, Palais de Justice de Bruxelles, jusqu’au 21 novembre, 02-519.86.77.

www.corpus-delicti.be

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